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Délicieuse Perche du Nil : entre désastre écologique et nécessité de survie

15641 lectures / 4 commentaires16 mars 2009, 14 h 58

La Perche du Nil était à la « mode » dans les années 90 puis le consommateur soucieux de l’environnement a découvert qu’il y avait derrière ce poisson un désastre écologique..., mais pas seulement...

Depuis l'introduction par les colons de la perche du Nil (Lates niloticus) dans le Lac Victoria, dans les années 1950, la moitié des espèces endémiques, principalement de poissons, ont disparu et de nombreuses espèces sont menacées comme le dipneuste africain (Protopterus aethiopicus), poisson pulmoné obligé de respirer régulièrement à la surface. Les pêcheurs du lac Victoria sont de plus en plus nombreux :
- en 1980, 4 000 bateaux ramenaient 15 000 t. de poissons,
- en 1993, 6 000 bateaux en ramenaient 100 000 t. (dont la moitié de Perches), épuisant les « stocks » de Perche.

Est-ce une « aubaine » pour l’environnement ?

Peut-être, mais pas d’un point de vue humain. Car s’il y a moins de perches, il y a moins de travail pour les pêcheurs. Cela implique une concurrence accrue et donc des conditions de travail-vie encore plus difficiles, risque de morsures, voir de mort à cause des crocodiles, … La réduction de la taille moyenne des prises, passée de 20 kg dans les années 1980 à 2 à 3 kg aujourd’hui, montre que la pression de la pêche sur l’espèce est supérieure aux ressources et au renouvellement des populations, les prises se faisant désormais sur les individus juvéniles. La perspective de la disparition de cette espèce exotique, propre à rassurer les partisans d’un retour à l’équilibre écologique antérieur, est perçue avec inquiétude par les acteurs locaux qui craignent pour la survie économique. En contrepartie dans certaines régions où les populations de Perche ont été surexploitées et où les populations de prédateurs ont diminué, un retour de certaines espèces de poissons, et plus précisément d'Haplochrominés, est constaté.
La situation des pêcheries du lac Victoria symbolise un choix cornélien, qui se reproduit dans de nombreux autres points du globe, à savoir : protéger une espèce invasive pour permettre aux populations locales de continuer à travailler, dans des conditions précaires, ou laisser faire, permettre l’éradication de la Perche du Nil, et ainsi favoriser le retour des espèces endémiques mais risquer de laisser mourir des milliers d’être humains ?

Petite mise en perspective

La situation du lac Victoria s’inscrit dans un contexte régional plus large. Dès mai 1992, la Conférence internationale sur la "pêche responsable", réunie à Cancún (Mexique), avait invité le FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) à élaborer, en relation avec d'autres organisations internationales, un Code international de conduite proche de la notion actuelle de Développement durable. Ce concept englobait la pêche raisonnée, en harmonie avec l'environnement, la préservation des ressources sans nuire à la qualité des productions. Le panorama qui en résulte, publié récemment par le FAO, diffère de la situation du lac Victoria évoquée ci-dessus. Il établit que les captures en eau douce ont régulièrement augmenté de 1961 à 1986, passant de 168 000 tonnes à 598 000 tonnes par an. Elles se sont stabilisées depuis à un niveau allant de 600 000 à 700 000 tonnes par an. L’effort de pêche, dirigé sur les stocks déjà exploités, a continué d’augmenter durant cette période. Il varie beaucoup d’un plan d’eau à l’autre : le nombre de pêcheurs augmente sur le lac Mweru, mais il tend à décliner depuis les années 1990 sur le lac Malombe. Mais voici un bel exemple à suivre.

L'Afrique devra dans les années à venir, pour se développer et pour nourrir ses populations, compter sur ses ressources halieutiques dont le potentiel est considérable. Des équilibres seront à trouver, des arbitrages à faire pour en garantir une exploitation maîtrisée et raisonnée et pour en faire l'objet, parmi d'autres, d'un réel développement.

En aparté, cet article était pour vous mettre en garde à ne pas tomber dans l'excès écologiste et à en oublier la question sociale !

Références

Auteur

Gaelle Naze

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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4 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar Gregory loire atlantique -

tiens c'est bizarre, faudrait que les économistes lisent ça, parce que vous remplacez le poisson par l'énergie, les pêcheurs par l'économie, et on obtient le même résultat.
Il y aura chute dans les deux cas. Mais comme le capitalisme ne peut se satisfaire d'une croissance 0, il a signé sa fin !

avatar Maiga Bamako -

La perche du Nil appelé poisson capitaine ailleurs, est très prisé surtout en Afrique à cause de sa valeur marchande.Il est donc recherché par les pêcheurs et pêché de façon inconsidérée. Ceci peut expliquer en partie la rareté de cette espèce dans les eaux douces en Afrique tout au moins.

avatar Barcelone -

Un bon documentaire sur le lac Victoria: le cauchemar de Darwin.

Le problème de la perche est souvent au centre des attentions mais la situation sociale autour du lac est des plus complexes...

avatar Christophe Magdelaine -

@ Barcelone : ce documentaire, bien réalisé reste très controversé...

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