
© C. Magdelaine
Depuis 1991 et tous les deux ans élus, industriels, associations et administrations planchent sur la question du traitement des déchets en France. Ainsi, les 7èmes Assises nationales des déchets, qui se tiennent le 11 et le 10 à La Baule sont l'occasion de mettre en exergue le casse-tête de la surproduction de déchets.Selon un rapport du Commissariat général au plan, les trois quarts des départements français verront leurs installations saturées vers 2010, faute d'avoir construit de nouveaux incinérateurs et des décharges supplémentaires. 26 départements sont déjà en situation de pénurie et ne trouvent de solution qu'en exportant leurs déchets ménagers dans un autre département.
Au quotidien, le tri et le recyclage ont peu à peu amélioré la gestion quotidienne des ordures ménagères. Sans pour autant régler le problème de l’augmentation du volume de déchets produit par chaque individu.
En effet,
chaque français en produit plus de 370 kg par an, contre 345 kg il y a dix ans et 220 kg dans les années 60. Ce poids augmente actuellement d'un peu moins d'1% par an.
Pour autant, les industriels français ont commencé à réduire à la source leur production de déchets depuis cinq ans. Ils se sont aussi engagés à limiter l'emballage des produits vendus au consommateur, avec des résultats mitigés. Ainsi, les tonnages globaux d'emballages sont restés presque stables de 1994 à 2000 (4,7 millions de tonnes par an), mais le nombre d'unités a fortement augmenté (11%) entrainant une augmention des coûts de traitement.
De plus, les industriels tentent de contenir leur production de déchets grâce à l'éco-conception, une démarche récente consistant à intégrer, dès les premières études d'un produit, son "parcours" jusqu'à sa fin de vie. Sont concernés les matériaux et les dimensions, mais aussi le transport, l'emballage, l'éventuelle consommation d'énergie ou encore les possibilités de recyclage.
Au fur et à mesure que la facture du traitement des déchets grimpe (elle a doublé depuis 1992), de plus en plus de techniciens, mais aussi d'élus, prônent une responsabilisation du citoyen-consommateur, au besoin en facturant le ramassage en fonction du volume collecté. Les ménages sont taxés en fonction de la valeur locative du logement, et non du tonnage comme les industriels.
En juin, la ministre de l'Ecologie Roselyne Bachelot a annoncé un plan pour "stabiliser la production de déchets en 2008 au niveau actuel". Les associations présentes à La Baule conviennent qu'il sera difficile de faire mieux en matière de réduction à la source. Et pourtant,
les consommateurs ne sont pas suffisamment inscités à réduire le volume de leurs poubelles comme en témoignent la prolifération des sachets individuels et la culture du tout jetable.
A ce titre, les emballages pèsent 30% du poids et 50% du volume de nos poubelles. "L'ensemble de ce qui sort ces derniers temps va dans le sens du pire en matière d'emballage", constate Nadia Boeglin, de la cellule éco-produit à l'ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Comme en témoigne l'essor des doses individuelles dans l'alimentation, qu'il s'agisse de fromage, café ou goûter des petits, et même les cosmétiques où des mini doses sont apparues sur le marché allemand. 25 dosettes de café génèrent dix fois plus d'emballage que le paquet traditionnel de 100 grammes de café.
Les consommateurs ne perçoivent pas le produit jetable comme dommageable pour l'environnement, tout comme les industriels qui en sont à l'origine.
Un exemple de déchets nouveaux et dont on pourrait bien se passer est celui des lingettes. Ces serviettes jetables imprégnées de produit nettoient aujourd'hui la maison du sol au plafond, débarbouillent les bébés et même les chiens et les plantes.
La vogue des lingettes nettoyantes date de 1999 en France. 4 foyers français sur 10 les utilisent régulièrement. Pour les industriels, c'est tout bénéfice, puisqu'elles ne se substituent pas aux détergents traditionnels mais représentent essentiellement un chiffre d'affaires "en plus". Pourtant, nettoyer la maison avec des lingettes revient 15 fois plus cher qu'à la serpillère et au balai (555 euros par an contre 35 euros) et génère 23 kilos de déchets par an contre 1,1 kg, selon une étude de l'Observatoire de la consommation durable à Bruxelles. Un ménage qui n'utiliserait que des lingettes pour la maison, le linge (lingettes assouplissantes, détachantes etc.) et l'hygiène (démaquillante...) dépenserait 1.108 euros par an. Il produirait 58 kg supplémentaires de déchets par an, dont la quasi totalité (55 kg) ne sont pas repris par la collecte sélective et donc pas recyclés. En effet, les lingettes, contrairement au flacon vide de détergents que le consommateur trie, vont dans le "tout venant" des déchets ménagers incinérés.
Autre déchet en forte hausse : les biens d’équipements électriques et électroniques (TV, lave-linge, ordinateur..). D’après les données de l’Agence pour la maîtrise de l’énergie, la quantité d’équipements électroniques mis au rebut augmente de 3 à 5% par an, la moitié étant jetée par les ménages (soit 13 kg/an/habitant).
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)