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Le transport routier s'avère être le facteur clé du réchauffement climatique

10135 lectures / 10 commentaires08 avril 2010, 16 h 19

Depuis des décennies, les climatologues ont étudié les gaz et particules qui peuvent altérer le climat de la Terre. Ils ont découvert et décrit certains produits chimiques en suspension qui pouvaient piéger la lumière qui provient du soleil et réchauffer le climat, tandis que d'autres rafraîchissaient la planète en bloquant les rayons du soleil.

Aujourd'hui une nouvelle étude conduite par Nadine Unger de l'Institut Goddard de la NASA (le GISS) à New York offre une manière plus intuitive de comprendre ce qui change le climat de la Terre. Plutôt que d'analyser les impacts des composants chimiques, les scientifiques ont analysé les impacts climatiques suivant différents secteurs économiques.

Chaque composante de l'économie, comme le transport routier ou l'agriculture, émet un portfolio unique de gaz et d'aérosols qui affecte le climat de différentes manières et à différentes échelles de temps.

« Nous voulons fournir une information d'une façon qui serait plus aidante pour les politiciens, » a déclaré Unger. « Cette approche va faciliter l'identification des secteurs pour lesquels les réductions d'émissions seront les plus bénéfiques pour le climat et ceux qui pourraient produire des conséquences involontaires. »

Dans un article paru sur le net le 3 février 2010 par Proceedings of National Academy of Science, Unger et ses collègues décrivaient comment ils ont utilisé un modèle climatique pour estimer l'impact de 13 secteurs d'activités économiques entre 2000 et 2100. Ils ont basé leurs calculs sur des inventaires réels des émissions collectées par des scientifiques dans le monde entier, et ils supposent que ces émissions resteront relativement constantes dans le futur.

Instantanés du futur

Dans leur analyse, les moteurs des véhicules émergent comme étant les plus gros contributeurs au réchauffement actuel de l'atmosphère et à court terme. Les voitures, les bus et les camions dégagent des polluants et des gaz à effet de serre qui favorisent le réchauffement, tandis qu'ils émettent peu d'aérosols qui l'endigue.

Les chercheurs ont montré que brûler des biocombustibles ménagers, originellement du bois et de la bouse animale pour se chauffer et cuisiner, contribue au réchauffement en seconde position. Et élever du bétail, en particulier celui qui produit du méthane, est la troisième cause la plus importante.

A l'autre extrémité de la gamme, le secteur industriel relache une proportion de sulfates et d'autres aérosols tellement importante qu'il contribue en fait en grande partie au rafraîchissement du système. De même, la combustion de la biomasse, quand elle résulte des feux de forêts tropicales, de la déforestation, des feux de savane et de broussailles, émet de grandes quantités de particules de carbone organique qui bloquent la radiation solaire.

Unger et ses collègues assurent que la nouvelle analyse propose aux dirigeants politiques et au public une compréhension beaucoup plus détaillée de comment atténuer le changement climatique de manière plus efficace. « Miser sur le transport routier est trois fois gagnant », déclare-t-elle. « C'est bon pour le climat à court et à long terme, et c'est bon pour notre santé. »

forcageForçage radiatif (en mW/m²) des différents secteurs de l'économie en fonction des composés chimiques émis dans l'atmosphère
© NASA GISS/Unger

A cause des problèmes de santé causés par les aérosols, de nombreux pays développés ont réduit les émissions atmosphériques de l'industrie. Mais de tels efforts éliminent aussi certains effets rafraîchissants de cette pollution, en éliminant une forme de géoingénierie d'inadvertance qui est connue pour avoir contrecarré le réchauffement planétaire au cours des dernières décennies.

« Le réchauffement va s'accélérer car nous continuons de supprimer les aérosols », a dit Unger. « Nous n'avons pas d'autres choix que de supprimer la pollution des particules pour protéger la santé des hommes et de l'écosystème. Ceci signifie que nous aurons besoin de travailler encore plus dur pour réduire les gaz à effet de serre et les polluants qui réchauffent le climat. »

D'ici 2100, les projections d'Unger suggèrent que l'impact de différents secteurs changera de manière significative. D'ici 2050, la production d'électricité surpassera le transport routier comme la plus importante cause de réchauffement. Le secteur industriel fera également un bond en passant de la plus petite contribution en 2020 à la troisième plus grosse en 2100.

« On note ces différences car les impacts des gaz à effet de serre s'accumulent et s'intensifient au fil du temps, et parce qu'ils persistent dans l'atmosphère pour de très longues périodes », a déclaré Unger. « Par opposition, les aérosols disparaissent après quelques jours et ne peuvent avoir un impact qu'à court terme. »

Des usines dans les nuages

Pour chaque secteur de l'économie, l'équipe d'Unger a analysé les effets d'une large gamme de composants chimiques, y compris le dioxyde de carbone, l'oxyde nitreux, le méthane, le carbone organique, le carbone noir, les nitrates, les sulfates et l'ozone.

L'équipe a également considéré comment les émissions de chaque secteur de l'économie pouvait avoir un impact sur les nuages, qui ont un effet indirect sur le climat, a expliqué Surabi Menon, co-auteur de l'article et scientifique au Laboratoire National Lawrence Berkeley à Berkeley en Californie.

Certains aérosols, en particulier les sulfates et le carbone organique, peuvent rendre les nuages plus éclatants et ce qui leur permet de durer plus longtemps, ce qui produit un effet rafraîchissant. En même temps, un type d'aérosols appelé carbone noir (ou suie) qui absorbe en fait la radiation solaire, réchauffe l'atmosphère et engendre l'évaporation des nuages de basse altitude. Ce procédé, appelé l'effet aérosol semi-direct, a un impact sur le réchauffement.

Cette nouvelle analyse montre que les émissions provenant de l'électricité, de la combustion de la biomasse et des secteurs industriels de l'économie favorisent les interactions entre aérosols et nuages ce qui exerce un puissant effet rafraîchissant, alors que le transport routier et les biocombustibles ménagers favorisent le réchauffement en lien avec les nuages.

D'autres recherches sur les effets des aérosols sont toujours nécessaires, prévient Unger. « Bien que notre estimation du forçage radiatif des aérosols soit cohérente avec celles listées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, de nombreuses incertitudes persistent. »

Source

Road Transportation Emerges as Key Driver of Warming - NASA GISS

Référence

Unger, N., T.C. Bond, J.S. Wang, D.M. Koch, S. Menon, D.T. Shindell, and S. Bauer, 2010 : Attribution of climate forcing to economic sectors. Proc. Natl. Acad. Sci., 107, 3382-3387, doi:10.1073/pnas.0906548107.

Auteur

avatar Cécile Matricon

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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10 commentaires

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avatar khaled, Tunisie -

Salut, je crois que nos vies sont tellement menacées qu ce soit avec ou sans le réchauffement climatique.
Je me demande si on est arrivé à préciser le problème et ses causes, on ne pourrait pas prendre des mesures de protection afin de réduire au maximum les rejets des gaz dans l'atmosphère. Tout dépend de notre conscience. Tout le monde sait maintenant qu'il y a un danger éminent et qu'il faut nécessairement l'éviter pour que la vie de nos ascendants soit plus saine.
Malheureusement pour notre planète, les problèmes de toutes sortes se multiplient d'une façon atroce et je pense que la sauvegarde, on en viendra jamais à bout ...

avatar yvelines -

Je n'y comprends absolument rien et pourtant le sujet m'intéresse. Ce n'est pas accessible à mon petit cerveau.

avatar Florence_Canada -

Merci pour les détails de cette publication scientiique. Les preuves à travers les recherches s'acumulent et sont transmis avec plus de précisions.

avatar Jérémy Bouchez -

@Yvelines: En gros ce qu'il faut retenir, c'est que les études (et celle-là encore plus finement) démontrent et confirment le fait que c'est le secteur des transports qui émet le plus de CO2. Malheureusement, nos sociétés sont droguées au pétrole et cela va être très dur de changer les habitudes (les puissants lobbies du pétrole n'ont aucun intérêt à nous mettre en cure de désintoxication). L'autre certitude c'est qu'il ne faut pas compter sur les aérosols (de petites particules issues de processus chimiques diverses comme la combustion) pour nous rafraichir l'atmosphère car leur durée de vie est courte comparée à celle des gaz à effet de serre et en plus même s'ils ont un effet rafraichissant ils sont des poisons pour notre organisme. La solution est donc bien l'abandon du pétrole à moyen terme n'en déplaise aux compagnies pétrolières. Le hic c'est qu'on ne peut pas forcer quelqu'un à aller en cure de désintoxication, les dealers ont encore de beaux jours devant eux et nous frôlons l'arrêt cardiaque pour overdose...

avatar Yann Malet, Orsay -

Article intéressant surtout les concepts sous-tendus par le graphique. Je ne saisis pas la différence entre household biofuel et biomass burning.
Il montre que les enejeux du changements de température globale n'est pas qu'une question de CO².
Un peu bizarre que les principaux secteurs "coupables" soient ceux du confort quotidien et qu'agir rapidement contre eux entraîne des efforts quasi uniquement au niveau de la population. Ce n'est pas forcément évident sur le plan politique. La perte est très tangible et le gain plus lointain.
Certains facteurs agissent en positif ou en négatif. Ca peut se concevoir mais cela gagnerait à être expliquer sinon en première lecture ça donne un sentiment de non cohérence. Je ne sais malheureusement pas le faire.

"Miser sur le transport routier est trois fois gagnant " Je pense que l'auteur veut dire "Miser l'effort de réduction et de restriction mais aussi de développement de nouvelles technologies sur le transport routier est trois fois gagnant".
Je crois que c'est aussi important d'agir sur les trois secteurs qui suivent.

Sur la compensation par les aérosols: elle est juste du point de vue thermique, mais il faudrait que cela se limite de préférence à de la vapeur d'eau.
Quid de l'effet réchauffant/refroidissant de la vapeur d'eau? Est-il pris en compte? (La présence d'aérosols humides en suspension pouvant entraîner la présence de vapeur)

avatar Hdrass Bourges -

@ Yann Malet, Orsay
Oui en effet, article intéressant par les axes de recherche qu'il ouvre, notamment sur les antagonismes entre les aérosols dont les émissions sont en forte baisse du fait de leurs effets nocifs sur la santé, mais qui avaient un effet refroidissant à très court terme (du fait de leur faible durée de vie dans l'atmosphère), et les GES dont les émissions sont en forte augmentation par le développement continu de moteurs thermiques et responsable du réchauffement à long terme (du fait de leur durée de vie longue dans l'atmosphère).

Mais cet article (comme bien d'autres d'ailleurs) n'est pas très clair.
Car la solution pour contrer l'effet réchauffant du secteur des transports, comme l'insinue le graphique n'est pas dans les aérosols car leur durée de vie est bien trop courte par rapport celui des GES, ce dont le graphique ne tient pas compte.

""différence entre household biofuel et biomass burning""
household biofuel = biocarburant ménager, soit (sic l'article) ""originellement du bois et de la bouse animale pour se chauffer et cuisiner, qui contribue au réchauffement en seconde position"" et pour longtemps, plus récemment pour nos moteurs l'éthanol (de canne à sucre), le diester (de colza), les huiles végétales pures (hvp)...
biomass burning = combustion de la biomasse, (sic l'article) ""quand elle résulte des feux de forêts tropicales, de la déforestation, des feux de savane et de broussailles, émet de grandes quantités de particules de carbone organique qui bloquent la radiation solaire"" qui contribuent en grande partie au rafraîchissement du système, mais à très court terme donc.

"""Quid de l'effet réchauffant/refroidissant de la vapeur d'eau?"""
Lisez donc cette page très intéressante et vous comprendrez mieux : http://www.manicore.com/documentation/serre/gaz.html
où vous verrez ceci :
""Les émissions directes de vapeur d'eau des hommes (provenant des centrales électriques - pas seulemement nucléaires ! - , de l'irrigation, des barrages, de la déforestation...) ne contribuent pas à augmenter l'effet de serre de manière décelable, et ne sont donc pas prises en compte dans les émissions humaines. En effet, sur une planète couverte aux 2/3 d'eau (les océans), et compte tenu du fait que l'eau ne s'accumule pas dans l'atmosphère - où son temps de résidence est de l'ordre d'une semaine seulement -, les émissions d'origine humaine sont totalement marginales dans le cycle global de l'eau (à titre indicatif, les émissions annuelles de vapeur d'eau de l'humanité provenant de la combustion des hydrocarbures représentent moins de 1% de l'évaporation naturelle survenant en une seule journée). L'action de l'homme peut très significativement perturber le cycle local de l'eau (la Mer d'Aral ou le barrage d'Assouan en offrent de bons exemples), mais cela n'a pas de répercussions significatives au niveau de la teneur moyenne en vapeur d'eau de l'ensemble de l'atmosphère, or c'est celle-là qui gouverne l'effet de serre qui en résulte.

Ce qui précède explique pourquoi il n'est pas tenu compte de la vapeur d'eau, excepté dans quelques cas bien particuliers tels l'aviation, lorsque l'on calcule les émissions de gaz à effet de serre liées à l'activité humaine.""
....
""Que font les nuages ?

- composés d'eau, ils contribuent à l'effet de serre (voir plus haut),
- mais par contre, en empêchant la lumière de passer (la lumière est plus facilement réfléchie vers l'espace par un nuage que par un ciel clair) ils ont un effet "refroidissant" sur la surface.

Il se trouve que le bilan précis de ces deux effets antagonistes a une influence déterminante sur l'élévation de température que notre planète connaîtra au 21è siècle, et une représentation précise des nuages dans les modèles climatiques reste clairement un sujet avec des marges de progrès importantes.

Il est toutefois déjà établi que c'est l'effet de serre qui l'emporte sur l'effet de réflexion pour les nuages hauts (cirrus), lesquels sont suffisemment translucides pour laisser passer la lumière en quantités significatives, mais sont déjà relativement opaques aux infrarouges émis par la terre, alors que c'est l'effet de réflexion qui l'emporte sur l'effet de serre pour les nuages bas (cumulus, stratus...) qui ont donc globalement un effet refroidissant sur le climat.""



En résumé toujours plus de problèmes soulevés que de solutions trouvées.


On peut aussi rajouter à l'effet réchauffant, la fonte de la banquise polaire en été et des glaciers de montagne (de couleur blanche, donc réfléchissant les rayons solaires) remplacée par de l'eau (de couleur bleue ou de la terre marron, donc absorbant l'énergie solaire).

Le gros secteur présentant une solution efficace serait la diminution drastique du secteur des transports, mais cette solution se heurte au modèle économique mondial, et comme le dit Jérémy Bouchez """Le hic c'est qu'on ne peut pas forcer quelqu'un à aller en cure de désintoxication, les dealers ont encore de beaux jours devant eux et nous frôlons l'arrêt cardiaque pour overdose..."""

avatar Gilles Chomel Cannes -

Je transmets l'article à Carfree.free.fr pour qu'il le relaye.

www.lecolomobile.fr

avatar Hdrass Bourges -

Si "Le transport routier s'avère être le facteur clé du réchauffement climatique",
le hic c'est que :
le transport routier s'avère être le facteur clé de l'économie mondialisée actuelle.
La solution ne sera donc pas de réduire le transport routier, mais d'essayer de le rendre moins polluant (réchauffant) pour l'atmosphère, autant dire mission quasi impossible du fait que la croissance du nombre de moteurs thermiques, notamment dans les BRIC (la Chine fait toujours 10% de croissance annuelle), dépasse largement les gains technologiques de pollution par moteur, ce qui entraîne inévitablement au bilan global une hausse quasi continue de la pollution atmosphérique.

J'ai entendu un astrophysicien dire qu'""il est stupide de brûler du pétrole dans des moteurs"".

Alors, on attend des solutions autres que des bricolages sans conséquences globales.
La rupture technologique est-elle possible ?


avatar Jacques -


""""Quid de l'effet réchauffant/refroidissant de la vapeur d'eau? Est-il pris en compte? """"

http://pubs.giss.nasa.gov/docs/2006/2006_Bony_etal.pdf

Vous verrez que la vepeur d'eau est loin d'être négligée.

Hdrass @

""""La rupture technologique est-elle possible ?"""""

Pour l'instant malheureusement il n' y a pas d'alternative technique au pétrole.

avatar Hdrass Bourges -

Non seulement il n'y a pas d'alternative au pétrole, mais en plus une partie de l'énergie du pétrole déjà extrait sert à extraire de plus en plus vite le stock restant de pétrole, afin de le brûler dans de plus en plus de moteurs thermiques pour le confort de l'humanité.
La compétition entre les pays pour le contrôle des ressources restantes s'accélèrent avec la raréfaction de la ressource, les russes ayant déjà planté leur drapeau les premiers sous la banquise arctique où il y a certainement un peu de pétrole.

Voilà le constat auquel nous pouvons assister en toute impuissance.

Si nous devenions sages nous ferions un gouvernement mondial, mais nous en sommes très loin.

La gouvernance mondiale ne se fera que lorsque l'humanité sera en perdition, et dans ce cas ce qui est sûr c'est qu'il n'y aura plus de démocratie.

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