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Bilan des émissions de CO2 issues des biocarburants : une réponse complexe au cas par cas

7096 lectures / 8 commentaires26 octobre 2009, 16 h 58

Crédit : Commission européenne

Les biocarburants, renommés agrocarburants en France pour éviter toute confusion, suscitent bien des débats et des interrogations : sont-ils vraiment recommandables pour l'environnement ? Ne représentent-ils pas un substitut finalement pire que le pétrole ? Si la première génération de biocarburants, issue directement de l'agriculture, a été très souvent l'objet de vives critiques, de nouvelles études montrent que l'analyse de leur bilan est complexe pour des résultats très divergents.

Evaluer le bilan environnemental des biocarburants est finalement bien plus compliqué que ce qu'il était admis jusqu'à présent. Les conclusions souvent péremptoires sur la question ont eu le mérite de faire avancer l'état de la connaissance sur un sujet complexe vu les interactions nombreuses qu'il implique.

Parmi les biocarburants de première génération on peut citer l'éthanol tiré de la canne à sucre ou du maïs ou le biodiesel fabriqué à partir de colza, de soja ou d'huile de palme.

Le nouveau rapport "Towards Sustainable Production and Use of Resources : Assessing Biofuels analyse" du Groupe international sur la gestion durable des ressources du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) montre que l'élaboration de biocarburants respectueux de l'environnement demandera un travail très pointu.

Leur bilan, au niveau des émissions de gaz à effet de serre (GES) qui contribuent au réchauffement climatique, ne serait finalement pas si médiocre qu'annoncé. Par exemple, certains biocarburants de première génération, comme l'éthanol produit à partir de canne à sucre, tels qu'ils sont utilisés actuellement au Brésil pour remplacer le pétrole, entraînent une réduction des émissions de 70 à plus de 100 pour cent des émissions de GES.

Cependant, selon la façon dont ils sont produits, les biocarburants émettent plus ou moins de gaz à effet de serre. Plusieurs méthodes de production particulièrement nocives sont identifiées, notamment la production et l'utilisation de biodiesel de palmiers à huile cultivés sur des tourbières tropicales. Cela peut entraîner une forte augmentation des émissions de gaz à effet de serre - jusqu'à 2000 pour cent ou plus par rapport aux combustibles fossiles surtout à cause du carbone émis par le sol et la terre. Par contre, quand les palmiers à huile ou le soja sont cultivés sur une terre abandonnée ou dégradée les émissions peuvent être limitées.

La question est donc loin d'être tranchée et les théories divergentes et souvent violentes méritent que l'on pousse la réflexion. A ce titre, le rapport du PNUE analyse en détail les recherches publiées jusqu'au milieu de l'année 2009 et reprend les conclusions d'experts indépendants. Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE, hôte du Groupe sur les ressources a déclaré : « Il ne faut considérer les biocarburants ni comme la panacée, ni comme paria mais comme toutes les technologies, ils constituent à la fois une chance et un défi. (...) C'est pourquoi, il est urgent que le débat s'ouvre réellement et c'est justement là l'objectif de ce premier rapport du Groupe sur les ressources. D'un côté on se demande quelles variétés cultiver et où et, de l'autre on s'interroge sur la manière dont chaque pays et fabricant de biocarburants va promouvoir et gérer la production et la transformation du matériel végétal en énergie. Si certaines techniques sont respectueuses du climat d'autres sont très discutables » précise-t-il.

Que l'on soit pour ou contre les biocarburants, force est de constater que leur développement connaît une croissance géométrique : la production mondiale d'éthanol destiné aux transports a triplé entre 2000 et 2007, passant de 17 milliards de litres à plus de 52 milliards de litres. Celle de biodiesel a été multipliée par onze, passant de moins d'un milliard de litres à 11 milliards de litres.

Actuellement, la part des biocarburants dans les transports au niveau mondial s'élève à 1,8 pour cent.

Le changement du mode d'occupation du sol

Le talon d'Achille des biocarburants réside principalement dans le changement d'utilisation des terres. Les cultures destinées à la production de biocarburant représentaient environ deux pour cent des surfaces cultivées dans le monde en 2008, soit environ 36 millions d'hectares. Or, il faudrait cultiver entre 118 et 508 millions d'hectares (jusqu'à 28% des terres cultivées !) pour satisfaire seulement 10 pour cent de la demande mondiale en carburant destiné aux transports d'ici 2030 avec les biocarburants de première génération.

D'un côté ces biocarburants pourraient remplacer 0,17 à 0,76 milliard de tonnes de CO2 issus de combustible fossile (pétrole principalement). De l'autre, le changement de l'utilisation des terres conduirait à une augmentation des émissions de 0,75 à 1,83 milliard de tonnes de CO2.

Au final, les émissions de gaz à effet de serre auraient plutôt tendance à augmenter dans les prochaines décennies en raison de la production de biocarburants agricoles.

Un biocarburant sera respectueux du climat ou limitera le réchauffement en fonction de plusieurs facteurs, par exemple s'il est produit à partir de cultures de résidus ou de déchets. Dans ce cas, l'environnement est protégé, le recours à de nouvelles terres n'est pas nécessaire et les avantages économiques sont nombreux. Différents autres exemples montrent que le processus de fabrication et les terres exploitées font considérablement varier le bilan environnemental des biocarburants :

  • on considère que l'industrie brésilienne de transformation de la canne à sucre en éthanol a un effet positif sur le climat notamment parce qu'elle utilise ses déchets tels que la bagasse (1) pour répondre à la demande nationale en électricité.
  • Le bioéthanol issu du maïs peut être moins respectueux du climat si des combustibles fossiles sont utilisés pour transformer les cultures en biocarburants. Ainsi, selon l'efficacité des usines modernes par exemple, la production de bioéthanol peut représenter de - 60 % à + 5 % d'émissions de CO2 par rapport à l'essence.
  • La fabrication de biodiesel issu d'huile de palme permet une réduction de 80 pour cent des émissions par rapport aux combustibles fossiles. Cependant, si le palmier est cultivé sur des terres arrachées à la forêt tropicale, les émissions de gaz à effet de serre peuvent être 800 % plus importantes ! Et si les terres proviennent de tourbières en forêt, les émissions peuvent alors augmenter de 2 000 pour cent !!
  • Parmi les biocarburants intéressants, on peut citer le biogaz provenant du fumier, avec une réduction des émissions de GES supérieure à 170 pour cent, et l'éthanol de deuxième génération produit à partir de déchets agricoles et forestiers (entre 80 et 90 pour cent de réduction par rapport au pétrole).
  • Le jatropha, une plante énergétique dont la culture est recommandée dans les terres arides en Inde et en Afrique, peut permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre s'il est cultivé dans des terres dégradées, ou au contraire une augmentation des émissions s'il est produit dans la brousse en raison du changement de l'utilisation des terres. Cependant, il faut aussi tenir compte du fait que cela permet de répondre à des besoins énergétiques actuellement satisfaits grâce à l'utilisation de biomasse traditionnelle, qui conduit souvent à la déforestation avec, une fois encore, son impact sur le changement climatique.

Le Professeur Ernst Ulrich von Weizsäcker, qui a dirigé la rédaction du rapport du PNUE souligne également que « Les gouvernements doivent aussi prendre en compte la question du cycle de vie au sens large dans leurs choix politiques et certaines recherches doivent être menées urgemment. La culture de plantes énergétiques peut entraîner l'utilisation massive d'engrais avec ses conséquences sur la qualité de l'eau et une hausse des émissions de N20 qui est lui-même un important gaz à effet de serre. » Ainsi, « l'utilisation des terres abandonnées, ou réputées telles, pour la production de biocarburants pourrait être un choix sensé, mais elle a aussi des conséquences sur la biodiversité et certains projets forestiers permettraient de mieux limiter les émissions de gaz à effet de serre » ajoute-t-il.

Dr Stefan Bringezu, un scientifique du Groupe de travail sur les biocombustibles a déclaré : « Si les terres cultivées sont utilisées pour nourrir une population en nombre croissant et qui mange plus de viande, toute demande supplémentaire de cultures énergétiques augmentera presque inévitablement la pression sur les pâturages, la savane et les forêts. Cela entraînera une augmentation des émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'une diminution de la biodiversité. L'utilisation des déchets et des résidus représente un chemin plus sûr et plus durable pour sortir de ce dilemme. »

La question du bilan des biocarburants est donc complexe et revêt de multiples facettes selon les modes de production, les terres exploitées et les conséquences environnementales étudiées. Par exemple, entre 1000 et 4000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un seul litre de biocarburant (2)...

Notes

  1. La bagasse est le résidu fibreux de la canne à sucre une fois passée par le moulin pour en tirer le suc.
  2. Rapport sur les ressources en eau dans le monde : la demande en eau n'a jamais été aussi forte

Source

Biofuels - New Report Brings Greater Clarity to Burning Issue - UNEP

Référence

Towards Sustainable Production and Use of Resources : Assessing Biofuels analyse - UNEP

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info ; date originale : 26 octobre 2009, 16 h 58 - Tous droits réservés

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8 commentaires

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avatar DELPECH coueron - 26/10/2009, 17:43

Pour les biocarburants, on défriche la forêt primaire. Alors, l'augmentation du CO2, c'est de la rigolade en rapport.

Cessez donc de rouler en bagnole, cultivez vos légumes ; même sur les toits des immeubles c'est possible ; voyez Chicago.



Arrêtez de travailler comme des cons pour gagner un salaire et vivez de moins de choses car, quoi que vous fassiez, dans notre société, vous êtes responsables de cet état de fait.

avatar Louis hervé - 26/10/2009, 17:50

Je ne comprend décidément pas pourquoi le végétale utilisé en biocarburant éméttrait plus de co2 qu'il en faut pour produire ce végétale . C'est du donnant donnant tant de co2 pour créer un grain de semence de colza et la même quantité de co2 émis pour bruler cette même graine de colza il n'y a tout de même pas génération spontanée de co2??!!



Louis HERVE

avatar DAOUD Alger - 27/10/2009, 12:26

bonjour!



cette question reviendra à chaque discution jusqu'au moment où il ne sera plus possible de trouver des soutiens pour laur production

l'usage de biocarburant n'est pas exant d'émission du co2, donc pollueur !

son cout de production en sus des quantités d'eaux nécessaires

les superficies de terres qui y seront consacrées viennent en diminution de celles qui suppodées être utilsées pour la production Alimentaire en particulier la déforestation qui encourage "les crimes d'incendies"

cependant il se trouvera des soutiens, pour notre association sommes persuadé, pour un reboisement à grande échelle par la création de puits de carbone

au Sahara Africain il existe des surfaces et de l'eau qui ne demandent qu"à être utilisées à cette fin A+



avatar Louis hervé - 29/10/2009, 15:25

A Daoud "L'usage de carburant n'est pas exant d'émission de co2"

Mais pourquoi une plante emetterait plus de co2 qu'il ne lui en a fallu pour être former, elle ne peut tout de même pas créer ex nihilo du co2 qu'elle n'a pas absorbé pour sa formation.

Je vous ferais remarquer que le co2 n'est pas un polluant mais une nourriture, sans lui aucun organisme vivant n'existerait sur terre et à chaque expiration vous dégagez du co2!!



Louis HERVE

avatar Gaëtan, Strasbourg - 02/11/2009, 20:32

Bonjour,



réponse possible à Louis Hervé : je pense connaitre la réponse, en fait l'énergie utilisée pour produire la plante et l'énergie utilisée pour son transport doivent faire partie du CO2 émis. Donc sa fabrication et commercialisation émet plus de CO2 qu'elle n'en absorbe.

Et le CO2 n'est pas qu'une pollution, mais justement dans l'exemple que vous indiquez elle en est une.



Salutations

avatar Henri Paris - 13/03/2010, 10:44

Bien sur on peut raisonnablement penser que ce biocarburant , meme de 2eme generation ne sera pas "carbon neutral" . Est il PLUS emetteur de CO2 qu'une solution electricité eolien, photovoltaique ? intuitivement en considerant la chaine complete (from well to wheel) je pense que OUI ; mais cela reste à demontrer (ou bien je suis preneur du rapport )

Un parametre est oublié celui du temps & espace : un an produire la plante , qq mn pour bruler le biodiesel 2nd generation dans nos moteurs ...Donc pas genial pour sauver la planete

avatar Peyo Allinges - 15/04/2010, 22:46

Bioéthanol : quand le bois se fait carburant



Le bioéthanol est un sérieux candidat pour remplacer les carburants fossiles. D'autant qu'il est possible de le produire à partir de matières végétales non alimentaires. Christine Chirat, maître de conférences à Grenoble INP - Pagora, travaille sur un projet de production de bioéthanol au LGP2 (Laboratoire Génie des Procédés Papetiers).



Qu'est ce que le bioéthanol ?

Christine Chirat : Le bioéthanol est en fait de l'éthanol. Or, ce dernier peut être produit à partir d'hydrocarbures ou de biomasse. On appelle "bioéthanol" l'éthanol produit à partir de biomasse, et uniquement celui-ci.

L'idée d'utiliser ce liquide comme carburant n'est pas nouvelle. Henry Ford, au début du XXème siècle, avait imaginé utiliser de l'éthanol pour alimenter ses légendaires "Ford T".

Or, tous les sucres fermentescibles, comme le glucose, ou encore le saccharose, peuvent être transformés en éthanol par fermentation. Ces sucres sont présents à un état plus ou moins polymérisé dans de nombreuses espèces du monde végétal comme la betterave à sucre, la canne à sucre, le blé, le maïs, la pomme de terre, mais également dans l'herbe ou encore... le bois ! Même les vieux papiers peuvent être transformés en bioéthanol.



Comment le produit-on ?

C. C. : L'éthanol, donc, peut être produit à partir de sucres, comme celui que l'on extrait de la betterave sucrière ou de la canne à sucre, ou encore à partir d'amidon de blé (ou autre polymère du glucose) hydrolysé. L'éthanol est alors obtenu par fermentation, et l'on parle de bioéthanol de première génération.

On peut également en produire à partir de matière végétale non alimentaire, telle que le bois ou les plantes. Cette matière lignocellulosique constitue une ressource abondante et bon marché, car elle ne peut pas être digérée par l'homme, et de ce fait, n'entre pas en compétition avec la nourriture.



Pour la grande majorité des espèces végétales, la biomasse est composée essentiellement de cellulose, d'hémicelluloses et de lignine : le bois en contient respectivement 50, 20 et 30%. Les molécules de cellulose, constituant majoritaire des parois cellulaires chez la plupart des plantes, se présentent sous la forme de longues chaînes de molécules de glucose (jusqu'à 10 000 unités). Les molécules d'hémicelluloses sont des polymères beaucoup plus courts et plus complexes d'hexoses (glucose, mannose, ..) et de pentoses (xylose). Grâce à une réaction d'hydrolyse, la cellulose et les hémicelluloses peuvent libérer ces sucres simples qui sont ensuite convertis en éthanol par fermentation. La lignine, enfin, est un polymère très complexe constitué d'unités phenyl-propane, et apporte de la rigidité aux plantes. Cette dernière n'est pas convertie en éthanol. Les proportions de chacun de ces constituants peuvent varier de manière considérable selon le type de biomasse envisagé.

avatar Cranshoff arlon - 18/05/2011, 18:37

si on produisait les biocarburants là où ils sont utilisé, c'est bien,

mais il faudrait encore compter

-les travail de fermes (travail du sol, tracteurs, etc.

-les engrais chimique (surtout l'azote pour le colza émettant du N2O) et nécéssitant de l'énergie pour être produits

-les déplacement et transformations de la plantes jusqu'aux points de ventes des carburants



bon alors ceux produits dans les pays tropicaux peu regardant de la nature

=> déforestation (donc CO2 largué par les arbres abbatus et le sol mis à nus)

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