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Une nouvelle étude noircit le bilan des biocarburants

8239 lectures / 16 commentaires20 avril 2009, 16 h 00

essenceDR
Contrairement à ce qui est annoncé par les promoteurs des biocarburants ou agrocarburants, une nouvelle étude publiée par Les Amis de la Terre Royaume-Uni montre que leur bilan au Royaume-Uni est dommageable en terme d'émissions de gaz à effet de serre (GES). Dans le même temps, la France vient de lancer le SP95-E10, un carburant qui soulève bien des controverses sur son réel bilan écologique...

Une étude réalisée par le cabinet indépendant de consultants Scott Wilson Group (1) et publiée par Les Amis de la Terre Royaume-Uni se révèle très critique sur le soit disant bilan positif des agrocarburants.

Un bilan incomplet qui ne considère pas les impacts induits par le changement d'occupation des sols

Alors que le gouvernement anglais affirme que les agrocarburants vont éviter l'émission de 2,5 millions tonnes de GES, l'étude conclut au contraire qu'ils en ont émis 1,3 million tonnes de plus depuis l'entrée en vigueur de l'obligation d'incorporation au Royaume-Uni.
Cette différence réside tout simplement dans la prise en compte par l'étude du changement d'affectation des sols. Au Royaume-Uni, les agrocarburants sont issus principalement de soja du Brésil, d'Argentine et des Etats-Unis. Dans ces pays, l'expansion colossale des agrocarburants, dont le soja, nécessite de nouvelles terres qui sont prises sur des terres agricoles existantes, ou sur des écosystèmes naturels (forêts tropicales, forêts sèches, tourbières, etc.). Ces écosystèmes stockent d'énormes quantités de carbone, et leur transformation en champs d'agrocarburants libère le carbone stocké dans la biomasse ou dans le sol. Une étude gouvernementale majeure, la Gallagher review (2), avait déjà identifié cet impact majeur des agrocarburants, pouvant rendre leur bilan climatique négatif.
Mais le changement d'affectation des sols n'est toujours pas pris en compte dans les statistiques officielles. Or, l'étude des Amis de la Terre Royaume-Uni s'appuie sur des hypothèses prudentes : 10 % de changement d'affectation des sols seulement... Les résultats réels pourraient donc être bien pires encore, que ce soit en terme d'émissions de GES mais aussi d'impacts sur la biodiversité et sur les écosystèmes avec le recours massif aux pesticides.

Andy Atkins, directeur des Amis de la Terre Royaume-Uni, explique : « En terme d'émissions, les agrocarburants utilisés depuis un an au Royaume-Uni correspondent à 500 000 voitures supplémentaires sur les routes. Nous demandons au gouvernement de suspendre immédiatement toute obligation d'incorporation tant qu'il n'a pas apporté la preuve scientifique que les agrocarburants réduisent les gaz à effet de serre, changement d'affectation des sols inclus. »

Et en France ? Le SP95-E10 fait débat...

Depuis le 1er avril 2009, un nouveau carburant a fait son apparition dans les stations, il s'agit du SP95-E10 (3). Il s'agit d'une essence sans plomb composée à 10% de bioéthanol et à 90% d'essence, alors que le SP95 contient déjà 5% de bioéthanol sans que cela soit indiqué clairement à l'automobiliste.
En France, le bioéthanol est un carburant d'origine végétal produit majoritairement à partir de betterave à sucre mais aussi de céréales (blé et maïs).
La CGB (Confédération Générale des Planteurs de Betteraves) rappelle que l'incorporation de bioéthanol issue de betterave permettrait de réduire de 60% les émissions de CO2 par rapport à l'essence, selon la Directive communautaire "Energie renouvelable" publiée fin décembre 2008, et ce en prenant en compte toutes les étapes de la production, du champ à la station service.
Ce gain significatif est contesté par les associations. Pour Diane Vandaele, du Réseau d'Action Climat France (RAC-F), "ce chiffre (...) est relatif à l'utilisation d'éthanol en mélange direct et pas d'ETBE, un dérivé de l'éthanol dont la synthèse consomme beaucoup d'énergie. Or en France, 80% de l'éthanol est incorporé à l'essence sous forme d'ETBE. La valeur de 60% de réduction de CO2 ne correspond qu'à un bilan "sortie usine d'éthanol", qui paraît d'ailleurs aujourd'hui très surévaluée".
Pour y voir plus clair, l'ADEME réalise en ce moment une étude qui devrait aboutir en juin à des chiffres de réduction d'émissions de gaz à effet de serre des agrocarburants de 1ère génération en France.

Ce qui diffère ici par rapport au Royaume-Uni c'est la provenance des agrocarburants. En effet, le bioéthanol exploité en France est produit sur le territoire national dans cinq nouvelles usines situées à Bazancourt (51), Beinheim (67), Lacq (64), Lillebonne (76) et Origny Ste-Benoite (02).
De surcroît, moins de 3% des surfaces françaises de betteraves et de céréales seront utilisées pour produire les 10 millions d'hectolitres de bioéthanol qui seront nécessaires pour atteindre l'objectif de 7% d'incorporation en 2010. C'est toutefois plus, par exemple, que la surface aujourd'hui disponible pour l'agriculture biologique...

Le SP95-E10 induit une légère surconsommation (1,7% environ) selon ses promoteurs. Les associations de défense de l'environnement soulignent que l'E85 (85% d'éthanol dans l'essence) diminue de 28% la distance parcourue par rapport à un plein d'essence classique, ce qui n'est pas bon signe pour la consommation future des véhicules.

Ainsi, même si les agrocarburants doivent encore faire leur preuve en terme d'éfficacité énergétique et d'émissions en gaz à effet de serre, la France ne contribue pas, pour le moment, à la déforestation et ses conséquences dans les pays tropicaux. Toutefois, Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre France, ajoute : « En France également, le gouvernement ne prend pas en compte les changements d'affectation des sols dans ses statistiques. Plutôt que de s'entêter dans cette voie, il devrait se concentrer sur le développement des transports publics et doux, le transfert de la route sur le rail, et la réduction de la vitesse, qui ne comportent aucun risque, contrairement aux agrocarburants. »

Notes

  1. Quelques éléments de l'étude sont disponibles en ligne. L'intégralité de l'étude, de la méthodologie et des résultats est disponible au press office de Friends of the Earth sur simple demande au 020 7566 1649.
  2. Review of the Indirect Effects of Biofuels, Juillet 2008.
  3. En France, toutes les voitures mises en circulation à partir du 1er janvier 2000 peuvent rouler au SP95-E10, ce qui représente 60 % du parc actuel des véhicules essence soit 9 millions de voitures. Enfin le prix pourrait être sensiblement inférieur d'environ 3 centimes par rapport au SP95 selon la marque Bioéthanol. Une liste des véhicules compatibles a été publiée au journal officiel du 26 mars 2009.

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

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16 commentaires

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avatar Alexandre Laval -

Tant qu'il y aura moins de surface agricole réservé à la filière bio, notre agriculture sera forcément pénalisé.
Les agrocarburants, c'est tout simplement une façon détournée de continuer à produire de l'essence pour ceux qui ont déjà le monopole sur ce marché.
Seul la solution électrique fera durablement baisser les rejets de C02.

avatar Patrice à Marseille -

La solution électrique participera à la solution, elle ne sera en aucune manière une panacée . Rien ne remplacera l'indispensable sobriété énergétique qu'il faut mettre en oeuvre, en changeant nos modes de vie et de consommation . ces changements ne seront pas pas synonyme de régression de notre qualité de vie, bien au contraire . le qualitatif supplantera le quantitatif .

avatar lavoisier -

La plante est en C6H9O4
quand cela brûle le C6
cela fait du co2
sans compter la consomation du tracteur pour préparation du sol et récolte
et ensuite transformation en liquide absorbable par le moteur de notre chère voiture

résulatt cette étude

rien se perd, tout se transforme
il faut simplement croire que certains ont redécouvert le fil à découper le beurre

avatar Thierry à Grenoble -

Il est intéressant de noter que les auteurs de l'article soulignent -à juste titre- le peu d'impact positif sur l'environnement des agrocarburants dits "de 1ère génération". Il le serait tout autant de préciser que des études importantes sont menées dans le monde (et en France) sur les agrocarburants de 2ème (lignocellulosiques) et 3ème générations (plantes marines) dont les performances paraissent beaucoup plus intéressantes du point de vue de l'environnement et de l'impact sur les sols réservés aux cultures alimentaires. Mais il ne faut pas trop tirer sur le corbillard: même si les agrocarburants de 1ère génération ne contribuent pratiquement pas à l'amélioration de l'environnement, ils auront au moins eu le mérite d'avoir participé à l'ouverture du débat et à une meilleure information des usagers. Il faut laisser du temps au temps pour qu'une rupture technologique prenne son envol.

avatar merlin Merignac -

Voila comment on transforme une idée en fausse bonne idée
Si les producteurs d'agrocarburants avaient obligation de remettre en valeurs des terres épuisées actuellement plus utilisable ,au lieu de prendre encore et encore sur des terres fertiles ,avec une participation financiére des compagnies distributrice d'agrocarburant peut être que !!!!!!?????

avatar Metz -

Agrocarburants = NECROCARBURANTS
Nourrir les véhicules plutôt que les hommes est un CRIME CONTRE L'HUMANITE. Ce qu'il faut, c'est REDUIRE les déplacements. Consommer LOCALEMENT des produits de saison.

avatar Pierre Bigot - Cantenay Epinard -

Il me semble cependant que l'on puisse penser que si l'impact initial set négatif (perte de forêt), la production réalisée au long court sur ces sols pourra permettre de combler la perte initiale puis de gagner en terme d'emission de CO2.
Cependant il est vrai que ces études ne prennent que trop rarement en compte l'energie dépensée pour la transformation en carburant et la construction et le recyclage des moteurs.
Enfin comme il est ici souligné le manque de terre cultivable et l'augmentation de l'humanité va certainement freiner ce type de carburant

avatar Gaëtan, Strasbourg -

Bonjour,

je pense que les biocarburants ont le mérite de diversifier les zones de production et ainsi de réduire la dépendance énergétique vis-à-vis des pays pétroliers.

Mais le tapage médiatique, voire politique, pour nous faire croire que c'est écologique est lamentable. Comment la production massive, à renfort de produits phytosanitaires et de tracteurs (activités qui consomment du pétrole), peut-elle être écologique ?!

L'idée des biocarburants semblent bonne, mais elle est pour moi très mal réalisée : réalisée avec les principes de surconsommation, de mécanisation, de délocalisation. Principes qui conduisent à nos problèmes actuels : chômage, insécurités (professionnelle,...) et bien sûr pollution.

Et oui (Metz) la 1ère solution est de réduire les déplacements, au lieu de nourrir les véhicules au détriments des Hommes !

avatar JEAN LOUIS YAOUNDE CAMEROUN -

NON SOYONS SERIEUXEN DEFINITIVE COMMENT FAIRE POUR SAUVER LE MO?NDE? UN PAS EN ARRIERE UN PAS EN AVANT? NOUS SOMME INQUIETS!!!!!! QUE FAUT ILFAIRE? CROIRE AU BIOCARBURANT OU PAS? CERTES IL FAUT BEAUCOUP DE TEERE POUR CULTIVER AFIN D'AVOIR CE BIOCARBURANT QUE DE S'ALLARMER A MON AVIS IL FAUT CONSEILLER AUX DIFFERENTS AGRICULTUREURS SURTOUT DU TIERS MONDE LES METHODES A UTILISER POUR AVOIR DES RENDEMENTS OPTIMAUX AVEC PEU DE SURFACES CULTIVABLES. JE PENSE QUE C'EST LA SEULE VOIX DU SALUT. QUE DIEU NOUS BENISSSE.

avatar Jean , Rennes -

Correction par rapport au post de Lavoisier. La représentation chimique de la cellulose est (C6H10O5)n et celle du glucose C6H12 O6 qui fermentent en donnant CO2 et de l'éthanol C2H5OH.
Mon inquiétude concernant les agrocarburants issus de la récupération de sous-produits vient du fait que c'est de la matière organique qui est retirée d'un sol qui est déjà en déficit. C'est bien la peine d'inciter le particulier à composter...

avatar Sheex - Dakar -

Que de polémique sur les agro-carburants. IA mon avis, il ya tellement de spéculations sur la question, au point que l'on ne se retrouve plus.
Nous pays africains, qui contribuons moins aux émisions de GES et qui croupissons sous le poids de la facture prétolière, sauront alors à quel sain vouer si s'avére exact que les agrocarburants que nous pensions être de l'énergie de substitution aux énergies fossiles sont soit disants émetteurs de GES.

avatar PHAM Rennes -

Limiter et optimiser ses déplacements

Privilégier la marche et le vélo

Véhicule électrique ? D'où viendra l'électricité ? Nucléaire=déchets pour des millénaires (après moi le déluge ?). Hydroélectricité=potentiel à peu près complètement exploité. Solaire=dispersé et cher encore. Eolien=encombrant et inesthétique.

Ma conclusion :
1/ laisser une chance aux Agrocarburants de 2e génération (déchets végétaux, plantes non comestibles, sous-produits industriels) ; se méfier des raccourcis "Agrocarburants=Famine" ; quelqu'un peut-il transporter les 250 kg de blé qui correspondent à un plein d'éthanol, jusqu'au pays affamé qui en a besoin ? Quand bien même ce serait faisable, cela détruirait les débouchés pour les agriculteurs de ce pays.

2/ ce qui veut dire, utiliser un peu les Agrocarburants de 1ere génération afin que le marché se développe et intéresse Industriels et Chercheurs pour passer à la 2e génération

3/ demander l'arrêt d'importation d'Agrocarburants de pays non-autosuffisants en alimentation, voire renforcer les échanges en science agronomique avec ces pays pour les aider à atteindre l'autosuffisance => rayonnement de l'influence de la France

4/ être humble et commencer par changer son mode de vie : moins gaspiller => moins de renouvellement => moins de déplacement => moins de carburant brûlé

5/ garder quand même l'essentiel : la joie de vivre, en n'ayant pas l'oeil rivé sur le compteur de CO2

PS : quelqu'un, s'est-il amusé à étudier le nombre de bronchiolites et de cancers causés par l'inhalation des particules fines émises (remontant dans le sang et les tissus) par les moteurs diesel qui nous envahissent ? Pourtant, des études sans cesse plus nombreuses confirment le rôle du diesel dans les pathologies de type broncho-pulmonaires, allergiques et cancéreuses (un tour sur Google pour s'en convaincre).
L'obsession actuelle du CO2 impose des diesels en ville, et de plus en plus. Savez-vous qu'un petit diesel n'a pas besoin, face à la réglementation actuelle, de filtre à particules ? Additionnez ensuite les rejets de particules d'un grand nombre de petits diesels.

Quand ouvrirons-nous les yeux sur notre santé que nous massacrons grâce au diesel ?

avatar André MOLSHEIM -

Quelles que soient les tentatives pour remplacer les produits pétroliers par d'autres produits soi-disant "bio", elles montrent surtout une chose: que nous tenons à sauver à tous prix la mobilité automobile individuelle, pour ne pas remettre en cause notre mode de vie. Nous sommes, en France particulière-ment, très très loin d'une prise de conscience écologique de nos concitoyens! On peut le constater tous les jours. Je partage l'analyse de PHAM Rennes, en particulier le PS.

avatar Denis Lons le Saunier -

Serions nous incapables de faire des analyses correctes prenant en compte tous les éléments (ou au moins tous ceux qui dans l'état de nos connaissances sont connus) ayant une influence sur le climat (sans uniquement parler du CO2). Il me semble qu'il n'y a aucune vision globale de l'impact de tel ou tel mode de production d'énergie. La production d' agrocarburants limitera les surfaces destinées à l'alimentation humaine et entrainera de fait des famines dans des pays déjà défavorisés pour permettre aux pays occidentaux de continuer à vivre "grand train". Et nos hommes politiques vont à fond dans ce système, sans la moindre analyse préalable, pensant plus à satisfaire à des normes, qu'à s'appuyer sur des données scientifiques établies et vérifiées et non sur des théories parfois sujettes à caution...

avatar Cassiopée -

Entre la déforestation et les zones mortes des océans : causés par l'écoulement des produits chimiques non renouvelables pour produire des carbonisants...plus les facteurs humains de désocialisation.

Agro ou bio, peut importe.

Une pensée pour Karen Lancaume/Bach.

avatar eric-larmel YAOUNDE -

un examen de conscience s'impose pour tout ceux qui pensent faire des efforts pour améliorer leur condiction de vie tout en évitant de penser aux générations futur.

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