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Quand les espèces invasives menacent les écosystèmes

6256 lectures / 3 commentaires23 novembre 2009, 11 h 40

Les arbres infestés par le dendroctone du pin ponderosa sont brûlésLes arbres infestés par le dendroctone du pin ponderosa sont brûlés
© Ressources naturelles Canada

Pas plus long qu'un grain de riz, le dendroctone du pin ponderosa est un prédateur insidieux qui altère son écosystème et provoque une mortalité généralisée des forêts de pins dans le nord-ouest du Canada, où l'invasion annonce l'ouverture d'un nouveau front dans la lutte contre le changement climatique.

Cet insecte s'ajoute à la longue liste des espèces dites invasive, les animaux, plantes et organismes qui arrivent, survivent et se développent dans un territoire qui leurs étaient auparavant inaccessible, et qui causent ensuite des dommages importants à leurs nouveaux environnements.

Tandis que le réchauffement climatique altère les températures et la pluviométrie autour du monde, la menace posée par les espèces invasives s'accroît et la communauté scientifique, ainsi que les Nations Unies exhortent les participants de la Conférence sur le changement climatique de Copenhague le mois prochain à prendre des mesures décisives pour renforcer les écosystèmes et protéger la biodiversité mondiale contre cette menace.

"Le changement climatique crée des conditions difficiles pour plusieurs espèces et la plupart des espèces invasives sont plus résistantes et opportunistes que les organismes indigènes", note Kalemani Molungoy, chef de la division scientifique, technique et technologique au Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CBD) des Nation Unies.

Situé à Montréal depuis sa création en 1993, le CBD est un accord légal entre 187 pays qui vise à la préservation de la diversité biologique, l'utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques. La convention recouvre tous les écosystèmes, espèces et ressources, et fournit une assistance technique aux gouvernements en matière de maintien des écosystèmes.

Selon le CBD, le changement climatique et les espèces invasives sont les sources principales de la perte de biodiversité sur la planète.

"Cela se produit dans tous les types d'écosystèmes : terrestre, marin, végétal, animal, microorganisme", dit Stas Burgiel, directeur du Global Invasive Species Program (GISP), un partenariat international de scientifiques, organismes non-gouvernementaux, et de décideurs qui contribue au travail du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

Selon le GISP, les espèces invasives peuvent transformer des écosystèmes en entier, en altérant l'hydrologie, les régimes de feu, les cycles nutritifs et d'autres processus écologiques. Les invasions biologiques par des espèces non-natives imposent des coûts énormes sur l'agriculture, l'activité forestières, la pêche, ainsi que sur la santé humaine.

"Le changement des conditions écologiques dû au températures élevés, à la sécheresse ou aux pluies abondantes, facilite la survie des espèces invasives, au détriment des organismes locaux", note M. Burgiel.

Selon le CBD, les incursions biologiques par les espèces invasives entraînent des pertes économiques importantes. Au Etats-Unis, le coût annuel des dommages et du contrôle des espèces invasives est évalué à 138 milliards de dollars. Au niveau mondial, ce coût est évalué à 1 400 milliards de dollars.

Pour le dendroctone du pin ponderosa, des hivers plus doux ont permis un taux de survie plus élevé, ce qui a mené à la plus importante épidémie dans l'histoire de la province canadienne de Colombie-Britannique. La propagation de cet insecte vers des latitudes plus élevées a tué 50% des pins adultes de la province, et au rythme actuel 80% des pins seront morts d'ici 2015. Les conséquences de l'épidémie seront ressenties pendant des décennies.

L'insecte pond ses œufs en dessous de l'écorce de pins matures, que les larves creuseront ensuite pour se retrouver à la surface de l'arbre. Ces minuscules trous rendent l'arbre vulnérable aux champignons, qui le tueront en 3 à 4 semaines.
Les arbres qui meurent relâchent des tonnes de dioxyde de carbone dans l'atmosphère, ce qui augmente les émissions de gaz a effet de serre et annule l'effet d'absorption des forêts.

Les espèces invasives empiètent sur les écosystèmes fragiles de part le monde. Dans l'Ouest Américain et en Afrique du Nord, le tamaris est une plante envahissante apte à la survie prolongée sur des sols assoiffés et salés. Suite à la diminution des pluies dans ces régions, l'arbuste plonge ses racines profondément dans la terre pour se gaver en eau, diminuant ainsi les réserves disponibles aux espèces natives de la région.

En Afrique de l'Ouest, une diminution annuelle de 40 à 60% du flux des grandes rivières - résultat du changement climatique - est un facteur important dans la propagation de la jacinthe d'eau. Cette plante aquatique bouche les lacs et rivières, menaçant les réserves de poissons et la survie de la faune avoisinante au détriment des communautés et des industries qui profitent de ces ressources.

Les températures plus chaudes dans des zones de climats modérés peuvent aussi accroître la portée de certaines maladies tropicales dispersées par des insectes, mettant à risques des nouvelles populations.
"Les maladies transmises par un vecteur, tel le virus du Nil, ont un lien avec les espèces invasives", note M. Burgiel, en référence au rôle du moustique tigré asiatique dans la propagation du virus du Nil et la fièvre dengue dans les pays occidentaux. Depuis son apparition en Italie il y a huit ans, le moustique s'est répandu dans 22 provinces de l'Italie-Nord.

La programmation génétique des espèces invasives leurs permet de survivre dans une multitude d'environnements où elles seront plus aptes à la survie dans des conditions difficiles, ce qui soulève des doutes quant à la survie des espèces indigènes dans les régions où le changement climatique entraîne des changements saisonniers.

« La hausse du niveau des eaux avantagera certainement les espèces qui peuvent tolérer le changement d'une eau douce en une eau salé », ajoute M. Burgiel, « tandis que certaines plantes pousseront plus vite dans un environnement riche en dioxyde de carbone. »

Depuis le 17ème siècle, les espèces invasives ont contribué à près de 40% de toutes les extinctions animales, et elles posent le plus grand risque à la biodiversité des écosystèmes isolés, tel les îles, où la concurrence naturelle et les prédateurs qui contrôlent les populations envahissantes sont absents.

En réponse aux menaces posées par les espèces invasives, le GISP soutient la mise en œuvre de l'article 8 du CBD, qui appelle les parties "à prévenir l'introduction des espèces étrangères, et à contrôler et éliminer les espèces qui menacent les écosystèmes, les habitats et les espèces".
"Récemment, nous avons commencé à inclure le changement climatique dans les discussions sur la préservation de la biodiversité", dit M. Burgiel, "nous encourageons les pays à risque à adopter un principe de précaution, à éviter d'introduire des espèces invasives, et à prévenir celles qui peuvent être contrôlées".

L'impact du changement climatique sur la biodiversité sera discuté à Copenhague au travers du concept de 'l'adaptation respectueuse des écosystèmes', qui incite les pays à renforcer la santé de leurs écosystèmes pour les rendre plus résistants aux changements climatiques.

Auteur

Nations Unies ; date originale : 23 novembre 2009, 11 h 40

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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3 commentaires

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avatar humain - 29/11/2009, 16:49

l'espèce la plus invasive/nuisible est bien la notre ! surpopulation (200.000 humains de plus par jour !), déforestation (un terrain de foot toutes les deux secondes !), chasse/pêche/agriculture intensive, pollutions, extinction de la biodiversité, maladies (...), bref on ne fait que (nous auto)détruire !

avatar Sartori, Pantin - 03/12/2009, 18:50

Humain a malheureusement raison.

Son chiffre, de 73 millions de nouveaux habitants/an sur notre petite Terre, se situe même en dessous de la réalité.

1950 = 2,5 milliards d'habitants

2005 = 6,5 milliards d'habitants

2009 = 7 milliards d'habitants

Une progression de 4 Milliards de bouches à nourrir en l'espace d'un demi-siècle et l'on s'étonne que notre toute petite terre ne parvienne pas à régaler tout le monde…

= 80 millions d'individus, en moyenne sur toutes ces années avec des pics actuels de 160 à 180 millions, viennent grossir la population mondiale !…

Et demain ?

Puis après-demain ?

12 à 15 milliards de pauvres hères se battront pour les derniers brins d'herbes ?

L'île de Pâques est l'exemple que l'on suit à vitesse grand V ; en ajoutant aux causes de l'hécatombe une pollution irrémédiable



avatar Bolot Françoise - 04/12/2009, 14:37

L'espèce invasive la plus menaçante ne serait-elle pas l'homme par hasard ?



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