A Varkaus, dans le sud-est de la Finlande, des milliers de briques de lait et de jus de fruit, entassées en balles de près d'une tonne chacune sur 1.400 m2, se transforment en papier-carton, vapeur d'eau et électricité, et fait unique au monde, en poudre d'aluminium.
Dans cette usine modèle finlandaise, rien ne se perd, tout se transforme et beaucoup se crée grâce à la collecte sélective des ordures ménagères.
Au gré des clients de Corenso, le numéro un finlandais du papier-carton en Europe, les briques finiront en papiers d'emballage, films plastiques, bobines de fil de couture, boîtes de sel, cartouches ou étuis de feux d'artifice.
Partout, explique Jukka Auvinen, directeur des achats de Corenso, les industriels de la pâte à papier et du carton recourent largement aux matériaux de récupération, notamment aux briques alimentaires où la fibre issue du bois constitue 70% de l'emballage. Ils savent aussi convertir en chaleur et électricité le polyéthylène de l'emballage d'un liquide alimentaire, une matière plastique.
Mais l'usine de Varkaus est la seule au monde à pouvoir transformer la pellicule d'aluminium de la brique, qui maintient la fraîcheur du produit, en aluminium pur à 90%. 3.000 tonnes de poudre d'aluminium sont vendues chaque année à la métallurgie allemande.
La nouvelle chaîne de production a nécessité un investissement de 34 millions d'euros. Elle a commencé à fonctionner en août 2001.
Briques et autres emballages recyclés permettent de produire 85.000 tonnes par an de papier-carton et de tubes. La production sera portée progressivement à 100.000 tonnes d'ici 2008, selon M. Auvinen.
La matière plastique des anciens packs de lait et de jus de fruit sert à fabriquer vapeur d'eau et électricité dans une énorme turbine.
La production annuelle (250 millions de kwh) suffirait pour chauffer 40.000 Finlandais pendant plusieurs mois à des températures extérieures de -20. En pratique elle alimente en énergie le site ainsi que six autres usines à proximité immédiate, deux de Corenso et quatre de sa maison-mère, Stora Enso, 4ème groupe mondial de la papeterie. Elle est rentable du fait de cette intégration dans un grand complexe industriel.
Le four, qui broie l'aluminium des briques, traite aussi les canettes de bière et de coca-cola qui ont échappé au tri initial et sont dispersées dans les balles.
Si les canettes ne sont pas en aluminium, elles ne partent pas pour autant en décharge. Elles sont vendues aux recycleurs avec d'autres déchets métalliques, comme les fils d'acier qui cerclent les balles.
Vitrine du 100% recyclage et "valorisation" énergétique, l'installation pilote de Corenso a bénéficié d'un terreau favorable. En Finlande, champion mondial de l'écologie, le tri des ordures ménagères est pratiqué depuis plus de 20 ans alors qu'il peine encore à entrer dans les habitudes des Français. 80% des emballages sont réutilisés.
Mais 5,2 millions d'habitants pour un territoire grand comme les trois cinquièmes de la France, c'est peu. Corenso doit donc importer chaque année près de 50.000 tonnes de briques d'Allemagne, plus du tiers des briques alimentaires collectées dans ce pays.
Officiellement l'usine pilote de la firme émet "peu de rejets" dans l'atmosphère. Mais le bilan environnemental global de l'installation reste à établir.
Source : Agence France Presse