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5305 lectures / 6 commentaires05 juin 2009, 13 h 18
© C. Magdelaine / notre-planete.infoUn remarquable rapport* intitulé « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes », vient de jeter les bases d’une véritable approche économique de la biodiversité. Présidé par l’inspecteur général de l’agriculture Bernard Chevassus-au-Louis, ce rapport, touffu et passionnant, dégage des pistes pour mieux prendre en compte la valeur de la nature dans la sphère économique. Un exercice autrement plus complexe que celui du carbone, puisque la diversité de la nature la rend difficilement réductible à une seule unité de mesure.
Le rapport souligne un « processus en cours vers une extinction de la biodiversité, quasi exclusivement du fait des activités humaines ». Mais donner a priori un prix à cette biodiversité n’est pas chose facile. L’approche retenue vise à pouvoir faire rentrer la variable « nature » dans les calculs coûts-avantages.
« Aujourd’hui, dans un projet, la biodiversité est comptée pour zéro dans les calculs socio-économiques, explique Bernard Chevassus-au-Louis. Entre deux tracés d’une ligne TGV, par exemple, on ne comptera que le temps gagné. » Le travail de ce groupe répond ainsi aux conclusions du Grenelle, qui prévoit que tout projet d’infrastructures doit être évalué au regard de son impact sur la nature.
Le rapport envisage trois types de services rendus. Le plus direct est le service de prélèvement, quand l’homme utilise la nourriture, l’eau douce ou le bois à sa disposition. C’est sans doute le plus évident à évaluer. Mais il est autrement plus complexe de donner une valeur aux services de régulation (stockage de carbone, régulation et filtration des eaux, contrôle de l’érosion, etc.) et aux services dits « culturels » : tourisme, éducation...
Le groupe a privilégié une approche par milieux, plutôt que par espèce, pour rendre compte de toutes les interactions. Mais il n’est pas exclu un jour d’évaluer les services de telle ou telle espèce, par exemple, le vautour, charognard bien utile en matière de santé publique.
L’exemple le plus remarquable est celui de la forêt qui est l’écosystème pour lequel les données sont les plus nombreuses. Conclusion, la valeur directe (le bois) ne compte que pour un dixième de la biodiversité d’un hectare. Soit 90 euros, contre plus de 500 euros pour la fixation et le stockage de carbone, 90 pour la qualité de l’eau ou encore 200 euros pour les services récréatifs... Ceux-ci sont évalués selon les « prix révélés », c’est-à-dire ce que les individus sont prêts à dépenser (en transport, par exemple) pour bénéficier d’un service qui, lui, est gratuit (la balade en forêt). Total : une moyenne de 970 euros par hectare de forêt française.
Autre exemple : les prairies. La valeur « esquissée » est d’environ 600 euros. Mais cette somme est « très sous-évaluée », selon un membre du groupe, notamment parce que les données pour évaluer leur valeur récréative manquent. Or les prairies diminuent : aujourd’hui un hectare cultivé en céréales rapporte plus à l’agriculteur qu’un hectare de pâturage. En revanche, l’intérêt de ce dernier en matière de biodiversité est bien supérieur : il y a 60 à 80 espèces végétales différentes sur une prairie. D’où un appel à revoir les mécanismes de la Politique agricole commune.
Le rapport de Bernard Chevassus-au-Louis prolonge et complète les travaux, au niveau international, du banquier indien Pavan Sukhdev, chargé d’une étude mondiale sur l’économie des écosystèmes. Celui-ci affirme que le recul de la pauvreté passe par la préservation de la nature. Cet économiste indien veut convaincre les états d’adopter une « comptabilité verte » pour guider des politiques de développement respectueuses de l’environnement.
Il explique que 60 % des écosystèmes sont déjà dégradés, que le rythme de disparition des espèces depuis cinquante ans est infernal et que 10 % des espaces naturels sont voués à la disparition. « Nous devons très vite attribuer une valeur économique aux services rendus par la nature ». Sukhdev rappelle souvent qu’Adam Smith, père de la doctrine classique, mentionnait déjà dans « La Richesse des nations »(1776) : « Ce qui est très utile - l’eau, par exemple - n’a pas toujours une grande valeur et tout ce qui a beaucoup de valeur - par exemple les diamants - n’est pas forcément très utile. »
Cette destruction accélérée de la biodiversité à un coût humain, économique et social considérable : 27 millions d’emplois détruits d’ici 2050 selon Skukhdev et une réduction des apports de protéines pour environ un milliard de personnes.
La valeur monétaire mondiale des services rendus par les écosystèmes s’élève à environ 23 500 milliards d’euros par an, soit près de la moitié du PIB mondial (environ 50 000 milliards de dollars). Concernant les zones forestières, le coût annuel de l’altération de la biodiversité pourrait être de l’ordre de 1 600 milliards d’euros d’ici 2050. La perte globale de biodiversité pourrait représenter pour sa part 7 % du Produit Mondial, soit 14 000 milliards d’euros par an.
Voici un exemple concret pour comprendre le coût économique de la dégradation de notre environnement : la disparition de la forêt Masaola à Madagascar (riche en girofliers) ferait perdre 1,5 milliard de dollars à l’industrie pharmaceutique, 5 milliards au tourisme, 4 milliards aux 8 000 ménages à qui elle fournit des aliments, des médicaments naturels, des matériaux de tissage ou de construction.
Pavan Sukhdev prône la mise en place d’un nouveau système économique basé sur la rémunération, la valorisation durable et la conservation du capital naturel. Cette équation permettrait à la fois de sauvegarder notre environnement et de fournir emploi et rémunération aux populations les plus défavorisées.
Les idées défendues avec opiniâtreté et talent par Sukhdev font leur chemin et elles ont inspiré plusieurs propositions novatrices, pour préserver les forêts tropicales, dans les négociations actuelles devant aboutir, fin 2009, à Copenhague, à un nouvel accord mondial pour succéder au Protocole de Kyoto. Comme le souligne Sukhdev, l’impact de l’activité économique sur la nature ne peut plus être traité comme une externalité négligeable et pour gérer durablement la nature nous devons en connaître le prix".
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info
Bernard Grignon à Rochefort du Gard -
Je suis en total désaccord avec cette approche purement mercantile et marchande de la biodiversité, donc de la nature, donc de l'homme et de toute vie.
Non, la nature n'a pas de prix !!!
Quelle vision réductrice et affligeante, absolument éclairante sur la vision qu'ont certains, promoteur d'un développement qui ne peut en aucun cas être durable et d'une société suicidaire qui ne peut concevoir la gratuité.
"Tout ce qui a un prix n'a pas de valeur" (F. Nietzche)
Emmanuelle Orvain -
Je suis assez d'accord avec Bernard...
Il y a d'autres moyens de sauver la planète que de lui donner un prix!
Sofiane Marseille -
Evidement adopter une démarche d'analyse économique comparative signifie faire entrer la Nature (au sens noble du terme ) dans l'espace économique capitaliste. Cela dit plusieurs études empiriques ont prouvées que le droit de propriété ( n'oublions pas qu'il peu être collectif soit rapporté à un village gestionnaire d'une forêt) pérennisait la biodiversité. Et c'est je pense très important de comprendre que l'estimation de la valeur d'un lac est la première étape à l'interdiction de son exploitation par la pèche intensive. Donner un prix élever à l'essence signifie en réduire la consommation et les gaz à effet de serre en résultant idem pour la viande rouge ...
Vanessa, Montréal -
alors que je m'insurgeais contre les raisons économiques qui poussent les industries à agir dans le domaine environnemental, mon superviseur de recherche à l'université m'a un jour dit a peu près la phrase suivante (je résume!) : "du moment que cela répond a ton objectif final, peu importe la raison pour laquelle l'individu va adopter le comportement souhaité."
Depuis, je m'efforce de garder cette idée en tête dans mon travail afin de convaincre des entreprises/individus de modifier ou d'adopter un comportement plus respectueux de l'environnement. Moi qui suis une "pro-environnement" et pas particulièrement "pro-capitalisme' j'ai un discours basé sur ce qui va les faire bouger... c'est donc dire l'économie...
alors s'il faut en arriver là pour faire avancer les choses dans le bon sens, je crois qu'on a pas le choix! cela va selon moi dans la même direction que la révision du PIB comme indice de calcul.
Binh de Narbonne -
Donner un prix aux choses ou aux services, ce n'est pas nécessairement adopter une démarche mercantile ou plonger dans les affres de la sphère marchande. C'est peut-être même le contraire...
Il est fort possible qu'en fixant un prix élevé à certains produits ou services on les fasse sortir de l'univers marchand.
Il est regrettable que certains mots fonctionnent en politique comme ils fonctionnent en religion où les mots déclenchent des réflexes de Pavlov (prix = marché= enfer)
Faut-il rappeler , en plus, que les sociétés humaines où le marché a été aboli se sont révélées polluantes, destructrices de l'environnement et génératrice de pauvreté et d'inégalités ?
Biohazard -
L'approche est différente par son mode de raisonnement.
L'économie est au centre, citation de l'article :
"Prône la mise en place d'un nouveau système économique basé sur la rémunération, la valorisation durable et la conservation du capital naturel."
Les concepts économique intègre l'idée que la création des échanges financiers est naturel.
L'économie se développe par un besoin humain que l'évaluation d'un prix permet de distribuer dans une biosphère adaptée (dans le concept), mais ceci est souligné dans l'article comme n'étant pas intégré dans les flux commerciaux :
"Mais il est autrement plus complexe de donner une valeur aux services de régulation (stockage de carbone, régulation et filtration des eaux, contrôle de l'érosion, etc.)"
C'est une idéologie de science avant tout, la découverte des phénomènes interactifs permettant la vie. Comme résultat de permettre un meilleur fonctionnement économique et stable pour la vie (par l'échange des humains en priorité).
Mais ni l'économie ni la science ne sont les moteurs de la vie même si vouloir savoir est respectable mais pas toujours viable.
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