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Le puits de carbone de l'Amazonie menacé par les sécheresses

5405 lectures / 6 commentaires10 mars 2009, 11 h 09

secheresse© C. Magdelaine / notre-planete.info
L'Amazonie est étonnamment sensible à la sécheresse, selon une nouvelle étude menée au cœur de cette forêt tropicale humide, la plus grande du monde. Cette étude, publiée le 6 mars 2009 dans la revue "SCIENCE", met en évidence pour la première fois les preuves que l’accentuation récente des sécheresses provoque des baisses massives de la réserve de carbone dans les forêts tropicales, notamment du fait de la mortalité des arbres. Ces résultats sont le fruit de travaux coordonnés par Oliver Phillips de l'université de Leeds (UK) et menés avec ses collègues de 14 pays au sein du réseau de recherche RAINFOR* auquel participent pour la France, l’INRA, le Cirad et l’université Paul Sabatier.

Les impacts de la sécheresse intervenue en 2005 dans la région amazonienne ont permis aux scientifiques d'entrevoir ce qui pourrait arriver dans l’avenir si la saison sèche amazonienne devenait de plus en plus chaude et intense. Afin de calculer les changements en termes de stockage de carbone, les 68 scientifiques impliqués dans l'étude ont examiné plus de 100 sites forestiers sur une zone de plus de 600 millions d'hectares de l'Amazonie, depuis le Brésil jusqu'à l'Equateur, en passant par la Guyane Française. Ils ont utilisé des données de croissance de plus de 100 000 arbres, enregistrées depuis 30 ans, et étudié les mortalités et les nouvelles pousses.

Tout au long de 2005 des températures anormalement élevées ont été observées dans l'Atlantique Nord. Ses eaux exceptionnellement chaudes ont servi de déclencheur à une saison d'ouragans très destructifs, dont l'ouragan Katrina. Dans l'Amazonie, et notamment dans l'ouest et dans le sud de cette région, l’air de l'Atlantique a contribué à dessécher la forêt, et à rendre la saison sèche de 2005, une des plus sèches qui soit.
Leurs résultats montrent que la sécheresse de 2005 a provoqué une inversion brutale des absorptions de carbone réalisées pendant des décennies. La mort des arbres s'est accélérée là où la sécheresse a le plus frappé.
« Pendant des années, la région amazonienne à aidé à ralentir le réchauffement climatique. Si ce puits de carbone est amoindri, voire fonctionne à l'envers, le niveau de dioxyde de carbone dans l’atmosphère augmentera encore plus.» souligne Oliver Phillips.

Selon l’analyse des scientifiques, cette sécheresse en Amazonie a diminué de 5 milliards de tonnes la séquestration de CO2 par la forêt. L’effet sur l’atmosphère est donc équivalent à celui qui résulte annuellement des déforestations au profit d’activités agricoles dans le monde entier. En outre, bien qu’à l'œil nu, on voie peu d'impact sur la forêt, les mesures des chercheurs prouvent que le taux de mortalité des arbres a été augmenté par la sécheresse. Pour l’instant, ce carbone est «au sol», sous forme d’arbres morts mais pas encore décomposés. Cela prendra quelques dizaines d’années avant que ces arbres soient décomposés et que le CO2 se retrouve dans l’atmosphère.

La région amazonienne est tellement vaste que même de faibles effets écologiques peuvent avoir un large impact sur le cycle du carbone mondial. Si les sécheresses se répétaient en Amazonie, cela conduirait à une accélération du réchauffement climatique.

Notes

* RAINFOR. Le réseau pour l'inventaire des forêts amazoniennes est un réseau international de surveillance des forêts amazoniennes. Ce réseau met en œuvre une science intégrée et une étude sur le terrain approfondie qui permet de d’évaluer le comportement de l’écosystème terrestre le plus actif vis à vis des échanges de carbone. Ceci permet de mieux comprendre l'impact qu'à l'Amazonie sur le climat mondial. Rainfor aide également les jeunes scientifiques botanistes et techniciens de terrain à développer leurs activités.

Avec environ 6 millions de kilomètres carrés, la forêt amazonienne couvre une région qui représente 11 fois la surface de la France et qui s'étend sur neuf pays, dont le plus important est le Brésil. Une grande partie de la Bolivie, de l'Equateur, de la Colombie, du Pérou, du Venezuela, de la Guyane française, du Guyana et du Surinam sont couverts par la forêt amazonienne. Cette région contient à peu près un cinquième de toutes les espèces de la Terre - dont plus de 10 000 espèces d'arbres - un cinquième de la biomasse carbone de la terre, et abrite plusieurs millions de personnes. Chaque année, la forêt amazonienne recycle 18 milliards de tonnes de carbone (soit 66 milliards de tonnes de CO2), c'est-à-dire près de trois fois les émissions des carburants fossiles brûlés dans le monde. Les processus de respiration des arbres et de décomposition de la matière organique dans les sols aboutissent à une libération dans l’atmosphère d’une quantité de carbone presque équivalente. La mortalité des arbres accrue sous l’effet de la sécheresse tend à diminuer le flux de fixation de carbone et à augmenter la libération de carbone ce qui pourrait faire basculer la forêt amazonienne d’un rôle de «puits de carbone» vers un rôle de «source» de carbone pour l’atmosphère.

Référence

"Drought Sensitivity of the Amazon Rainforest" - SCIENCE, 6 march 2009, vol 323, 1344-1347

Auteur

Institut National de la Recherche Agronomique ; date originale : 10 mars 2009, 11 h 09

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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6 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar delpech Couëron - 10/03/2009, 15:54

Tous les phénomènes quantifiés par les scientifiques prouvent que nous n'avons pas cessé de jouer aux apprentis sorciers. Que dire de plus, sinon qu'il faut que nous concevions enfin que nous ne sommes pas les dépositaires des phénomènes naturels ; de plus, que nous ne sommes pas les propriétaires de la Planète ; enfin, que nous ne sommes pas les seuls terriens. Tout ce qui constitue la vie sur Terre est terrien. Un point c'est tout ! Quand tous les hommes auront accepté cela, à ce moment-là, nous aurons enfin compris qu'il ne faut pas se prendre pour ce qu'on est pas !!

avatar DAOUD Alger - 10/03/2009, 16:36

bonjour!

bravo aux scientifiques qui ont démontré l'évolution certaine de la prochaine desertification de l'Amazonie

reboison aujourd'hui particulièrement au Sahara pour gagner les espaces boisés pour le futur!! et par là même tenter d'atténuer les déboisements qui ont court de nos jours

au saharail y a de l'eau et des sols apte à recevoir un reboisement respectable!!

avatar Gregory loire atlantique - 11/03/2009, 15:24

Daoud,



Si il y a de l'eau au Sahara (souterraine oui mais non renouvelable) et qu'on devrait le boiser (même au temps des egyptiens, ce n'était pas la forêt mais la savane), alors je te dirais qu'il est grand temps qu'on plante aussi une forêt au sommet du mont blanc ou au pôle Nord !

Arrête de dire des bêtises !

avatar Dieudonné Armand ATANGA (Yaoundé Cameroun) - 14/03/2009, 17:41

Les recherches de ces scientifiques sont vraiment appréciables.Mais il y a un fait qui me préoccupe.Je suis étudiant en Master 2 de Géographie à l'Université de Yaoundé 1, spécialité Dynamique de l'environnement et risques,option Climatologie et biogéographie.Mon sujet e recherche est le suivant: vulnérabilités des populations au changement climatique et stratégies d'adaptation en zone forestière.ma période d'étude va de 1970 à 2005 et le lieu est une banlieue de Yaoundé où est implanté l'un de nos aéroports internationaux (Nsimalen).

Ceci dit, les chercheurs font des études, ils publient des chiffres, c'est appréciables, mais n'oublions pas que ces populations d'Amazonie, du Bassin du Congo et d'Indonésie,soit les principaux bassins forestiers du monde,sont les plus pauvres de la planète et donc tirent toutes leurs ressources des dites forêts, même le budget de ces États imaginez vous.Aussi, ces forêts sont exploitées à vil prix parfois par des occidentaux faiseurs de lois sur l'environnement, cas des USA pays le plus pollueur de la planète qui ne veulent pas ratifier le Protocole de Kyoto or indispensable pour la survie de notre planète.

Entend que chercheur et un jeune qui pourra participer à pousser les limites de connaissance sur le plan environnemental, si l'environnement gouverne le monde de demain, aider moi à avoir des idées sur mon sujet de recherche et surtout à savoir ce que les occidentaux font de concrets dans ces principaux bassins forestiers protecteurs de la planète de par leur séquestration du carbone,pour que cette même planète terre qui est la notre à tous et qu'on doit impérativement protéger, continue à respirer de l'air frais et non pollué.Il est certes vrai que des conventions sont signées, mais sont parfois trainées au sol par les plus puissants.Il est peut être temps que ces recherches de scientifiques de n'importe quelle partie du monde soient effectivement prises en considération sans réserves.Des fonds débloqués doivent aussi être utilisés dans des normes prescrites par ces instances nationales et supra nationales.

Merci et voila ma modeste contribution, j'attends avec impatience vos éléments de réponses sur :charmand2009@live.fr

avatar Paul Johan de Graauw / Vallauris 06220 France - 15/03/2009, 10:33

Bonjour D.A. Atanga et la liste,

Dites moi ce que vous pensez des actions réalisées par le trio Greenpeace+WWF+Amis de la Terre dans le domaine de la vulgarisation du label FSC garantissant des meubles produits avec du bois issu de concessions forrestière classées comme suivant les règles de la gestion durable. La progression des surfaces ainsi distinguées devrait avoir comme résultat que de plus en plus de concessions forrestières s'orientent vers la production de bois produit selon des critères de durabilité.

Faire progresser la demande de ces produits labellisés en Europe est le but de sucessives campagnes de Greenpeace en France d'où je vous écris, et où des stands de sensibilisation seront de nouveau organisés durant les semaines qui viennent .

Ce travail de fonds n'est pas aussi spectaculaire que la confiscation de bois illégal au cours de son transport en Amazonie, sur mer ou dans leurs ports de destination, mais compose un tout indisociable.

Paul

avatar Marie-Laure Montpellier - 16/03/2009, 21:17

Ce qui se passe en ce moment en Indonésie est un micro laboratoire de ce qui se passera en Amazonie :



La déforestation des espèces endémiques et donc la destruction des habitats naturels des espèces comme les singes et bien sûr l'Orang Ourang pour planter des palmiers à huile par millier est un ravage épouvantable .



Là où la terre de forêt pluviale a été déforestée ,le sol est sec et la couche de sol arable inexistante, c'est un sol desertique.Les plantations sont gardées jalousement et lorsque qu' un Orang Outang perdu et perturbé d'avoir vu détruire son habitat naturel ,il est souvent, capturé ,enchainé et maltraité.

Une Primatologue Emmanuelle Grundman se bat pour sauver les derniers spécimens avant extinction/: Ils ne sont plus que 15000 ....



La situation menace de devenir explosive et de non retour en Amazonie où le Président Lula projette de sabrer ce qui reste de forêt pluviale en augmentant les parcelles à allouer aux propriétaires privés pour exploitation.

La population Brésilienne explose et entend profiter du gâteau à se partager....

Et comme la demande en colza pour biocarburants explose avec, c'est la mort annoncée du pumon vert de la Planète .

Et comme les systèmes biologiques fonctionnent par rétroaction et emballement, plus les zones seront déforestées plus les arbres se désecheront et le sol sera latéritique sera incapable de n'être que poudreux.



Sans espoir de retour ...

Souvenons nous du film "Soleil vert" de Richard Fleischer





Signez la pétition de Greenpeace contre le projet du président Brésilien LULA et préservez la forêt Amazonienne

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