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Les biocarburants souffrent d'un bilan plus que mitigé au niveau environnemental

7506 lectures / 11 commentaires15 avril 2010, 11 h 36

Ethanol85Le Superéthanol-E85 est-il aussi vert que prévu ?
© C. Magdelaine / notre-planete.info

Après bien des années d'incertitudes et alors que le gouvernement français s'est maintenant massivement engagé dans la production de biocarburants (ou agrocarburants) pour le transport routier, l'étude finale* sur l'analyse du cycle de vie des biocarburants de 1ère génération vient enfin d'être rendue publique.

Le ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement Durable, et de la Mer, ainsi que le ministère de l'Alimentation, de l'Agriculture, et de la Pêche, conjointement avec l'ADEME et FranceAgriMer, ont lancé en 2009 une étude portant sur les analyses de cycle de vie appliquées aux biocarburants de première génération consommés en France. Cette étude a été réalisée par BioIs sous l'égide d'un comité technique associant les professionnels des filières agricoles, des filières industrielles et des associations environnementales.

Cette étude s'inscrit dans les recommandations du Grenelle Environnement préconisant une « expertise exhaustive et contradictoire du bilan écologique et énergétique des biocarburants de première génération » (engagement n° 58). De plus, la Directive européenne « Energies renouvelables » du 29 avril 2009 demande aux Etats membres d'incorporer dans les transports 10% d'énergies renouvelables produites de manière durable, avec pour critère une réduction de 35% des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux équivalents fossiles.
Enfin, cette étude répond aux nombreuses attaques dont font l'objet les biocarburants : en sus des questions économiques (tensions sur les marchés agricoles), éthiques (problème de la bonne utilisation des ressources agricoles), les biocarburants sont accusés de ne pas présenter les bilans environnementaux avantageux qu'on leur avait prêtés dans un premier temps. Les réductions des émissions de gaz à effet de serre ne seraient pas si convaincants, les polluants émis par les véhicules les consommant plus que préoccupants, ils favorisent l'utilisation massive d'engrais et de pesticides et nécessitent des énergies fossiles pour les cultiver...

Cette étude éclaire de façon significative notre connaissance du bilan environnemental des biocarburants de première génération en France mais révèle également "l'extrême complexité du processus d'évaluation du bilan énergétique et environnemental, 'du puits à la roue', des biocarburants depremière génération." Une complexité qui n'avait pas freiné l'entrain du gouvernement français lorsqu'il annonçait en septembre 2006 le lancement en France du Flex Fuel-Ethanol E85, "carburant de l'après-pétrole" Trois ans plus tard, l'E85 se fait encore bien rare aux stations mais depuis le lancement du SP95-E10 le 1er avril 2009, l'incorporation de 10 % 10% de bioéthanol dans l'essence s'est rapidement démocratisée.

L'étude conclut que "de façon générale, sans tenir compte des effets de changements d'affection des sols, les biocarburants produits en France (biodiesel et bioéthanol) affichent des bilans énergétiques et d'émissions de gaz à effet de serre plus favorables que ceux des carburants fossiles de référence : Essence SP95 (spécifications 2009) et Gazole (spécifications 2009).

La consommation d'énergie

L'étude de l'ADEME conclut que "pour l'éthanol de betterave, la consommation d'énergie non renouvelable du puits à la roue est inférieure de 52 % à celle d'une essence fossile. L'éthanol de blé et l'éthanol de maïs présentent des niveaux de réductions proches. Cette réduction atteint 85 % dans le cas de l'éthanol de canne à sucre."Pour le biodiesel, "les esters végétaux (EMHV) présentent des niveaux de réductions de l'ordre de 65 à 78 % par rapport au diesel fossile. L'huile végétale pure offre même une réduction de plus de 80 % par rapport à la consommation d'énergie non renouvelable d'un gazole. Les esters d'huiles usagées (EMHAU) et de graisses animales (EMGA) présentent eux aussi des bilans très intéressants les situant à plus de 80 % de réduction."

Les émissions de gaz à effet de serre

Sans considérer les changements d'affectation des sols résultant de la mise en culture, les biocarburants affichent des bilans positifs par rapport aux carburants fossiles, avec des réductions allant de 24 à 91 % du niveau d'émission de GES."

Un tel bilan pourrait s'inverser si l'on prenait en compte un changement d'affectation du sol (CAS) directement lié à une culture de biocarburant : réduction drastique du rôle de puits de carbone d'une forêt, d'une prairie naturelle ou même d'un pâturage, sans prendre en compte la perte de biodiversité induite. Ce qui est bien souvent le cas dans les biocarburants issus du Brésil ou d'Indonésie qui sont également importés en France. Ainsi, l'étude souligne que "les scénarii les plus pessimistes envisagés pour le changement indirect (remplacement d'1 kg d'huile de colza par 1 kg d'huile de palme produit entièrement à partir de cultures ayant remplacé une forêt tropicale humide) conduiraient à un bilan d'émissions de gaz à effet de serre plus négatif que celui des carburants fossiles."

Enfin, d'autres paramètres peuvent avoir des incidences significatives sur le bilan global de gaz à effet de serre de la filière, telles les émissions de protoxyde d'azote, qui dépendent du contexte local (pratiques agronomiques, sols, climat, météorologie).

Le potentiel d'eutrophisation

On entend par eutrophisation, l'appauvrissement en oxygène d'un milieu, ce qui peut engendrer la disparition de la plupart des formes de vie.

Avec des niveaux 10 fois plus élevés que les carburants fossiles, aussi bien pour les éthanols que pour les esters, les biocarburants présentent des bilans défavorables pour cet indicateur. En cause : le lessivage des nitrates et les émissions d'ammoniac vers l'air. "L'impact sur le potentiel d'eutrophisation est indéniablement en défaveur des filières biocarburants." Le potentiel d'eutrophisation des filières des biocarburants semble être confirmé, d'un niveau proche à celui des cultures alimentaires.

Le potentiel d'oxydation photochimique

Les éthanols incorporés dans l'essence en E10 présentent des bilans plus favorables que l'essence fossile qu'ils remplacent notamment via la diminution des émissions de monoxyde de carbone des véhicules. Toutefois, l'E85 émet davantage de Composés Organiques Volatils (COV) que l'essence (+ 30% environ).
Au niveau des biodiesels issus de végétaux produits sur le sol français, ils " semblent légèrement plus émetteurs de molécules à pouvoir photo-oxydant que le carburant fossile de référence", au contraire des esters produits à partir d'huiles usagées, de graisses animales ou d'huile végétale pure, pourtant interdits en incorporation directe en France.
L'étude souligne que ces résultats mériteraient d'être confirmés par davantage de mesures sur les véhicules.

Le potentiel de toxicité humaine

Le potentiel de toxicité pour les éthanols et les essences est plus faible que pour les gazoles, les émissions en particules étant significativement moindre. Cependant, l'éthanol est de 1,5 à 2,5 fois plus toxique que l'essence, l'étape agricole (apport de pesticides notamment) étant le contributeur principal, suivie de près par les émissions liées à la consommation du carburant dans le véhicule.
Pour les biodiesels, le bilan est plus favorable que le gazole : la réduction d'émissions d'hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP) affecte leplus fortement cet indicateur de potentiel de toxicité.
L'étude souligne toutefois que "pour les deux filières, cet indicateur est celui présentant actuellement le plus d'incertitudes."

Les réactions

C'était attendu, l'industrie des biocarburants se réjouit des résultats de cette étude.

Ainsi, Philippe Tillous-Borde, Directeur Général de Sofiprotéol et Président de Diester Industrie expliquait dans un communiqué du 8 avril 2010 : " Cette étude de référence marque une étape importante en confirmant notre rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique au quotidien. Grâce à notre engagement dans la démarche de progrès, le Diester poursuit l'amélioration de ses résultats environnementaux au-delà des exigences réglementaires pour conserver toute sa place au sein du bouquet d'énergies renouvelables de demain ".Pour s'en convaincre, Proléa, la filière française des huiles et protéines végétales et Diester (marque de biodiesel du groupe Sofiprotéol) soulignent que " l'incorporation de près de 6,25 % de biodiesel dans le gazole distribué à la pompe a permis d'éviter, en 2009, l'émission de 4,8 millions de tonnes d'équivalent CO2 dans l'atmosphère " selon leurs propres estimations calculées à partir des résultats de l'étude de l'ADEME.

Pour les acteurs de la filière bioéthanol, " le bioéthanol français tient ses promesses environnementales " selon un communiqué du 8 avril 2010 qui note que " la production de bioéthanol issue de matières premières cultivées dans l'Union européenne ne s'accompagne d'aucun changement d'affectation des terres en Europe ", le point faible de la filière. Ainsi, plus d'énergie et moins de gaz à effet de serre suffisent aux professionnels pour réclamer " un objectif de 10% d'énergie issue de bioéthanol dans les essences en 2015 " grâce à la généralisation du SP95-E10 et le développement du Superéthanol-E85.

L'interprétation des résultats est très différente pour certaines organisations environnementales comme France Nature Environnement (FNE) qui indique dans son communiqué du 8 avril 2010 le "bilan carbone désastreux" de l'étude. Insistant sur la prise en compte attendue de l'impact du Changement d'Affectation des Sols par l'étude de l'ADEME, FNE souligne que " la transformation des forêts tropicales primaires en cultures industrielles de canne à sucre et de palmiers à huile destinées à faire rouler nos voitures est à l'origine d'émissions très importantes, liées au déstockage massif de carbone suite à la suppression du couvert forestier et à la dégradation des sols. "

Pour Lionel Vilain, conseiller technique agricole de FNE : « Les résultats de l'étude sont sans appel : lorsqu'on prend en compte les changements d'affectation des sols (déforestation notamment), l'impact effet de serre des agrocarburants est le double de celui de l'essence ou du gasoil remplacé ! ».
Considérant que l'importation d'agrocarburants tropicaux est inévitable vu leur prix d'achat par rapport à une production française, "FNE demande au Gouvernement de tirer les conséquences de cette étude et de renoncer à toute politique favorisant la production et l'utilisation d'agrocarburants industriels en France."

Le gouvernement, de son côté, s'engage à ce que "l'expertise développée dans le cadre de l'étude alimente les discussions communautaires quant à l'application de la directive 2009/28/CE relative à la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables."

Dans tous les cas, loin de l'enthousiasme affiché par les professionnels des biocarburants à la lecture des résultats de cette étude, celle-ci conclut à "la nécessité de poursuivre des travaux sur la connaissance et la limitation du changement d'affectation des sols, ainsi que sur l'impact des produits phytosanitaires." En effet, si le bilan semble plutôt favorable au niveau de la consommation énergétique et des émissions en gaz à effet de serre, les indicateurs environnementaux complémentaires comme le potentiel de toxicité humaine sont bien plus préoccupants...

Notes

* Une première étude avait été menée en 2007-2008 visant à déterminer la méthodologie d'analyse du cycle de vie (ACV) des biocarburants, cette nouvelle étude s'appuie sur les recommandations du référentiel défini en 2008 pour réaliser les ACV des filières carburants.

Références

Remise de l'étude sur l'analyse du cycle de vie des biocarburants de 1ère génération - ADEME

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

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11 commentaires

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avatar Hdrass Bourges -

L'urgence n'étant plus de faire preuve d'intelligence, mais de faire fonctionner le système économique au gré des puissances de l'argent qui détiennent le pouvoir sur le politique, de tels bilans sont certains.

Le jour où les politiques reprendront le pouvoir sur les puissances de l'argent, ils feront preuve d'une grande intelligence.

Mais les politiques dépendant des peuples et les peuples étant asservis aux puissances de l'argent, comment peut-on espérer améliorer les choses ?


avatar Hdrass Bourges -

Les gouvernements devraient orienter les politiques économiques de manière éclairée et objective et non l'inverse comme actuellement (les politiques économiques se décident dans les grandes entreprises et s'imposent aux gouvernants).

Il est bien connu que "Bruxelles", où se décide les orientations politiques européennes, est sous influence des lobbies (actuellement les fabricants d'agrocarburants, d'éoliennes, des panneaux solaires, les "green washers"...).

Mais comment réorganiser la politique pour que les gouvernants soient plus clairvoyants, et donc mieux informés ?

avatar craps languidic -

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/04/09/les-agrocarburants-sont-ils-polluants_1331562_3244.html#xtor=AL-32280184

Il est bien évident que les bio carburants sont l'avenir ( et non pas la voiture électrique qui est une aberration sans lendemain du point de vue du rendement ) - ne serait ce que l'huile de colza pour remplacer le gazole - mais cela doit faire l'objet d'une gestion pour ne pas être développé au détriment de la production de nourriture, ce qui malheureusement se produit actuellement au Brésil.

avatar Peyo Allinges -

Il m'est donné de constater que dès que le prix de l'essence et du gazole augmentent en France depuis 2007, ca y est ,,, on tape sur ce pauvre ethanol. Breton en 2007 avait eu le courage de lancer cette filière qui avait pour but de réduire notre consommation en énergie fossile. En l'espace d'une année cette initiative a été coulée en prétextant l'utilisation des surfaces de culture vivrière dans le tiers-monde, alors que l'éthanol utilisé dans les principaux pays consomateurs comme les pays scandinaves, l'Allemagn et et la Suisse est à base de déchets de bois ...
Pendant ce temps les producteurs de pétrole et les compagnies pétrolières rigolent bien ....

avatar NOUMEA -

Attendez que Mère nature remette de l'ordre sur Terre et vous verrez que les lobbies tomberont tout seul. Si le petit être humain veut survivre il faudra bien qu'il change son attitude et comme il n'aura pas le choix il s'adaptera mais beaucoup ne pourront pas.
En attendant toutes les initiatives sont bonnes à prendre mais pas à l'échelle de la planète je pense que c'est au niveau régional que tout se joue, chacun dans sa commune peut faire quelque chose: utiliser l'huile de friture pour l'un, les déchets de bois., etc. Il faut penser petit mais pas profit.

avatar Thierry à ELOYES (88) -

Chacun peut agir également en réduisant sa consommation de carburant. C'est facile: évitons les petits trajets inutiles ( marche, vélo, transport en commun ...). Mais attention de ne pas utiliser l'argent économisé pour se payer des vacances au Maroc ou ailleurs.... Mais ces gens risquent de ne pas pouvoir rentrer, la nature les bloque avec le nuage du volcan islandais...

avatar Jacques -


Manger ou conduire il faudra bientôt choisir....

avatar Jean-marie Rith -

Bonjour,
Le premier Biocarburant , substitut du diesel (l'eruciate de méthyle ) n'avait pour but que d'écouler les stocks d'huile de colza impropres à la consommation car trop riche en acide Erucique, redoutable toxique cardiaque, qui se produit spontanément lors du chauffage ou de l'oxydation de l'huile de colza – La transformation de cette huile en ester de méthanol avait l'avantage d'être simple et économique en énergie car la réaction de l'anhydride érucique (huile de colza) avec le méthanol ou l'éthanol est exothermique et permet une distillation de l'ester au cours de la réaction –
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_%C3%A9rucique
De plus pour l'ester de méthanol l'indice de cetafine est approximativement égal à celui d'un bon gas-oil –
Les progiciels ultérieurs de carburant à base de céréales ou d'oléagineux n'offrent aucune garantie de rentabilité du bilan énergétique (production+consommation) et ne sont qu'un leurre présentant cependant un intérêt financier immédiat mais peu rentable dans le futur du fait de l'augmentation des matières premières

avatar Patrick C. -

Pourquoi vous obstiner dans vos articles sur le changement d'affectation des sols alors que vous saviez du début que cet argument était foireux pour l'Europe. On ne déboise en effet pas en Europe pour produire des biocarburants. Comme cet argument tombe, vous tournez en rond sur un lot d'arguments mineurs: l'objectif premier n'est pas de débattre mais d'argumenter contre les biocarburants. Il faut donc accumuler tout ce qui est contre, même les pièces rapportées.

avatar Jean-marie Rith -

Le terme "BIO" est un tracteur commercial publicitaire important utilisé dans le but de médiatiser un produit et de le faire vendre (exclusivement). Il n'y a en fait aucun impact souhaité sur un bonus planétaire hormis celui de faire des bénéfices sur les "gogos toujours verts" désirant cependant, eux, à l'origine une amélioration des conditions de vie de la planète - Moralité : On utilise le "vert" pour de faire de l'"argen"t => Ce n'est pas exactement la même couleur !
Le virage "Bio/eco" est à la charge des gouvernements et non des industriels et des groupes fiduciaires!

avatar Hdrass Bourges -

@ Jean-marie Rith

Tout à fait d'accord, et j'ajoute que les gouvernements ne sont pas à la hauteur ou alors je les soupçonne d'être corrompus par les groupes industriels et fiduciaires qui constituent bien un pouvoir de lobbying.
Nous payons tous les erreurs des politiques inadaptées à la situation, qui ne vont pas dans l'intérêt de tous, et ça n'est pas fini au train où vont les choses.
Mais une politique honnête et courageuse ne passerait certainement pas dans le contexte actuel.
Finalement nous avons les politiques que nous méritons.

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