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Taxe carbone : un outil majeur contre le réchauffement et pour une croissance durable

5914 lectures / 10 commentaires24 mars 2009, 19 h 19

Dans le projet de budget des Etats-Unis transmis le 26 février au Congrès, sous le titre ’A new era of responsibility’, la Maison Blanche, dans une annonce qui marque un tournant historique, a décidé que la lutte contre le changement climatique financera l’aide sociale et les énergies renouvelables. Concrètement, le Président Obama souhaite la création en 2012 d’un marché des émissions de gaz carbonique de type "Cap and Trad", pénalisant les gros pollueurs, qui devrait générera 80 milliards de dollars chaque année, dont 65 seront affectés aux foyers modestes et aux entreprises pour aider à la transition vers une économie fondée sur l’énergie propre ; les 15 autres iront aux "technologies pour une énergie propre".

En France, il y a quelques semaines, à l’occasion de l’annonce récente d’une réforme de la Taxe Professionnelle, l’idée d’une "taxe carbone", déjà évoquée au cours du "Grenelle" de l’environnement, a ressurgi dans les propos du chef de l’Etat. Nicolas Sarkozy a en effet évoqué cette taxe carbone comme outil possible de substitution à la Taxe Professionnelle. Le principe est de taxer ce qui pollue et à l’inverse de moins taxer le travail et les investissements.

La taxe carbone - baptisée "contribution climat-énergie" - s’appliquerait à tous les produits en fonction de leur contenu en CO2 (dioxyde de carbone, principal responsable du réchauffement climatique), notamment aux carburants fossiles (pétrole, gaz, charbon). En faisant payer la pollution et les émissions de CO2 - sans augmenter la fiscalité globale - on espère induire progressivement un changement de comportement de la société, de nouveaux modes de consommation et de production "propres".

L’idée de la contribution climat-énergie fait lentement mais sûrement son chemin : elle fera ainsi l’objet dès mars d’une conférence d’experts chargée d’étudier sa faisabilité sans altérer le pouvoir d’achat des ménages ni attenter à la compétitivité des entreprises. Ils remettront leurs conclusions au Premier ministre dans les six mois.

"Sur la base d’une tonne de CO2 à 32 euros - et en exonérant les secteurs déjà soumis aux quotas européens de CO2 - la taxe carbone rapporterait 8 milliards par an - 3 mds des ménages (taxés sur leur consommation directe et indirecte d’énergies polluantes) et 5 mds des entreprises", indique Alain Grandjean, économiste de la fondation Nicolas Hulot et l’un des experts de la taxe carbone en France. Il reste que, sous l’effet de la crise financière et économique, le prix de la tonne de CO2 est tombé en quelques mois à moins de 10 euros.

Pour essayer de stabiliser ce marché du carbone, l’Union européenne a prévu de nouveaux mécanismes de régulation dans le paquet climat énergie adopté en décembre dernier. Par exemple, si pendant plus de six mois consécutifs, le prix de la tonne de CO2 est supérieur de trois fois son prix moyen des deux dernières années, les mises aux enchères pourront être anticipées. De même, le marché des crédits Kyoto peut être assimilé à une valve de sécurité (safety valve) si les prix des quotas européens grimpent, le crédit pouvant être rendu par l’industriel au même titre que le quota. Enfin, des discussions sont en cours au niveau européen pour une taxe carbone dite « d’ajustement aux frontières » pour éviter de pénaliser trop les entreprises européennes.

Dans ce nouveau contexte économique dominé par la crise et la récession, instaurer une taxe carbone est plus que jamais légitime mais difficile, comme le montre un rapport de l’Institut Français de l’Entreprise. Il faut en effet définir le périmètre concerné, calculer les émissions de CO2 par produit ou encore fixer un niveau de taxation qui reste bien corrélé avec les émissions réelles et le niveau de quotas alloués.

Première difficulté analysée dans le rapport : la taxe ne peut concerner que les activités exclues du système européen de quotas, qui cible les secteurs les plus intensifs en énergie (sidérurgie, verre, ciment, production d’électricité...). En 2005, ce système couvrait environ 45 % des émissions de CO2 de l’Union européenne, soit 2,2 Gt de CO2. Gratuits jusqu’en 2012, les quotas européens de CO2 vont devenir payants à partir de 2013. La taxe carbone s’appliquerait donc aux ménages (chauffage domestique, carburant...), au transport routier, à l’agriculture et à la pêche (pour le carburant utilisé) et à l’ensemble du secteur tertiaire pour son utilisation de bâtiments consommateurs d’énergie.

Cette nouvelle contribution aurait des effets négatifs tant sur les revenus des ménages que sur les secteurs concernés, dont la compétitivité risque de s’éroder. Il faudra choisir des compensations, sans toutefois priver la taxe de ses effets, souligne le rapport.

Deuxième point délicat : l’évaluation du volume de CO2 utilisé pour la production de chaque produit ou catégorie de produit. Établir des barèmes représente un travail titanesque, impossible à mener pour l’ensemble des biens de consommation ! Reste donc l’option d’une taxation en amont, sur la consommation des énergies fossiles à l’origine des émissions de CO2.

Troisième problème : le niveau de taxation. L’idée étant de faire payer au consommateur le dommage subi par l’environnement, le seuil de taxation ne peut dépendre du prix de l’énergie à l’origine du préjudice (pétrole, gaz...). Il est possible de prendre en compte la valeur de la tonne de carbone : 27 euros actuellement, et une valeur de 100 euros par tonne à l’horizon 2030 recommandée par le rapport Quinet sur la mesure du pouvoir d’achat. Cela permettrait de donner de la visibilité aux ménages et aux entreprises, avec la mise en place d’un taux progressif. Mais le lien entre la taxe et ce prix du CO2 doit aussi dépendre d’éléments comme les mesures réglementaires et les permis d’émissions.

La Taxe Carbone présente cependant le triple avantage inestimable de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, d’anticiper la fin des énergies fossiles, et d’assurer des rentrés fiscales. Mais, compte tenu du coût de production de l’énergie à l’aide des technologies propres, pour faire reculer les émissions sans renoncer à l‘économie de marché, il faut donner un prix au carbone, comme le préconise le rapport Stern. Ce n’est qu’en faisant payer le fait d’émettre du CO2 que les sources d’énergie et les technologies moins émettrices pourront surmonter leur handicap économique et s’imposer.

Il faut par ailleurs comprendre que si les prix du carbone à la consommation résultent d’une Taxe, l’Etat peut choisir de compenser sa création par l’allègement d’autres impôts (TVA, impôt sur le revenu, charges sociales...), le but de la Taxe Carbone n’étant pas nécessairement d’accroître la pression fiscale, mais de réorienter la consommation et de favoriser une croissance "verte" et un développement durable.

Face à l’épuisement accéléré des énergies fossiles et à l’augmentation de la demande mondiale globale d’énergie, la taxe carbone, en synergie avec les systèmes d’échange de quotas d’émissions doit permettre à chacun d’anticiper et d’adapter son mode de vie à la mutation énergétique historique que nous vivons. Mais, loin de sa réduire à un simple instrument de promotion des énergies renouvelables et de protection de l’environnement, une taxe carbone intelligente et bien conçue peut aussi constituer un nouvel outil très puissant de redistribution sociale, comme l’a compris l’administration Obama. C’est pourquoi nous devons saisir l’occasion qui nous est offerte par la crise financière et mettre ne place une nouvelle fiscalité écologique qui puisse à la fois favoriser une nouvelle croissance économique durable et axée sur la connaissance et permettre une meilleure redistribution sociale et une meilleure protection de nos concitoyens les plus fragiles.

Auteur

René TREGOUËT (www.tregouet.org). Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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10 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar Gregory loire atlantique -

croissance durable !
Et à quand le capitalisme compatible avec la décroissance !
Vous savez ce que cela fait si vous mettez la fouine dans la cage aux poules ?
La croissance durable est un mythe et est irréalisable !

avatar charles france nord -

croissance durable .c'est la faillite du genre humain

avatar Marie Beaulieu Québec canada -

Quand les écolos sont des économistes! Inquiétant de voir tout ce monde s'affairé à contrôler qui au juste? Les riches payeront le prix pour polluer au détriment des travailleurs. de plus le réduction des GES au détriment de la santé et des vies est irresponsable. La combustion du bois est le pire fléau de la planète et est responsable de millions de décès on l'appelle énergie verte mais sale. C'est l'activité qui émet le plus de particules fines 2.5. 9 heures chauffer au bois équivaut à une auto à essence ayant parcouru 18000 kilomètres et les appareils certifiés EPA 60 heures = une année auto 18000 kilomètre. Les vendeurs de poêles seront là pour renouveller le parc qui pollue encore beaucoup trop. apr;es vient le diesel et les moteurs à deux temps. Les PM 2.5 sont les plus dangereuses pire que l'Ozone car en plus des maladies respiratoires ajouter les maladie cardiovasculaires. Sauvons les êtres vivants

avatar Denis Laforme , La Prairie , Québec , Canada -

En accord avec vous, Marie. On ne devrait pas avoir la possibilité d'acheter des droits de polluer ( de tuer).Il faut être taxé en proportion de la pollution pour laquelle nous sommes responsables. Voilà pourquoi je favorise, et le mot est faible, les énergies renouvelables. À cet effet, je vous propose de consulter mes articles sur le blog ; www.denis-laforme.over-blog.com

avatar DAOUD Alger -

bonjour!
si certaines associations s'attendaient que les mesures prises par les USA eu égard à la lutte contre le réchauffement climatique allaient déboucher sur du condret, parmettez moi de dire qu'elles se trompent
pour nous ce sera nullemen ce type de mesure qui vont dans le sens de la dite lutte
aider les ménages à réduire leur consommation d'énérgie c'est une option, s'orienter vers les énérgie renouvellable pourquoi pas, aider la production du biocarburant c'est se préoccuper du comment enrichir les industriels sans tenir compte des phénomènes de pollution de l'air
mais tendre une oreille sensé à tout ceux qui souhaitent véritablement lutter contre les effets dus réellement aux changements climatiques ceci relève de génération appartenant à un autre monde
ces Messieurs ont appris par coeur les prédictions de M tarrier et se sont demandé pourquoi se casser la tête puisque la fin du monde est programmée pour très bientôt !! souriez et n'ayaient pas peur A+

avatar Samia, Alger -

Que veut dire croissance durable? On est arrivé à instauré une réelle compatibilité entre croissance, pollution et pauvreté.

avatar David Pyrénées-Atlantiques -

Croissance durable... s'il était question de sagesse.
"Vos luttes partent en fumée,
Vos luttes font des nuées,
Des nuées de scrupules."
A. Bashung

avatar Albe -

Sans changement de la fiscalité des carburants des pays ''riches'', rien ne changera. Les carburéacteurs, les carburants marine, tous transports en commun de personnes sont totalement détaxés. Les carburéacteurs (les plus poluants, coutent aujourd'hui 35cts/litre. Les carburants marine env. 20 cts/litre car ce sont des carburants sales (mal raffinés). Dès que le litre d'essence a dépassé l'euro, la consommation a très fortement chutée...et tout le monde a survécu. Un siège dans un avion transcontinental consomme 1000 a 1500 litres de carburéacteur.
Un couple qui part en vacances à la Réunion consomme ainsi env. 4000l de ''kérosène'' soit l'équivalent de l'énergie pour chauffer un T4 pendant 3 à 4 années. cela n'est possible actuellement que grace au soutient financier des états aux compagnies aériennes....pour détruire plus vite la planète.

avatar cdnrbt -

Ce n'est pas au consommateur de payé c'est au producteur de moins polluer.

avatar Cassiopée -

Nous devrons payer.

Aucune excuse, les futures générations devront apprendre de nos erreurs pour regénérer les habitants de la planète.

Collectivement, nous avons accepter notre "confort" (court-termiste).

Individuellement dans leurs esprits, ils n'accepteront pas ce mode vie inadapté à notre (et leur) environnement.

C'est INACCEPTABLE qu'une espèce au mépris de son "confort" consémuriste renonce volontairement à L AVENIR DES FUTURES GENERATIONS.

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