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L'augmentation des gaz à effet de serre aggrave la pollution sonore des océans qui nuit aux cétacés
9500 lectures / 1 commentaire14 décembre 2010, 10 h 34
Les océans et les mers de la planète sont de plus en plus bruyants du fait de l'augmentation du nombre des navires, d'une intensification des enquêtes sismiques, voire d'un recours accru du à une nouvelle génération des systèmes sonar militaires, a déclaré début décembre 2008 une alliance de groupes de protection de la faune sauvage. Et, contre toute attente, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre risque d’aggraver cette situation...
La crainte actuelle est que la cacophonie qui trouble aujourd'hui le silence de la mer, ne contribue à aggraver les menaces pour les mammifères marins qui utilisent le son pour communiquer, parfois à travers de grandes distances pour chercher de la nourriture et pour s'accoupler. Par exemple, la baleine bleue, le plus grand animal ayant jamais vécu sur Terre, émet des sons audibles à des centaines de kilomètres !
Ces groupes, réunis à Rome à l'occasion d'une conférence des Nations Unies sur les espèces migratrices, ont invité instamment les gouvernements et l'industrie à adopter des moteurs plus silencieux pour les navires, à réglementer plus strictement le recours aux levés sismiques dans la prospection de pétrole et de gaz, et à encourager l'utilisation de nouvelles technologies sonar moins intrusives de la part des flottes.
Plus inquiétant encore, l'augmentation des niveaux de dioxyde de carbone (CO2), qui résulte de la combustion des combustibles fossiles, pourrait aggraver les niveaux sonores dérivant de l'accroissement des activités humaines.
Dans son tout dernier rapport, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), établi par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et l'Organisation météorologique mondiale (OMM), a dénoncé une augmentation de l'acidité, une acidification, des mers et des océans. Le GIEC s'est inquiété des effets de l'abaissement des valeurs du pH (acidité accrue) sur les coraux constructeurs de récifs et sur le plancton sur lequel repose la chaîne alimentaire marine.
D'après
les chercheurs du Monterey Bay Aquarium Research Institute, cette acidification des océans pourrait contribuer à rendre l'environnement marin plus bruyant. En effet, cette modification de la chimie de l'eau de mer peut indiquer que celle-ci a aujourd'hui une capacité d'absorption des sons à basse fréquence inférieure de dix pour cent à celle qu'elle avait avant la révolution industrielle.
À moins d'une réduction des
émissions de gaz à effet de serre en 2050, l'acidité des mers et des océans pourrait atteindre un niveau tel que les sons envoyés des navires vers les canons sismiques se propageront 70 pour cent plus en profondeur.
D'après Mark Simmonds, le directeur scientifique de la
Whale and Dolphin Conservation Society, qui participe à la réunion de la Convention du PNUE sur les espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (
CMS), les sons sous-marins produits par l'homme déclenchent déjà une sorte de brouillard acoustique et une cacophonie dans de nombreux secteurs des mers et des océans de la planète. En outre, il existe maintenant des preuves reliant le bruit sous-marin fort avec les échouages massifs de mammifères marins, en particulier des baleines à bec qui plongent aux grandes profondeurs. Toutefois, il apparaît également que d'autres espèces sont également été affectées et, cette année par exemple, on a observé deux événements majeurs d'échouage à Madagascar et au Royaume-Uni, qui sont toujours examinés.
Il a indiqué par ailleurs l'existence de nouvelles preuves que certaines embolies et la détérioration des tissus enregistrée chez certaines espèces pouvaient être également liées au bruit, avec un mécanisme tel que les animaux effrayés commencent à plonger à des profondeurs dangereuses et ressentant des douleurs équivalant à celles provoquées par le changement de pression pour un plongeur humain.
Nous sommes aujourd'hui confrontés à la preuve éclatante que la combustion des combustibles fossiles et l'augmentation du CO2 peuvent constituer une menace nouvelle et même plus 'retentissante', à moins que des mesures ne soient prises rapidement pour réduire ces émissions. Dans les années et les décennies à venir, une réponse globale et concertée sera nécessaire face à la pollution sonore du monde sous-marin, a-t-il ajouté.
Robert Hepworth, Secrétaire exécutif du PNUE/CMS, a déclaré que le changement climatique était destiné à rendre plus bruyants certains secteurs de l'océan, auparavant relativement tranquilles et inaccessibles.
Le recul des glaces arctiques entraîne une course au forage et à la prospection de pétrole et de gaz, qui contribuera probablement à augmenter l'exposition au bruit sous-marin de certaines espèces telles que la baleine blanche et de la baleine boréale. Et cela, sans prendre en compte l'augmentation du bruit lorsque
les passages autour de l'Arctique s'ouvriront à la circulation des navires, a-t-il ajouté.
La Communauté européenne et ses pays membres ont présenté en décembre 2008 un projet de résolution à la neuvième Conférence des Parties PNUE/CMS, invitant instamment les membres du traité à examiner un large éventail de mesures visant à réduire le bruit sous-marin.
Les mesures proposées prévoient notamment des 'zones de protection contre le bruit' dans les mers et les bassins fermés, un meilleur contrôle des niveaux de bruit et la création de bases de données du bruit indiquant la provenance des sons produits par l'homme.
Le projet de résolution propose également que les nations signataires du traité sur les espèces migratrices examinent une série de directives pour une meilleure gestion des sources de bruit.
Dans le même temps, le Fonds international pour le bien-être des animaux (
IFAW) a lancé officiellement son rapport, intitulé
Ocean Noise: Turn it Down, dans le cadre de la réunion de la CMS.
Veronica Frank, une juriste de ce groupe de protection de la faune sauvage, a ainsi déclaré : "nous demandons une intervention de grande envergure, comportant notamment l'exigence pour les fabricants et propriétaires de tous les navires, des superpétroliers jusqu'aux plus petits, de prendre en compte des mesures de réduction du bruit au stade de la conception et de l'exploitation de ces navires. Nous demandons également que les générateurs de bruit adoptent des nouvelles technologies plus silencieuses et de faire d'autres efforts visant à réduire le bruit et de travailler avec les normes efficaces établies par les organismes de réglementation.
Ce rapport souligne notamment
- la distance à laquelle les baleines bleues peuvent communiquer a été réduite de 90 pour cent par effet de l'augmentation du niveau de bruit
- le bruit émis par les navires dans l'Océan pacifique a doublé tous les dix ans dans les quarante dernières années et la taille de la flotte maritime mondiale devrait doubler d'ici à 2025, après avoir déjà doublé entre 1965 et 2003 ;
- les canons à air utilisé pour les levés sismiques produisent des sons 'colossaux' allant jusqu'à 259 décibels et pouvant être répétés toutes les dix secondes pendant des semaines ou des mois de manière ininterrompue. De plus, une étude a indiqué que les sons provenant de ces sources se propagent à plus de 3 000 km du point d'origine...
- 90 navires sismiques sont opérationnels, dont un quart sont utilisés chaque jour. Selon les estimations, il existe dans le monde 300 systèmes sonar navals capables de produire des ondes sonores de plus de 235 décibels, tandis que de nouveaux types de sonars basse fréquence sont actuellement mis au point et déployés ;
- des sondeurs sont utilisés sur des millions de petites embarcations de plaisance dans le monde entier.
Les cétacés souffrent particulièrement de ces bruits sous-marins comme en témoigne le documentaire "Le royaume de la baleine bleue" qui sera diffusé le 6 avril 2009 à 20h40 sur National Geographic Wild. Ces baleines, dont la survie demeure fragile malgré l'arrêt officiel de leur chasse, sont heurtées par des navires, perturbées par leurs émissions sonores.
Source
Gouvernements et groupes de protection de la faune sauvage à l’écoute de la menace de la pollution sonore pesant sur les baleines et les dauphins - PNUE
Auteur
Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés
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