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Les bords de champs cultivés, ultime refuge des mauvaises herbes ?

6790 lectures / 6 commentaires13 janvier 2009, 14 h 52

Les bords de champs cultivés, ultime refuge des mauvaises herbes ?Exemple d'espèce ayant fortement régréssé : Orlaya à grandes fleurs
(Orlaya grandiflora)
crédit : INRA
Quel est l’impact potentiel de l’évolution des pratiques et paysages agricoles sur la végétation ? Pour y répondre, des chercheurs de l’unité de Biologie et gestion des adventices de de l’INRA de Dijon ont entrepris de quantifier la contribution des différents éléments d’un paysage agricole dans la composition et la diversité floristique.

A partir de relevés de la flore adventice (les « mauvaises herbes ») réalisés à trente ans d’intervalle, les chercheurs ont analysé l’évolution des espèces recensées à l’intérieur des parcelles cultivées. Ils ont aussi comparé la composition et la fréquence des adventices à l’intérieur des champs et dans les bordures considérées ici comme la bande la plus externe de la culture et faisant l’interface avec les talus, les chemins ou les haies attenantes. 222 espèces observées au cours de l’une ou l’autre des deux campagnes de suivi (réseau Biovigilance Flore) ont été comparées entre 1968-1976 et 2005-2006, sur les mêmes 158 parcelles de Côte d’Or.

Dynamique de disparition

En 30 ans, le nombre moyen d’espèces par parcelle cultivée (richesse spécifique) a chuté de 44% alors que le nombre moyen de mauvaises herbes par m2 (densité) a, quant à lui, diminué de 67%. Les parcelles sont donc globalement beaucoup plus « propres » de nos jours. La composition des communautés adventices s’est également fortement modifiée. Sur les 188 espèces recensées lors de la première campagne, 67 ont disparu contre seulement 34 nouvelles espèces recensées en 2005-2006.

Un tiers de ces espèces disparues des parcelles cultivées depuis les années 1970 ne se trouve plus que dans les bords des champs. Ceux-ci abritent dorénavant plus d’espèces végétales que l’intérieur des parcelles. Cette répartition touche aussi bien les espèces rares à valeur patrimoniale que les espèces les plus communes. Aujourd’hui, les bords des champs accueillent les reliques des populations adventices en déclin.

Ce déclin pourrait être d’autant plus préoccupant qu’il affecte des espèces reconnues pour leur rôle bénéfique dans le paysage agricole. Le fonctionnement des agro-systèmes pourrait en être affecté en privant certains oiseaux granivores ou insectes phytophages de sources de nourriture (pollen, nectar, graines…) ou d’habitat qu’elles procurent. D’ores et déjà, les chercheurs ont observé une disparition plus marquée des espèces pollinisées par les insectes. Les chercheurs de l’INRA de Dijon débutent des études complémentaires sur les relations entre les adventices et certains insectes, notamment les carabes dont certains sont prédateurs de graines des mauvaises herbes.

Longtemps considérées comme nuisibles, les mauvaises herbes des zones de culture ne bénéficient d’aucun statut de protection. Parmi les espèces de mauvaises herbes disparues complètement des parcelles cultivées, certaines, d’une grande valeur patrimoniale, sont sur la liste rouge du Plan national d’action pour la conservation des plantes messicoles, comme la gagée des champs (Gagea Villosa) et la nigelle des champs (Nigella Arvensis). Concilier l’activité de production agricole et le maintien de la biodiversité en zone de grandes cultures constitue un enjeu de recherche auquel participent les travaux sur l’évolution de la flore adventice.

Les bords de champs constituent un habitat probablement privilégié, dans l’espace cultivé, pour les espèces adventices moins compétitives car ils combinent à la fois moins de contraintes en termes de traitements herbicides ou fertilisants, et moins de perturbations liées au travail du sol. Les stocks de semences y seraient donc aussi plus importants. Ainsi, les bords de champs auraient un rôle à jouer dans le maintien de la diversité des espèces. Ne faisant pas l’objet de réglementation particulière d’aménagement, leur rôle à long terme dans la conservation des espèces adventices demeure toutefois incertain.

En savoir plus

Notes

Le réseau Biovigilance Flore : mis en place en 2002 par le Service de la protection des végétaux avec la collaboration de scientifiques de l’unité mixte de recherche Biologie et gestion des adventices, le réseau Biovigilance Flore vise à détecter, analyser et interpréter les changements de la flore en relation avec l’évolution des techniques culturales, à partir d’un suivi annuel d’environ 1000 parcelles couvrant toute la France.

Références

Fried, G. et al., Arable weed decline in Northen France : Crop edges as refugia for weed conservation? Biological Conservation 142 (2009) 238-243, publié en ligne le 8 novembre 2008

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Auteur

Institut National de la Recherche Agronomique

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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6 commentaires

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avatar LEGER Jean-Paul DREUX -

il ne faut pas croire que les bordures de champs soient les seuls "refuges" des mauvaises herbes.
Les agriculteurs sont contrains de faire 3% de gel
"environemental" ce qui laisse de le place pour de la
biodiversité.De plus ne voyons nous pas nombre
de terrains vagues en friche dans toute les communes de notre pays?.Ne vous inquietez pas
les mauvaises herbes ont de l'avenir devant elles

avatar Marie Bronchart Lasne Belgique -

Les encouragements à maintenir des "tournières" en bordure des terres cultivées agit probablement aussi pour maintenir une certaine biodiversité autour desmonocultures.
Tournière= l'espace dans lequel tournaient les chevaux avec la charrue en bout de ligne pour repartir en sens inverse.

avatar Jordane BLOIS -

Et si nous arrêtions de les appeler "mauvaises" ?, j'ai la chance d'avoir un jardin en ville, volontairement peu entretenu avec des plantes non productives (c'est plus joli), il me satisfait complétement, d'ailleurs un grand merci à la SNCF (eh oui !!) pour ses talus fleuris de coquelicots et autres fleurs violettes dont je ne connais pas le nom et qui me ravissent quand je voyage. J'ai vu un jour tout un car de touristes japonais s'arrêter pour photographier un champ entier de coquelicots.

avatar Isabelle YAN Sartrouville -

Moi aussi, je dispose d'un petit jardin en proche banlieue et j'essaie (avec succès) de faire cohabiter plantes "spontanées" et plantes "acclimatées": toutes ont leur beauté!
En tout cas, les plantes sauvages ne sont ni "mauvaises" ni "sales" et témoignent simplement de la résistance de la nature: voir s'insinuer une plante au coeur du béton, parfois comme un miracle: c'est toujours fascinant. Moi aussi , tous les ans je vais photographier un carré de coquelicots qui fleurissent dans la plaine de Montesson. Celle-ci est un des derniers ilôts de cultures maraîchères près de Paris et les talus sont encore riches en plantes et arbustes nombreux ainsi qu'en oiseaux: on peut y voir de nombreux faucons crécerelles avec leur vol sur place caractéristique.

avatar hématite (38) -

L’homme appelle « mauvaise » herbe mais c’est simplement de son point de vu à lui. Il n’y a pas de mauvaises ou de bonnes herbes. C’est une diversité de plantes qui profitent à diverses espèces ! C’est la même chose pour les animaux dit ravageurs ! Ils ne sont aucunement ravageurs, ils se développent en fonction de la nourriture, ils s’adaptent.. et surtout s’il n’y a plus de prédateurs.. supprimés par diverses actions soigneusement effectué par l’homme !

avatar caron, j'habite à caen,ds le calvados. -

les bords des routes sont le refuge des "mauvaises herbes" à condition de ne pas s'acharner à les tondre et et les retondre.
cet été au bord de routes du calvados,il n'y avait plus rien.je n'ai pas vu d'onagre et la ddea du calvados respecte parait-il la biodiversité,je ne sais pas comment!
je leur ai d'ailleurs signalé.
si on ne fait pas très attention maintenant,dans 30 ans ,il n'y aura plus rien,on voit la dégradation de la nature se produire sous nos yeux.
cordialement

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