Du 16 au 22 septembre, des milliers de municipalités dans le monde ont accepté de suivre le mouvement né en France en 1998 "En ville sans ma voiture". Hormis la Russie, quasiment tous les pays européens ont pris part à l'opération mais avec un zèle variable, malgré son écho particulier après un été caniculaire marqué par une succession sans précédent de pics d'ozone.En France, 72 villes prenaient part à l'opération contre 98 l'an dernier, certaines ayant renoncé à organiser une telle journée un lundi, jour où la circulation est spécialement dense, ou ayant reculé en raison de gros travaux, comme à Bordeaux. A Paris, des barrages empêchaient l'accès au centre-ville avec certains poreux, les automobilistes parvenant à les franchir dans leur civisme habituel. Et de gros embouteillages ont été constatés autour de la zone "sans voiture". A croire que ces automobilistes n'étaient pas informés malgré les nombreux échos des médias.
En Asie, cette journée mondiale a été un fiasco.
Taïwan est le seul pays à s'être réellement joint au mouvement. Mais même si dans la capitale, Taipei, des milliers de personnes avaient choisi la bicyclette ou la marche, le trafic y était toujours aussi dense, comme du reste à Jakarta.
Quant aux 500 cyclistes qui ont manifesté à Pékin "pour l'environnement", ils ont dû trouver refuge dans un parc afin d'échapper à la meute des voitures, dont le nombre a explosé de 77% en Chine depuis janvier.
Les autorités de Singapour ont rejeté l'événement et le Pakistan l'a ignoré.
Les pays du Proche et du Moyen-Orient, où la voiture est roi et où le carburant est souvent moins cher que l'eau minérale, ont eux aussi totalement ignoré l'opération.
Les résolutions françaises contre la pollution automobile
Le gouvernement a annoncé récemment un plan "véhicules propres", avec un coup de pouce de 31 millions d'euros en faveur de la recherche, doublé d'un "coup de bambou" pour les automobilistes roulant au gazole, dont le prix à la pompe augmentera de 3 centimes en janvier.
Le "Plan véhicules propres" doit permettre d'"inventer les véhicules de l'avenir", a souligné le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Ces véhicules devront être moins polluants : les transports représentent déjà un quart des émissions de gaz à effet de serre et leur part ne cesse de croître.
Pour lutter contre le changement climatique, "il nous faut diviser par 4 ou 5 nos émissions d'ici 2050", a rappelé la ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot.
Ces crédits supplémentaires seront alloués aux recherches à long terme (5,8 M EUR pour la pile à combustible qui aboutira au mieux dans 10 ans) et à moyen terme: 11 millions d'euros pour concevoir des moteurs moins polluants, 1,8 millions d'euros pour mettre au point des climatisations qui fuient moins, 4,8 millions pour réduire le bruit. La voiture électrique va bénéficier de 7,6 millions d'euros supplémentaires.Dans le même temps, le gouvernement reconduit les aides à l'achat de véhicules propres (gaz de pétrole liquéfié, gaz naturel de ville, électrique), sans en ajouter de nouvelles. Le projet d'une taxe sur les voitures les plus polluantes, qui financerait un bonus à l'achat de véhicules sobres, n'est qu'"à l'étude".
Pour autant, les aides n'ont pas eu à ce jour de résultats significatifs : le parc de véhicules propres pèse moins de 1% du total des véhicules légers.
Le gros est aujourd'hui constitué de véhicules diesel: 17 millions sur 35 millions et deux ventes sur trois. Le diesel doit pour partie son succès à sa fiscalité attractive: 20 centimes d'euros de taxes en moins que l'essence, alors que la pollution générée est trés sérieuse. Il s'agit selon M. Raffarin de frapper le "plus polluant, le moteur diesel" pour financer les grands projets ferroviaires.
Le gouvernement réfléchit également à une modulation de la fiscalité des véhicules particuliers en fonction de leurs émissions de CO2 (principal gaz à effet de serre), en "bonifiant ou pénalisant l'achat des véhicules" en fonction de leur consommation de carburant. Selon Mme Bachelot, ce "bonus, malus relié aux émissions de gaz à effet de serre" ne verrait toutefois le jour que pour la loi de finances 2005. En effet, malgré la responsabilisation attendue et indispensable, les Français achètent de plus en plus de véhicules spacieux (grosses berlines, monospaces...) et même de 4X4, gourmands en carburants et donc gros émetteurs de gaz à effet de serre.
L'argument du diesel "polluant" n'est plus tout à fait vrai pour les véhicules neufs dont les améliorations technologiques diminuent quelque peu leurs rejets. Cependant, 15 ans seront nécessaires au renouvellement du parc diesel, ce qui reste trop long. C'est pourquoi, avec deux tiers des ventes, il est indiscutable que le diesel n'a plus besoin d'aides publiques.
Et les pics de pollution se succèdent...
Alors que le mois d'août a été particulièrement marqué par des niveaux de pollution inquiétants, l'Ile-de-France a récidivé récemment avec des niveaux très élevés de pollution au dioxyde d'azote, amenant pour la première fois depuis 1997 les autorités à envisager un déclenchement de la circulation alternée.
Les températures élevées, leur inversion matin et soir (il fait plus chaud en altitude qu'au sol), l'absence de vent empêchent la dispersion du dioxyde d'azote. Le NO2 est émis par la combustion des moteurs de véhicules (50%), des centrales thermiques et des installations de chauffage.
La procédure d'alerte au dioxyde d'azote prévoit de déclencher la circulation alternée au delà de 400 microgrammes par m3 d'air, ou si - et c'est ce dernier cas qui a failli se présenter - le niveau d'information de 200 microgrammes est dépassé la veille, le jour même et risque d'être dépassé le lendemain.
La circulation alternée aurait un impact marginal: elle prévoit la circulation de la moitié du parc (plaques paires ou impaires) et des véhicules titulaires de la pastille verte. Or la pastille verte, créée en 1998 pour les véhicules équipés d'un pot catalytique, équipe désormais 66% du parc automobile. Si on ajoute les plaques paires (ou impaires) c'est 85% du parc qui circulerait en cas de circulation alternée.
En présence d'une qualité de l'air médiocre (7 sur une échelle de 10), picotement des yeux et écoulement nasal sont garantis. Pour les personnes fragiles (asthmatiques, jeunes enfants, insuffisants respiratoires) ce seuil entraîne une gêne respiratoire.
Auteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)
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