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Repenser les villes pour lutter contre le réchauffement climatique

6383 lectures / 7 commentaires30 avril 2009, 11 h 02

TokyoTokyo - Japon
crédit : Kei Zhang
Des villes bien pensées sont-elles la solution au problème du réchauffement climatique ? En grande partie oui, si l’on en croit la conclusion d’une étude publiée dans la revue Environment and Urbanization qui remet en cause les poncifs et idées reçues sur les mégapoles concentrant toutes les tares environnementales : congestion automobile, étalement sans fin, déchets qui s’amoncellent et pollutions variées.

Alors que plus de la moitié de la population mondiale vit désormais en ville, la responsabilité des agglomérations dans le réchauffement global semble écrasante : celles-ci n’occupent que 2 % de la surface de la planète, mais elles concentrent 80 % des émissions de CO2 et consomment 75 % de l’énergie mondiale.

Pourtant l’Institut international pour l’environnement et le développement montre que beaucoup de villes ont des émissions par tête étonnamment faibles. Calculés par habitant, les rejets de gaz à effet de serre de certaines villes sont nettement inférieurs à la moyenne du pays. Les rejets des New-Yorkais représentent moins d’un tiers de la moyenne des Etats-Unis ; chaque Barcelonais émet moitié moins de gaz à effet de serre que l’Espagnol lambda ; tout comme les Londoniens font deux fois mieux que les Britanniques. Plus surprenant, au Brésil, Sao Paolo affiche des émissions par habitant qui ne dépassent pas un tiers de la moyenne brésilienne.

L’explication est simple mais dérangeante du point de vue politique : une ville compacte, mélangeant logements et activités et desservie par des transports en commun est moins polluante qu’un habitat individuel diffus fondé sur le règne automobile. La corrélation entre une faible densité urbaine et une quantité élevée de rejets de CO2 par habitant a été démontrée. L’éclairage et le chauffage des bâtiments génèrent un quart des émissions de gaz à effet de serre dans le monde et, selon les estimations de la Banque mondiale, les transports comptent pour un tiers des rejets dans les agglomérations.

"Les villes offrent une vraie chance de réduire le changement climatique, estime la directrice exécutive de l’ONU-Habitat, dans le rapport sur "L’Etat des villes du monde 2008-2009". Des villes bien conçues procurent à la fois des économies d’échelle et la densité de population pour réduire la demande de ressources par habitant. Nos données montrent que les politiques qui promeuvent des transports publics efficaces, qui réduisent l’étalement urbain et qui encouragent l’utilisation d’énergies renouvelables peuvent réduire de manière significative l’empreinte écologique d’une ville et les émissions de CO2."

Autre idée reçue battue en brèche : le développement économique n’entraîne pas nécessairement d’accroissement de la pollution. Ainsi la ville de Tokyo émet-elle une quantité de gaz à effet de serre par tête équivalent à 45 % de la moyenne japonaise, très inférieure aux rejets par habitant de Pékin ou de Shanghaï, deux fois plus élevés que la moyenne chinoise.

Les choix politiques en matière d’urbanisme et de transports sont dans ce domaine déterminants : les transports sont responsables de 60 % des rejets de CO2 à Sao Paulo, métropole de la congestion automobile, contre 20 % à Londres ou New York, bien desservis par le métro. Et, aux Etats-Unis, pays de l’étalement pavillonnaire, une ville comme Atlanta consomme sept fois plus d’énergie par habitant que Barcelone, ville à la population équivalente (5,2 millions d’habitants) mais dense de type méditerranéenne. Il est vrai qu’Atlanta est 28 fois plus étalée que Barcelone, si bien que les émissions de CO2 liées au transport urbain sont 11 fois supérieures à Atlanta qu’à Barcelone.

Cette refondation de l’urbanisme intégrant les problématiques d’énergie, de climat, de logement, de travail et de transport vient de trouver une illustration concrète et remarquable à Dijon qui vient d’inaugurer la tour Elithis, le premier bâtiment tertiaire à énergie positive en Europe. Il s’agit d’un bâtiment standard, réalisé sans surcoût de construction, qui combine toutes les innovations en matière d’efficacité et de gestion énergétiques pour être, in fine, autosuffisant en énergie.

Mais la technologie ne peut pas tout et le vrai défi pour nos villes consiste à accepter l’idée d’une densification accrue, combinée à une plus grande mixité sociale et à décloisonnement des grandes fonctions urbaines : résidence, travail, loisirs, transport.

En moyenne, la distance domicile-travail en France est de 26 km. Elle a doublé depuis 30 ans. Le transport est devenu le deuxième budget des ménages, après le logement et avant l’alimentation. Le sociologue Eric Le Breton indique que les Français consacrent désormais 17,5 % de leur budget aux déplacements, contre moins de 10 % en 1960. L’envol des prix de l’immobilier, en hausse de 120 % en 10 ans, a accentué le mouvement d’éloignement des centres urbains et de leurs dessertes de transports en commun.

A toute chose malheur est bon et l’augmentation irréversible du prix de l’énergie va rendre intenable, pour des raisons liées au pouvoir d’achat, le modèle d’étalement urbain dominant depuis 40 ans. Penser des villes durables mais offrant un haut niveau de services et de confort à leurs habitants suppose que nous accomplissions une triple révolution : politique d’abord, en organisant le développement urbain autour du concept de sobriété, économique ensuite, en réorganisant le travail et la production de biens et services autour du concept d’efficacité énergétique et éthique enfin en acceptant une profonde mutation de nos habitudes et modes de vie de manière à accélérer ce passage inévitable vers des villes réhumanisées.

Auteur

René TREGOUËT (www.tregouet.org). Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat ; date originale : 30 avril 2009, 11 h 02

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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7 commentaires

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avatar Emmanuelle Orvain - 01/05/2009, 14:03

un petit reportage visible jusqu'au 6 mai sur France5.fr au sujet du projet "Grand Pari(s)" : http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_rubrique=1145



@+++



EO

avatar Cassiopée - 02/05/2009, 23:16

"Des agglomérations dans le réchauffement global semble écrasante : celles-ci n’occupent que 2 % de la surface de la planète, mais elles concentrent 80 % des émissions de CO2 et consomment 75 % de l’énergie mondiale."



Et



"Les rejets des New-Yorkais représentent moins d’un tiers de la moyenne des Etats-Unis ; chaque Barcelonais émet moitié moins de gaz à effet de serre que l’Espagnol lambda ; tout comme les Londoniens font deux fois mieux que les Britanniques. Plus surprenant, au Brésil, Sao Paolo affiche des émissions par habitant qui ne dépassent pas un tiers de la moyenne brésilienne."





Les énergies de rejets ne sont clairement pas les mêmes sinon les résultats ne seraient pas si contradictoire.



L'agriculture, la déforestation, les zones mortes des fleuves, des rivières,ect...et les rejets d'animaux et végétaux pour la marchandisation industrielle sont aussi en cause ainsi que les déplacements divers énergétiques.



Vers le même point vraisemblablement.

avatar lavoisier - 03/05/2009, 12:55

vu la photo de la ville



manque qu'un petit réacteur nucléaire en cogénération electrique et chaleur pour dissiper les fumées



cela évite déja le port de masque à gaz et favorise le barbecue électrique

avatar bailly limoges - 03/05/2009, 15:40

Certes cette étude semble bien construite..mais c'est encore placer les éléments les uns contre les autres.



L'artificialisation des surfaces agricoles n'aurait rien de dommageable si les projets présentés par les collectivités et les constructeurs mettaient en avant de véritables démarches écorégionales.



Les "villages de demain" pourraient dès maintenant être repensés de manière justement à re-mailler progressivement le territoire français et Européen re-tisser les bassins de vie respectant eux aussi le principe d'écorégionalité.



Coupler cette dynamique d'"artificialisation intelligente" des surfaces agricole avec cette politique urbaine décrite ci dessus en devenant elle auusi intelligente collectivement" serait très certainement un bout de la solution..



Il est utile de souligner que les personnes qui habiteront ces villages demain ne seront pas les mêmes que celles qui font leurs 40 km aujourd'hui. pour aller travailler....

Etonnant d'ailleurs que cet argument soit utilisé pour justifier la concentration de la population dans les villes..sans même le projeter 40 ans plus tard dans l'espace temps.



L'articialisation des surfaces agricoles est une formidable occasion pour redistribuer la Terre aux citoyens et permettre à la population de retrouver un semblant de souveraineté alimentaire. Rappelons que les "sans terres" sont dans les villes et que les paysans de Demain sont justement dans ces villes.

Alors peut-être que demain " nous redeviendrons Paysans"?



J'entend déjà cet argument arrivé par les "tuyaux du Net" qui consiste à dire que le "BIO" ne pourra pas nourrir toute la planète..



Bien sur que si. !! Reste bien sur à penser collectivement et à trouveer les volontés pour restaurer le système agro-immunitaire de chaque région européenne.



Si certains ont encore des doutes sur la méthode alors essayez de vous procurer le livre "Terres d'avenir pour un mode de vie durable". aux éditions ALPHEE,..

Vous y trouverez des chiffres interessants sur les surfaces consacrées à la production de fruits et légumes en France....Moins de 2% de la surface Agricole utile soit un peu mieux de 600 000 ha sur les 30 Millions constituant la SAU Totale de la France...sont utilisé pour produitre fruit et légumes actuellement.



Je prend donc a Liberté d'apporter quelques ajouts ou modifications au dernier paragraphe de l'article très interessant de René THEGOUET :



"Penser des villes et des villages durables mais en offrant un haut niveau de services et de confort à leurs habitants suppose que nous accomplissions une triple révolution : politique d’abord, en organisant le développement urbain et rural autour du concept d'écorégion. Environnemental social et économique ensuite, en réorganisant le travail et la production de biens et services en veillant à intéger et respecter le principe d'écorégionalité pour qu'enfin s'opère une profonde mutation de nos habitudes et modes de vie. et ainsi accompagner villes et villages à se réhumaniser."

Emmanuel Bailly







avatar Hercule poirot Vosges - 04/05/2009, 12:26

.. Bien beau tout cela.



Mais ce sont qd même des choses que l'on sait, ou que l'on intuite plus que fortement depuis au moins 10 ans.



Alors, quand passe-ton à l'action ??

Des tas de personnes gagnent leur vie en écrivant ce genre d'études. Mais qui commence à faire quoi ?



c'est comme les livres sur l'environnement : tout le monde en écrit, mais peu font VRAIMENT quelque chose.



Pour reprendre une idée de l'article précédent, oui, nous redeviendrons en partie paysans, mais ce n'est pas la seule chose à réorienter.

Si tout le monde est paysans, qui fait des maisons etc. (j'arrête les trivialités)



Ce qu'il faut surtout, c'est reconstruire une société qui puisse répondre aux besoins collectifs quand cela apparaissent. Une société qui pense collectivement, et non pas comme une ensemble d'individualités aux intérets contradictoires.



Ceci est pourtant simple.



Mais c'est peut-être cela qui dérange : on a peur de faire trop simple. Car cela risquerait de diminuer notre quote sociale, notre image auprés des autres.







avatar Leslie Hérault - 04/05/2009, 22:29

Je suis troublée par le fait de prendre des exemples comme des villes japonaises dans lesquelles l'air est irrespirable et où l'on ne voit parfois pas le bout de la rue...

En même temps, je me dis que les exemples peuvent être trouvés près de chez nous : Grenoble est une des villes les plus polluées de France, où il y a le plus de problèmes de santé liés à la pollution.

Je pense qu'avant tout, ce sont nos façons de penser qu'il faut changer, quelque soit l'échelle prise en compte : individuelle, collective, communale, départementale, régionale et plus encore.

Quant aux transports en commun, c'est bien beau, mais quand il vous coûte moins cher de prendre votre voiture que de prendre les transports en commun, on choisit tous de prendre sa voiture !!!...... Si seulement les prix étaient moins cher, ils seraient mieux utilisés.

avatar Bat77 - 07/05/2009, 16:36

Quoi qu'il en soit, la couche respirable est faible et le temps que le monde soit d'accord on sera tous occy ! Les changements radicaux auraient du avoir lieu il y a trente ans, il est trop tard, la fin est inéluctable !

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