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Les filets "fantômes" affectent l'environnement marin sur de longues périodes

5723 lectures / 3 commentaires07 mai 2009, 15 h 56

Plongeur libérant un poisson-lune pris dans un filet dérivantPlongeur libérant un poisson-lune pris dans un filet dérivant
crédit : Greenpeace / Grace
Un nombre considérable d'équipements de pêche perdus ou abandonnés par les pêcheurs causent des préjudices à l'environnement marin, selon un rapport de l'Organisation la FAO et du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Ces équipements ont, à travers la "pêche fantôme", des répercussions néfastes sur les stocks de poissons et posent une menace pour les bateaux.

Selon le rapport, le problème posé par ces équipements abandonnés ou perdus prend de l'ampleur à cause de l'augmentation des opérations de pêche et de l'introduction d'équipements de pêche durables faits à partir de matières synthétiques résistantes.

Le rapport affirme que les équipements abandonnés dans les océans représentent 10% (soit 640 000 tonnes) des déchets marins. Le transport maritime est la première source de déchets en pleine mer et les sources terrestres sont les causes principales de débris marins dans les zones côtières.

La plupart des équipements de pêche ne sont pas abandonnés volontairement, mais sont perdus lors des tempêtes ou des forts courants ou sont le résultat de "conflits", en ce sens que les équipements et les filets s'emmêlent parfois.

Les principales répercussions engendrées par la perte ou l'abandon des équipements de pêche sont :
- la capture continuelle (pêche fantôme) des poissons ou d'autres animaux comme les tortues, les oiseaux de mer, les mammifères marins qui sont piégés et meurent;
- les altérations du sol sous-marin;
- les dangers à la navigation : ils peuvent causer des accidents en mer et endommager les bateaux.

Les filets à mailles, les nasses et les pièges à poissons contribuent à la pêche fantôme, alors que les palangres sont susceptibles de piéger les autres organismes marins et d'endommager l'habitat sous-marin.

La pêche fantôme

Dans le passé, les filets dérivants étaient les principaux coupables, mais l'interdiction en 1992 d'utiliser ces filets de mauvaise qualité a réduit leur contribution à la pêche fantôme.

Aujourd'hui, les filets maillants sont sur le banc des accusés. L'extrémité de ces filets est ancrée dans la mer alors que les bouchons sont attachés au sommet. Ainsi, ils forment un mur vertical sous la mer qui peut être de 600 à 10 000 mètres. Si un filet maillant est abandonné ou perdu, il peut continuer à pêcher tout seul pendant des mois - parfois, pendant des années - et tuer sans distinction poissons et autres animaux.

Les pièges et les nasses sont un danger permanent. Dans la baie de Chesapeake aux Etats-Unis, environ 150 000 pièges à crabes sont perdus chaque année et environ 500 000 sont déployés. Dans l'île des Caraïbes, en Guadeloupe, les 20 000 pièges posés chaque année se perdent lors de la saison des ouragans. Comme les filets à mailles, les pièges peuvent continuer à pêcher tout seuls pendant de longues périodes.

Solutions

"La quantité d'équipements de pêche dans l'environnement marin va continuer à s'accroître et les répercussions sur les écosystèmes marins vont continuer à empirer si la communauté internationale ne prend pas des mesures efficaces pour éradiquer le problème des débris marins.

Le problème doit être attaqué sur plusieurs fronts : les stratégies doivent inclure la prévention, l'atténuation et les mesures curatives, selon M. Ichiro Nomura, Sous-Directeur général de la FAO responsable du Département des pêches et de l'aquaculture. Il ajoute que la FAO travaille conjointement avec l'Organisation maritime internationale (OMI) dans sa revue de l'annexe V de la Convention internationale pour la prévention de la pollution des bâteaux en ce qui concerne les équipements de pêche et les installations côtières de récupération.

M. Achim Steiner, Secrétaire général adjoint de l'ONU et Directeur exécutif du PNUE, affirme: "Il y a beaucoup de "fantômes" dans l'environnement marin en raison de la pêche intensive et de l'acidification liée aux gaz à effet de serre. Le nombre de "zones mortes" sans oxygène ne cesse de s'accroître à cause du ruissellement et des sources de pollution terrestres.

Les équipements de pêche perdus ou abandonnés font partie des problèmes qui doivent être résolus le plus rapidement possible si on veut préserver la productivité de nos océans et de nos mers pour les prochaines générations, et si on veut atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement de l'ONU, selon M. Steiner.

Le rapport de la FAO et du PNUE offre des pistes pour endiguer le problème des filets "fantômes"

Les incitations financières : Les primes peuvent encourager les pêcheurs à récupérer les équipements perdus et à les rapporter au port. Les pêcheurs peuvent également ramener les filets fantômes qu'ils trouvent accidentellement lorsqu'ils sont en train de pêcher.

L'estampillage des équipements : Tous les équipements ne sont pas jetés volontairement. L'estampillage ne doit donc pas consister à "identifier les criminels" mais plutôt à essayer de mieux comprendre les raisons qui justifient la perte des équipements et à identifier des mesures préventives appropriées pour contrer le fléau.

Les nouvelles technologies : Les nouvelles technologies offrent de nouvelles possibilités pour contrer la pêche fantôme. L'imagerie sous-marine peut être utilisée pour éviter les écueils et les obstacles. Les équipements de pêche peuvent être coûteux, et de nombreux pêcheurs font des efforts considérables pour retrouver les équipements perdus. Une technologie qui les aiderait dans leur quête serait utile, par exemple l'utilisation de GPS et de vaisseaux pouvant identifier le lieu où l'équipement a été perdu et en faciliter la récupération. Les transpondeurs peuvent leur emboîter le pas. Les progrès effectués dans le domaine de la météo peuvent aider les pêcheurs qui éviteront ainsi de déployer leurs filets quand de mauvaises conditions météorologiques sont annoncées.

Les nouveaux matériaux synthétiques utilisés pour la conception des équipements de pêche sont la source du problème, mais ils peuvent également en être la solution. Des efforts sont déployés pour accélérer l'adoption commerciale d'équipements durables faits à partir d'éléments biodégradables. Par exemple, dans certains pays, les pièges à poissons et les nasses sont construits avec des matières biodégradables qui se désintègrent lorsqu'elles restent sous l'eau trop longtemps, rendant ainsi le piège inoffensif. Etant donné que ce dispositif ne réduit pas le niveau de débris, un système de ramassage doit aussi être adopté.

L’usage des dispositifs sonores sur les filets peut empêcher l’enchevêtrement des cétacés lorsqu’on pêche et peut rester actif lorsque l'équipement est perdu. Des expériences sont également effectuées pour ajouter aux équipements de pêche des substances qui reflètent le son et ce, dans le même but. Des mécanismes ingénieux sont développés pour incorporer des pièces de cordons aux filets qui fonctionnent normalement pendant la pêche mais qui se cassent lorsque des animaux trop lourds sont attrapés.
L’addition d'aimants aux équipements peut dissuader les requins de s’approcher trop près de ceux-ci.

L'amélioration de la collecte, de l'élimination des déchets et des schémas de recyclage. Selon le rapport, il est nécessaire de faciliter l'élimination appropriée de tous les équipements de pêche vieux et endommagés. La plupart des ports n'ont pas les installations nécessaires. Des poubelles sur les docks et la fourniture aux bateaux de sacs de très grandes dimensions et résistants pour mettre les vieux équipements peuvent contribuer à remédier au problème.

Un meilleur compte-rendu des équipements perdus. Une des recommandations clés du rapport est que les vaisseaux doivent consigner tous les équipements perdus. Cependant, une approche plus tolérante doit être mise en place et respecter les pertes, leur impact et tous les efforts de récupération, selon le rapport. Le but est de sensibiliser les gens aux dangers potentiels et augmenter les chances de récupérer les équipements.

Ce rapport est publié alors que les nations s'apprêtent à se réunir en Indonésie, à Manado, pour la Conférence internationale sur les océans (11-15 mai 2009). L'assainissement du milieu marin, qui est devenu une priorité, sera à l'ordre du jour.

En savoir plus

Notes

L’arrivée totale de détritus marins dans les océans s’élève à 6,4 millions de tonnes chaque année, selon les estimations. Environ 88% des déchets (soit 5,6 millions de tonnes) viennent du transport maritime.
Environ 8 millions de détritus sont jetés dans les mers et les océans chaque jour. Environ 5 millions (63%) des objets jetés sont des déchets solides.
Selon les estimations, il y a environ 13 000 déchets plastiques qui flottent sur chaque kilomètre carré de l’océan. En 2002, 6 kg de plastique ont été trouvés pour chaque kilogramme de plancton près de la plaque de déchets du Pacifique centre, ou les débris sont collectés.
La concentration de débris marins en haute mer, comme dans la zone de convergence équatoriale, est source d’inquiétude. Dans certains endroits, des radeaux de débris, incluant différents plastiques ; cordes ; filets de pêchen; et des déchets associés aux cargos comme le fardage, les palettes, les fils et les couvertures en plastique, les conteneurs, avec différents types d’huiles, qui s’étendent souvent sur plusieurs kilomètres.

Auteur

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ; date originale : 07 mai 2009, 15 h 56

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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3 commentaires

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avatar maba TADEFO, Bujumbura - 08/05/2009, 08:49

En voilà une information bien loin de mon imagination.Merci à notre-planete.info!

avatar kath de Paris - 09/05/2009, 16:36

Je ne vois jamais de proposition de solutions de "repechage" des déchets libérés dans la mer tels les filets, les nappes de déchets flottants (représentent des surfaces de la taille de pays) par les pêcheurs au chômage ou qui se plaignent de la chute des cours...



ne pourrait-on les "subventionner" pour nettoyage et non à se plaindre et manifester pour détruire un peu plus les stocks restants ???

avatar Marie-Laure Montpellier - 15/05/2009, 17:31

@ Kath de Paris



Tout à fait d'accord.



Ils sont toujours là pour réclamer une extension des quotas et pleurer pour inactivité ,au détriment même d'une pêche durable qui permette de ne pas arriver à la situation des Terreneuvains - De Terre Neuve au Canada - qui pour avoir pêché de façon systématique la morue ont décimé les stocks de façon telle que l'espèce y a complètement disparu.



Vouloir "sensibiliser" est gentil, mais ne règle rien, il faut ,faute de comportement respectueux du matériel largué,abandonné ou perdu, considérer que la Mer est autre chose qu'un gigantesque dépotoir .

Il faut contraindre les pêcheurs et non attendre comme toujours le bon vouloir des utilisateurs de filets à récupérer leur matériel.



Il s'agit de responsabilité et de respect d'un milieu de plus en plus fragile et soumis à une pression insoutenable liée à la pêche telle qu'elle se pratique à savoir pour la plus grande partie des prises de façon industrielle.



Être laxiste avec les pécheurs industriels - les autres n'utilisent pas de filets maillant - est contre productif.



Attendre benoitement qu'ils soient sensibilisés au problème est comme attendre qu'ils régulent tous seuls leur prise pour anticiper les quotas dans une économie concurrentielle et de pression pour l'argent.

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