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Le sud-est de l'Australie est ravagé par les incendies les plus meurtriers de son histoire

10854 lectures / 3 commentaires12 février 2009, 10 h 53

AustralieIncendies en Australie le 9 février 2009
crédit : NASA, MODIS Rapid Response Team, GSFC. Caption by Rebecca Lindsey.
L'Australie, le pays habité le plus sec au monde se caractérise par un environnement naturellement propice aux feux. Cependant, quelque 400 incendies se sont déclarés depuis vendredi 6 février dans une vaste zone méridionale du sud est de l'Etat de Victoria, faisant de ces incendies les plus meurtriers de l'histoire de l'île.

Une vague de chaleur exceptionnelle

A l'origine de cette catastrophe, des conditions météorologiques exceptionnelles : "je n'ai jamais vu des conditions climatiques aussi extrêmes que celles qui ont été observées samedi. C'est sans précédent", a souligné Mark Adams, spécialiste des incendies à l'université de Sydney.
Le bureau australien de météorologie (Australian Bureau of Meteorology - BOM) considère cette vague de chaleur comme exceptionnelle, pas seulement au regard de l'intensité des températures mais aussi de par sa durée (plus de deux semaines). De nombreux records ont été battus : le mercure a frôlé samedi 7 février les 47 °C près de Melbourne, du jamais "enregistré" depuis le début des relevés soit 1855, pour un mois de février. Dimanche 8 février, l’Etat du Nouvelles Galles du Sud a connu des températures avoisinant les 47 °C. A Penrith, dans la banlieue ouest de Sydney, la température était pour le 4e jour consécutif supérieure à 40 °C : un record pour les cinquante dernières années... A Kyancutta, dans le sud de l'Australie la température a atteint 48,2 °C !
Des vents et une sécheresse inédite se sont ajoutés à cette canicule exceptionnelle, résultat : un trio redoutable qui a facilité la progression d'incendies gigantesques, vraisemblablement d'origine criminelle...


Anomalies de températures sur l'Australie entre le 25 janvier et le 1er février 2009
Crédit : NASA, Jesse Allen, based on MODIS land surface temperature data. Caption by Rebecca Lindsey.

Un bilan dramatique

Mercredi 11 février, le bilan des incendies de forêt en Australie a atteint 231 morts, au moins 500 blessés, alors que plusieurs dizaines de cadavres supplémentaires et encore non comptabilisés ont été trouvés. La plupart des victimes ont été découvertes dans deux bourgades au nord-est de Melbourne, deuxième ville d'Australie et capitale du Victoria. De nombreuses personnes semblent avoir péri dans leur voiture en essayant de fuir les flammes.
Les feux ont déjà ravagé 365 000 hectares selon le Premier ministre Kevin Rudd. 3 000 pompiers bénévoles, soutenus par l'armée luttent sans relâche contre ce véritable "enfer". Sur le terrain, les incendies menaçaient de s'étendre au-delà des coupe-feux établis.
Il est difficile de relater ici l'étendue et la violence des différents feux toutefois, des villes entières ont été dévastées, 20 villes au nord de Melbourne ont été touchées, plus d'un millier de maisons été ravagées par les flammes laissant 5 000 personnes sans abri. A Gippsland, par exemple, les soldats du feu tentent de contrôler un mur de flammes qui s'étire sur plus de 100 km !
Bien sûr, les infrastructures de communications et le réseau de transport sont particulièrement affectés, rendant les opérations de sauvetage particulièrement difficiles.

L'aide s'organise

Le Premier ministre australien, a annoncé que le gouvernement versera 5 millions de dollars australiens supplémentaires (3,36 millions de dollars américains) pour aider les personnes affectées par les incendies et les inondations dans le nord du Queensland. Le gouvernement fédéral a déjà engagé 10 millions de dollars pour aider les victimes de la catastrophe.
Des organisations humanitaires comme la Croix-Rouge australienne, mais aussi de grandes entreprises australiennes ont promis de dons de plusieurs millions de dollars.

Un système d'alerte défaillant et des constructions anarchiques

De nombreux sinistrés qui n'ont pas été prévenu s'interrogent sur l'efficacité du système d'alerte, qui, en outre, ne prévoit pas d'ordre d'évacuation. A ce titre, le Premier ministre de l'Etat John Brumby estime que l'Australie devrait étudier un système national d'alerte d'urgence...

De plus, l'administration est accusée d'avoir accordé des permis de construire dans des zones à risque mais sans système de protection renforcée. A ce titre, certains experts attribuent ce bilan catastrophique à la modification des populations des régions concernées. En effet, de nombreuses familles ont quitté la banlieue de Melbourne pour venir s'installer à la campagne, dans des zones particulièrement exposées aux feux de forêt. Elles n'ont ni les réflexes ni l'équipement anti-incendie dont disposent les familles qui y vivent depuis plusieurs générations, souligne Mark Adams, du Centre de recherche coopératif sur les feux de forêt.

A la découverte des incendiaires

Selon le Premier ministre de l'Etat du Victoria, John Brumby, il fait "peu de doutes" que plusieurs feux ont été délibérément allumés durant la nuit dans cet Etat. C'est pourquoi, une équipe d'une centaine d'enquêteurs, rassemblée sous la bannière de l'"Opération Phoenix", la plus importante jamais lancée en Australie à la suite de feux, a été mise sur pied pour déterminer l'origine de certains sinistres. A ce jour, la police a confirmé qu'un des incendies avait été délibérément allumé.
Un homme de 31 ans et un adolescent de 15 ans, soupçonnés d'avoir volontairement déclenché deux feux séparés ont été arrêtés lundi et inculpés d'incendie volontaire. "Nous sommes sans voix à l'idée que certains de ces feux aient pu être provoqués à dessein", avait déclaré mardi 10 février devant le Parlement le Premier ministre Kevin Rudd, évoquant "un crime à grande échelle". Les autorités ont promis de punir sévèrement les pyromanes qui seront poursuivis pour meurtre et passibles de la prison à vie.
Malheureusement, de nouveaux départs de feu se sont produits dans la nuit de mardi à mercredi dans l'Etat du Victoria, pour certains attribués à des pyromanes, a indiqué Christine Nixon, préfet de police de cet Etat.

Une preuve supplémentaire du réchauffement climatique ?

En Argentine, Vicente Barros, chercheur à l'université de Buenos Aires et membre du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), estime qu'aucun élément ne permet d'établir une relation entre la sécheresse et le changement climatique. Selon le scientifique, l'occurrence d'un événement isolé ne caractérise pas le climat et encore moins le changement climatique. Cela serait différent si cette sécheresse se répétait plusieurs années de suite. M. Barros envisage cependant une relation entre les sécheresses en Argentine et en Australie du fait de la Niña, un phénomène météorologique cyclique couvrant tout l'océan Pacifique.

En Australie, le débat est au contraire très vif, et l'idée que les excès actuels sont l'illustration du changement climatique gagne du terrain. Pour Barry Brook, directeur de l'Institut de recherche sur le climat de l'université d'Adélaïde, le lien avec le changement climatique est très probable. Observant la répétition de vagues de chaleur à Adélaïde, il observe que si ces événements étaient totalement indépendants, la probabilité qu'ils adviennent dans un intervalle de douze mois serait d'une fois pour 1,2 million d'années. Une probabilité si faible qu'elle plaide pour que les épisodes actuellement en cours ne soient pas le fait du hasard.

Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du GIEC et chercheur à l'université catholique de Louvain, en Belgique, confirme l'analyse : "Ce qui se passe en ce moment à travers le monde est cohérent avec ce que le GIEC prévoyait dans son dernier rapport pour 2030. Mais des extrêmes, il y en a toujours eu. Ce n'est que si l'on observe une répétition ou une augmentation de l'intensité des événements - et on ne pourra le faire qu'avec le recul - qu'on pourra dire qu'il y a quelque chose d'anormal." Mais ce qui arrive en Chine, en Australie et en Argentine, "correspond tout à fait au genre de choses que l'on attend pour le climat à venir", dit Valérie Masson-Delmotte au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) du CEA. "Tout comme d'ailleurs les incendies récents au Portugal et en Grèce."

Mais, si la communauté scientifique reste partagée sur l'implication du changement climatique dans ces incendies colossaux, le point d'accord se trouve sur la prévision faite par Mark Adams : "tous les éléments scientifiques dont nous disposons jusqu'à présent démontrent que nous pouvons nous attendre à des conditions météorologiques extrêmes dans les années à venir."

Selon les services de météorologie australiens et l'Organisation fédérale pour la recherche scientifique et industrielle (CSIRO), qui ont établi un scénario catastrophe en lien avec les effets du réchauffement, le nombre de jours durant lesquels les incendies présenteront un danger extrême risque de doubler d'ici 2050.

Les derniers feux de brousse importants en Australie en 1983 avaient tué 75 personnes à Victoria et dans le sud du pays. Mais les responsables de cette région faisaient remarquer que les conditions météorologiques étaient pires cette année, en raison d'une sécheresse prolongée très propice à la propagation des incendies. En 1939, 71 personnes étaient mortes et 650 maisons avaient brûlé.

Références

Liens

Vous pouvez suivre la progression et la localisation des incendies sur Google Earth via le fichier kml dédié

Auteur

avatar Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

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3 commentaires

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avatar jbb, vendome -

Je lis beaucoup de vos articles sans penser a laisser de commentaires, mais ils sont tous de grande qualité ! Toujours un plaisir de vous lire.

avatar bernardverdier@lagoon.nc -

nous avons connu cela à nouméa en 2005-2006 à cause de personnes irresponsables , les feux ne prennent pas tout seul , c'est bien triste

avatar Dje kouassi jonas ( côte d'ivoire) 225 45 61 06 3 -

je presente mes sincères condoleances aux familles eplorées. J'ecourage le gouvernement austalien à poursuivre les enquètes.

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