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Conséquences de la canicule et de la sécheresse sur les arbres

12381 lectures29 août 2003, 00 h 00

© C. Magdelaine / notre-planete.info

Les scientifiques sont unanimes : la canicule qui a frappé principalement la France fera des dégâts dans les forêts, mais les premières conséquences n'apparaîtront qu'au printemps et il faudra des années pour en dresser le bilan.

"Nous avons eu affaire à une sécheresse très sévère, résume Jean-Marc Guehl, directeur d'une unité de recherche mixte INRA-Université Nancy-I spécialisée dans l'écologie et l'écophysiologie forestières. Mais il est impossible de prévoir l'ampleur du dépérissement des arbres qui en résultera. La seule certitude est que les dégâts vont fortement varier en fonction des conditions régionales."
"On pourra se faire une idée sur l'état des forêts à partir de l'an prochain, mais il ne faut pas oublier que les effets différés de tels accidents climatiques étaient parfois détectés plus de dix ans après l'événement, poursuit le scientifique, interrogé par l'AFP. Les recherches ont montré, par exemple, que la vraie raison du gros dépérissement des forêts vosgiennes dans les années 1980, d'abord attribué à la pollution due aux pluies acides, était la sécheresse."

Les études menées depuis la grande sécheresse de 1976 ont permis d'acquérir de nouvelles connaissances sur la réaction des arbres aux stress hydrique (sécheresse) et thermique (canicule). C'est la conjonction des deux qui, cette fois, est exceptionnelle : la sécheresse de 1976 n'avait pas été accompagnée de températures aussi élevées et durables.

En forêt, expliquent les chercheurs, les arbres s'alimentent en eau grâce à leur enracinement, plus ou moins profond selon les espèces. L'épicéa a des racines en surface, le chêne des racines profondes par exemple.
Le dessèchement du sol provoque une régulation de la consommation en eau. Les arbres ferment leurs stomates ("pores" des feuilles, qui assurent les échanges gazeux), limitent le pompage et économisent l'eau. La photosynthèse devient également limitée, puisque le gaz carbonique entre également par les stomates. La croissance de l'arbre s'arrête, mais peut reprendre si la sécheresse cesse, car les stomates se rouvrent.
"Lorsque la sécheresse dure, explique Nathalie Bréda, du laboratoire nancéen, certains mécanismes de protection, irréversibles cette fois, vont se mettre en place. Ainsi, la tension de la sève dans les vaisseaux devient trop forte, et des bulles d'air apparaissent (c'est l'embolisme, comme chez les humains) dans le système conducteur des pétioles et des petits rameaux. Les feuilles se dessèchent et peuvent alors tomber, flétries mais vertes."
Cette année, les sols étaient secs dès juin. La canicule est donc apparue alors que le système d'"autodéfense" des arbres était déjà en place, le refroidissement du feuillage n'était plus assuré par la transpiration. Les feuilles ont pris des couleurs automnales avant l'heure, ce qui n'était cependant pas alarmant : cela montrait que les arbres avaient commencé à se défendre en sacrifiant leurs feuilles.

Pour les scientifiques, tout pronostic sur les conséquences définitives de cette sécheresse est d'autant plus impossible qu'il dépendra aussi de l'arrière-saison, des pluies et de l'hiver à venir : les arbres déjà affaiblis par des stress passés seront plus vulnérables que les autres face aux maladies, aux insectes et aux champignons, qui en feront des victimes de choix.

Auteur

Agence France Presse

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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