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Les "puits de carbone bleu" : un stockage naturel efficace mais dégradé par les activités humaines

2888 lectures / 5 commentaires15/10/2009, 12:54
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Crédit : iStockphoto/Omar Ariff

Selon un rapport des Nations Unies, des océans sains constituent le système de piégeage et de stockage du carbone le plus efficace et le plus rentable de la planète. Toutefois, les activités humaines les dégradent de plus en plus rapidement...

Selon un rapport présenté le 14 octobre 2009, l'équivalent de la moitié des émissions annuelles de carbone générées par le secteur mondial des transports, est piégé et conservé par les écosystèmes marins tels que les mangroves, les marais et les prairies sous-marines.
Une baisse de la déforestation terrestre combinée à une réhabilitation de la couverture et de l'état de ces écosystèmes marins permettrait une baisse de 25 % de ces émissions, réduction nécessaire pour éviter un changement climatique "dangereux".

C'est pourquoi, la mise en place d'un fonds "Carbone bleu" destiné à l'entretien et la restauration des principaux écosystèmes marins devrait être prise en considération par les gouvernements désireux de lutter contre le changement climatique.

Cependant, ce rapport préparé par trois agences des Nations Unies et d'éminents scientifiques souligne que, loin d'entretenir et de favoriser ces puits de carbone naturels, l'humanité les détruit et les dégrade à vitesse accélérée... Un constat qui ne nous surprend plus vraiment...
Ainsi, jusqu'à 7 % de ces "puits de carbone bleus" sont détruits chaque année, soit sept fois plus vite qu'il y a cinquante ans. "Si nous n'agissons pas pour conserver ces écosystèmes vitaux, ils pourraient disparaître d'ici vingt ans" précise le rapport "Blue Carbone : The Role of Healthy Oceans in Binding Carbon" présenté par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et l'UNESCO.
Achim Steiner, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE a déclaré : "nous savons déjà que les écosystèmes marins pèsent plusieurs milliards de dollars dans des secteurs comme le tourisme, la protection côtière, la pêche et les services d'assainissement des eaux. On découvre maintenant qu'ils sont nos alliés naturels dans la lutte contre le changement climatique (...) En fait, d'après ce rapport, la fin des destructions et la remise en état des écosystèmes marins pourraient permettre de compenser jusqu'à 7 % des émissions actuelles de combustible fossile à un prix bien inférieur à celui des machines qui piègent et séquestrent le carbone dans les centrales" ajoute-t-il.

Ce nouveau rapport arrive moins de soixante jours avant la rencontre importante de la Convention sur le changement climatique à Copenhague où les gouvernements devront signer un nouvel accord global. Pour cet échéance cruciale, les Nations Unies ont lancé la campagne "Seal the Deal" pour que chaque citoyen puisse signer une pétition mondiale qui sera ensuite présentée par la société civile aux décideurs politiques.

Les puits de carbone bleu sont encore sous-estimés par les décideurs politiques

Il est probable que les nations accepteront de payer pour que les économies en développement conservent le « carbone vert » des forêts dans le cadre d'un partenariat pour la réduction des émissions de carbone forestier (Reducing Emissions from Deforestation and Degradation - REDD). Si « les liens entre la déforestation et le changement climatique sont clairement affichés sur le radar politique, (...) le rôle et la chance que représentent les autres écosystèmes sont peut-être moins connus et encore sous-estimés. » soulignait Achim Steiner. « Si le monde se décide à lutter véritablement contre le changement climatique, chaque source d'émission et chaque possibilité de réduction doit être évaluée scientifiquement et portée à l'attention de la communauté internationale. Cela inclut toutes les couleurs du carbone, y compris maintenant le bleu qui concerne les mers et les océans.

Dr Carlos Duarte, l'un des chercheurs ayant participé à l'élaboration de ce rapport, basé à l'Institut méditerranéen de hautes études en Espagne a déclaré : « Nous savons que la modification de l'utilisation des terres participe au défi du changement climatique. Ce que nous connaissons peut-être moins c'est que la destruction généralisée de ce que nous pourrions appeler les habitats de la « forêt bleue » comme les mangroves et les prairies sous-marines, est en fait l'une des principales causes de l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre provoquée par ces nouvelles formes d'utilisation. »
Christian Nellemann, directeur de ce rapport, insiste : « C'est maintenant qu'il faut agir pour conserver et améliorer ces puits de carbone. Depuis les années 1940, plus de 30 % des mangroves, près de 25 % des marais et plus de 30 % des prairies sous-marines ont été détruits. Nous sommes en train de perdre ces importants écosystèmes et ceci au moment même où nous en avons besoin. Et ils pourraient bien avoir totalement disparu d'ici une vingtaine d'années.

Des fonctionnaires de l'UNESCO ont aussi souligné que les océans jouent déjà un rôle important dans la lutte contre le réchauffement climatique et son impact sur l'humanité, mais ils préviennent que cela ne sera pas sans conséquences. En effet, « comme les océans ont déjà absorbé 82 pour cent de l'ensemble de l'énergie supplémentaire accumulée sur la planète à cause du réchauffement mondial, il est juste de dire qu'ils nous ont déjà bien protégés contre ses dangers » précise Patricio Bernal, Directeur général adjoint de l'UNESCO, secrétaire exécutif de la COI. « Mais chaque jour nous rejetons 25 millions de tonnes de carbone dans les océans. En conséquence, ils deviennent plus acides, ce qui constitue une grave menace pour les organismes avec une structure calcaire. »

Principaux résultats du rapport d'évaluation rapide

Ce rapport est riche d'enseignement et donne une nouvelle importance aux écosystèmes marins dans l'équilibre climatique que nous tendons à bouleverser.

  • Ce sont les organismes vivants marins - et non terrestres - qui capturent plus de la moitié (55 %) du carbone biologique ou carbone vert, séquestré dans le monde. C'est pourquoi on l'appelle le carbone bleu.
  • Parmi les organismes marins vivants, on trouve le plancton et les bactéries, mais aussi les pairies sous-marines, les marais et les mangroves.
  • Les habitats végétalisés de l'océan, en particulier les mangroves, les marais et les prairies sous-marines recouvrent moins de un pour cent des fonds marins.
  • Ces écosystèmes forment "les puits de carbone bleu" de la Terre et représentent plus de la moitié du stockage de carbone dans les sédiments océaniques, et peut-être même plus jusqu'à 70 %.
  • Ils ne représentent que 0,05 % de la biomasse végétale terrestre mais séquestrent la même quantité de carbone par an et se classent parmi les pièges les plus efficaces de la planète.
  • Les puits de carbone bleu et les estuaires piègent et séquestrent entre 235 et 450 terragrammes de carbone par an (Tg C), c'est-à-dire de 870 à 1 650 millions de tonnes de CO2, soit l'équivalent de la moitié des émissions de l'ensemble du secteur mondial des transports, estimé à environ 1000 Tg C par an.
  • En évitant la disparition et la dégradation de ces écosystèmes et en favorisant leur remise en état, on peut compenser 3 à 7 % des émissions actuelles de combustible fossile (7 200 Tg C par an) en vingt ans, plus de la moitié de la réduction prévue en diminuant la destruction des forêts pluviales.
  • L'effet serait comparable à au moins 10 % des réductions nécessaires pour que les concentrations de CO2 dans l'atmosphère se maintiennent en-dessous des 450 ppm pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas 2° C.
  • Avec l'action conjuguée du REDD, la fin des dégradations et la réhabilitation des écosystèmes marins disparus pourraient représenter une réduction jusqu'à 25 % des émissions pour que le réchauffement climatique ne dépasse pas 2°C.
  • Contrairement à ce qui ce passe sur terre, où le carbone peut rester séquestré plusieurs décennies, voire plusieurs siècles, celui des océans reste pendant des millénaires.
  • Actuellement, on estime qu'en moyenne, entre 2 et 7 % de nos puits de carbone bleu disparaissent chaque année, soit sept fois plus vite qu'il y a un demi-siècle.
  • Dans certaines zones du Sud-Est asiatique, jusqu'à 90 % des mangroves ont disparu depuis les années 1940.
  • Des projets de réhabilitation à grande échelle des mangroves ont été réalisés avec succès, notamment dans le delta du Mékong au Vietnam ainsi dans les marais en Europe et aux États-Unis.
  • Plusieurs pays dont les côtes sont étendues et peu profondes pourraient envisager d'améliorer leurs puits de carbone marin, notamment l'Inde, de nombreux pays du Sud-Est asiatique, des pays riverains de la Mer Noire, d'Afrique de l'Ouest, des Caraïbes, de la Méditerranée, la côte Est des États-Unis et la Russie.


Outre les fonctions évidentes de ces écosystèmes pour le piégage du carbone, ceux-ci sont indispensables pour les pêcheries et le tourisme. En effet, ils assurent l'alimentation de base de près de 3 milliards de personnes ainsi que 50 % des protéines animales et des minéraux de 400 millions d'habitants des pays les moins développés.
Enfin, les zones côtières, qui ne représentent que 7 % de la surface totale des océans, fournissant 50 % de la production piscicole mondiale, assurent le filtrage de l'eau, diminuent les effets de la pollution côtière, favorisent la sédimentation, la protection des côtes contre l'érosion et limitent les conséquences des événements climatiques extrêmes.

En savoir plus

Note

Ce rapport est diffusé à l'occasion de la Deuxième Conférence science ouverte de Diversitas (Biodiversity and Society : understanding connections, adapting du change)

Référence

Healthy Oceans New Key to Combating Climate Change - PNUE

Liens

Forum de discussions sur le changement climatique

Auteur

Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)

5 commentaires sur cette actualité

commentaire Delmer Philippe PARIS - 15/10/2009, 14:11

vous ne parlez pas du plancton , qui joue un rôle majeur dans les puits de carbone marins puisqu'ils piège le C du CO2 avant de se transformer en sédiments. Or la pollution par les sels de Fer augmentent la prolifération de certains d'entre eux , régulant de façon surprenante l'émission de CO2 dans l'hémisphère nord.
commentaire Christophe Magdelaine - 15/10/2009, 14:14

Cet article parle justement du plancton et du stockage du carbone dans les sédiments...
commentaire Helene Gallo - 17/10/2009, 23:55

Je ne comprends pas que, puisque des solutions pour sauver notre planète sont connues, les membres du G20 ne puissent pas les faire appliquer d'autorité à tous les Chefs d'Etats qui sont les personnes décisionnaires des grands projets de leurs pays respectifs.
S'ils ont été placés à la tête des nations, c'est qu'ils doivent être intelligents et comprendre que leurs pays aussi courent à leur perte en défiant la logique de sauvetage.
commentaire SOUGY Hyères - 18/10/2009, 18:02

les prairies sous-marines comme les posidonies en méditerranée sont de véritables usines à production d'oxygène, mais aussi des usines qui absorbent et transforment le C02 en matière vivante en moyenne 4 fois plus que les 10-20l/d'O2/jour /m2. Et cette usine là fonctionne sans frais, sans polluer, mais on ne répare pas les dégâts commis par l'homme et des hectares de posidonies sont mortes alors que l'on sait les faire revivre...Mais voilà, les discours sont là, les études sont là, les techniques sont là, mais les décisions, les actions ne sont pas là.. Pourquoi ? cherchez l'erreur.. Jardiniers de la mer à Hyères(Var)
commentaire SOUGY Hyères - 18/10/2009, 18:13

Impacts du réchauffement climatique sur l'herbier de posidonies ?? Mutations génétiques ou accidents de parcours ? en 2004, pour la 1ère fois des graines de posidonies de couleur jaune ( létale)ont été ramassées, et des graines normales ont développé des faisceaux folliaires de façon anarchique...si on ne sa hâte pas de revégétaliser les hectares de posidonies, la mer méditerranée deviendra rapidement une mer morte...
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