Recevoir gratuitement et régulièrement la lettre d'information notre-planete.info

Le site de référence en environnement,
développement durable et
changements climatiques
english deutsch   accueil recommander plan du site imprimer Actualités > Le Danube, fleuve de l’Europe ?
 
connexion  Se connecter
Login (e-mail)  
Mot de passe
 
[ Devenir membre ] [ Retrouver vos identifiants ]
[ votre publicité ci-dessus ]
Les dernières photos
agrandir la photoagrandir la photoagrandir la photoagrandir la photoagrandir la photoagrandir la photo

Le Danube, fleuve de l’Europe ?

4413 lectures / 2 commentaires08/01/2009, 15:42
[ recommander Recommander cette actualité à un(e) ami(e) ] [ alerte mail Recevoir une alerte mail à chaque nouvelle actualité ]
Le Danube, fleuve de l’Europe ?
Le Danube à Budapest - Hongrie
crédit : Entre Deux Eaux
Cela fait maintenant 1 mois et demi que nous sommes partis sur la route des grands projets hydropolitiques. Nous sommes arrivés à Istanbul et avons terminé nos interviews sur le Danube. Une belle aventure… Certaines de nos rencontres ont été marquantes, et la bonté et la gentillesse gratuite des personnes sur notre chemin absolument incroyable. Il y a eu cette femme, Eva, de Bratislava, qui, après nous avoir reçus en RDV nous a emmené au marché de Noël pour nous faire goûter toutes les spécialités slovaques ; et cet homme, un turc, pas plus tard qu’hier, assis à côté de nous au café qui nous a offert les « iki çay, teşekkürler » que nous avions péniblement baragouiné en turc ; sans parler de toutes les personnes qui nous ont reçus sur leurs sofas, dans un lit ou juste par terre en couchsurfing
Je voudrais donc dédier cette première newsletter à toutes ces personnes, dont la gentillesse a éclairé notre route, et à toutes les autres, qui se seront reconnues.

Le Danube, fleuve le plus international...

C’est effectivement le fleuve qui traverse le plus grand nombre de pays : 18 au total se partagent le bassin du Danube (voir la carte). Deux sont en constante discussion : le Monténégro et le Kosovo qui en font partie géographiquement mais dont l’appartenance en tant qu’entité à la commission dépendra de leur reconnaissance internationale. Pas besoin d’avoir un accès direct au fleuve pour appartenir au bassin : certains pays sont traversés par ses affluents, comme la République Tchèque, la Bosnie ou la Croatie. Nous avions choisi de commencer par un succès, puisque le Danube est un des meilleurs exemples de coopération transfrontalière autour de l’eau au monde. Quels sont les paramètres qui déterminent cette coopération ?


Preparé par l’AFDEC pour le World Water Assessment Programme
© UNESCO, 2006
L’argument qui est ressorti le plus souvent lors de nos interviews est : l’Union Européenne. Même si tous les pays du Danube n’en font pas encore partie (Serbie, Bosnie, Croatie, Ukraine, Moldavie, Albanie, Macédoine), tous ou presque souhaitent se mettre sur la voie de l’accession à plus ou moins long terme. Et pour montrer leur bonne foi, quoi de mieux que d’appliquer les directives européennes dans des champs que même les pays membres ont de grandes difficultés à implanter ? L’UE est une ombrelle institutionnelle pour le bassin du Danube puisqu’elle a le pouvoir d’imposer les directives et régulations aux pays. C’est le cas par exemple de la Directive européenne sur les eaux résiduaires urbaines, imposant aux pays le retraitement des eaux usées urbaines et industrielles.

En deuxième lieu, l’histoire a également fait son œuvre. La coopération sur le Danube a commencé il y a de nombreuses années déjà. Deux commissions de bassin s’occupent en réalité de la gestion de ses eaux : la « Danube Commission » qui gère les activités liées à la navigation et l’ « International Commission for the Protection of the Danube River (ICPDR) » qui s’occupe des aspects environnementaux et de management de la ressource. Ces deux commissions chapeautent la mise en place de projets de coopération transfrontalière, chacune dans leur domaine. Tous les bassins n’ont pas de structure de la sorte, et cela représente un frein énorme dans de nombreux domaines tels que l’échange de données, la standardisation des analyses ou la communication entre acteurs. Nous nous attarderons principalement sur l’ICPDR, qui est la commission compétente pour notre domaine d’étude.

Le fait de posséder un tel cadre institutionnel permet aux pays riverains du Danube de lever d’importants financements d’organisations internationales (GEF, UNDP, Banque Mondiale...) ou de donneurs bilatéraux (Suède, Norvège, Canada, Commission Européenne ...). Cet apport financier a été un tremplin à la coopération autour de l’eau dans la région puisqu’il a permis à de nombreux pays de participer aux réunions annuelles et d’experts de l’ICPDR alors que ceux-ci n’en avaient pas les moyens. Pour le projet DRP que nous avons étudié par exemple, le GEF a financé les déplacements des participants serbes, afin que ceux-ci puissent assister aux conférences et meetings. Les pays du Danube ont véritablement compris que la coopération ne pouvait être que bénéfique et qu’ils avaient un enjeu commun à partager leur ressource.

Ce que nous avons pu observer sur le Danube...

Le projet que nous avons sélectionné est appelé Danube Regional Project (DRP). Ce projet quinquennal (2002-2007) avait pour principal objectif de réduire la pollution par les nutriments dans le fleuve ainsi que de renforcer les capacités de l’ICPDR. Il a été une grande réussite, puisque le niveau de nutriments a diminué et nombre de bonnes pratiques ont été mises en place. Il faut surtout noter que les 18 pays composant le bassin y ont participé, et mener un projet d’une telle ampleur n’aurait peut-être pas été possible dans un autre domaine que celui de l’environnement, où les acteurs concernés sont généralement d’accord sur un enjeu commun.

Au niveau des populations, peu de gens se sentent malheureusement concernés par la propreté ou le partage des eaux. Il est vrai que lorsque les parisiens se baladent sur les bords de Seine, peu d’entre eux se demandent si les eaux usées qu’ils ont rejetées le matin même sont en train de défiler sous leurs yeux. Et pourtant... Le long du Danube, peu de pays sont aux normes européennes concernant le rejet des eaux usées urbaines et industrielles. Ainsi, à Budapest (voir vidéo), nous pouvons observer le long des rives des énormes bouches d’égouts se jetant directement dans le fleuve. Tandis qu’à quelques centaines de kilomètres en contrebas, nous retrouverons des plages où les gens se baignent (cf. Sous les ponts de Novi Sad…). Comment le savoir, puisque ce qui se passe en amont est en dehors de leurs frontières ? C’est là tout l’intérêt de mettre en place des actions communes, tant au niveau Ministériel qu’au niveau des populations. Depuis 5 ans, l’ICPDR a ainsi créé le « Danube Day » tous les ans, le 29 juin, des concerts, activités éducatives et expositions ont lieu dans tous les pays du Danube, afin que les populations célèbrent ensemble leur ressource commune.

Il faut dire qu’avant d’en arriver là, les habitants du bassin du Danube en ont vu de belles : scissions (Tchécoslovaquie), guerre (Yougoslavie), régime totalitaire (Ceausescu en Roumanie)… En France, notre génération a tendance à oublier la chance que nous avons de n’avoir pas connu la guerre. Ces personnes que nous avons rencontrées, qui avaient à peine 20 ans comme Branislav et Ivana en Serbie, ont dû se cacher pour éviter les bombardements qui visaient à détruire les ponts ou les usines de traitement des eaux de leurs villes. Car, comme c’est souvent le cas, les populations subissent les conséquences des dégradations mais ne perçoivent pas nécessairement les bénéfices des projets mis en place. Nombre de projets de coopération transfrontalière, de par leur nature politique, n’arrivent pas à toucher les populations directement. Lorsque l’on part du niveau supranational, et que l’on descend l’échelle géographique, il faut une myriade d’intermédiaires avant de toucher les individus. Et plus ces intermédiaires sont nombreux, plus il est difficile de les gérer et de mesurer l’impact de leur action. Au niveau du Danube par exemple, la majorité des documents n’est pas traduite en langue locale. Or, très peu de managers de l’eau, et encore moins d’agriculteurs parlent l’anglais. Ils ne profitent donc pas des conclusions des rapports qu’ils ont pourtant participé à rédiger.


Déchets flottant sur le Danube à Belgrade - Serbie
© Entre Deux Eaux
Malgré ces quelques critiques, cette descente du Danube est une belle leçon de coopération, et nous espérons que vous l’aurez appréciée autant que nous. N’hésitez-pas à nous faire parvenir vos commentaires par email ou via notre site internet. Notre prochaine étape, du Tigre et de l’Euphrate, sera moins facile, car nous commençons à ressentir la barrière de la langue, et les enjeux de l’eau au Moyen-Orient sont autrement plus pimentés et conflictuels. Lors de notre prochaine newsletter (mi-février), nous verrons comment la Syrie, pourtant en aval, a réussi à négocier un accord bilatéral avec sa voisine turque. Nous nous rendrons dans la région du GAP (Grand Projet Anatolien de développement de 22 barrages et 19 usines hydroélectriques) afin de constater de nos propres yeux les résultats de cette immense entreprise...

En savoir plus

Notes

Petit Historique de la coopération sur le Danube :
1815 : Traité de Vienne pour la liberté de transport sur le Danube et le Rhin,
1856 : Traité de Paris qui met fin à la Guerre de Crimée et établit la 1ère commission du Danube qui ne gère cependant la navigation que sur la partie inférieure du fleuve,
1948 : Convention de Belgrade qui institue la Commission du Danube,
1954 : Entrée en vigueur de la Commission du Danube,
1994 : Convention de Sofia, établissant l’ICPDR et la “Danube River Protection Convention (DRPC)”,
1998 : Entrée en vigueur de l’ICPDR,
2000 : Water Framework Directive européenne

Auteur

Emeline et Benjamin, Entre Deux Eaux

Actualités connexes

26/02/2009 Voyage "Entre Deux Eaux" : le Tigre & l’Euphrate, berceau des civilisations
11/11/2008 Inondations en France : le début de la grande vague et d’un voyage Entre Deux Eaux…

2 commentaires sur cette actualité

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !
commentaire Matthieu;Montréal/canada - 12/01/2009, 01:33
Le Danube,fleuve de l'Europe ? Je le constate effectivement que le danube devient le fleuve de l'Europe avec tous les enjeux de l'heure sur la gestion des eaux.
J'ai déjà personnellement visité le fleuve Danube à Budapest en septembre 2006,c'est effectivement un fleuve de tous les enjeux pour l'europe.
Ce qui est important pour le moment,comme vous le savez ,tous les pays (environ 18) qui partagent ce fleuve ne font pas parti de l'UE.Hors l'UE essaye de gerer les eaux du danube par la mise en place de commision et autres,sachant que tous les pays ne font pas parti de l'UE,l'implication de ces derniers s'avère importante et obligatoire. L'exemple que vous avez donné dans le texte sur les degouts à Budapest c'est une façon de comprendre que ces gens ou la population de Budapest n'est pas associée à la gestion de cette denrée qui deviendra rare: l'eau du danube.

Il est important et urgent que les dirigeants de l'UE comprennent qu'ils doivent impliquer ces autres pays,soit en les inserant dans l'UE soit en les associant à tous les travaux ou projet en rapport avec ce fleuve magnifique pour une gestion durable des eaux du danube;Sinon il y aura toujours quelque part ,les principes de gestion des eaux ne seront pas respectés.
Vu l'importance de ce fleuve,l'europe a tout interet à s'impliquer dans sa gestion pour proteger ces eaux de toute pollution.
Aux pays qui partagent ce merveilleux fleuve,je vais juste dire que ce fleuve est un don du Créateur et ce don doit etre bien gerer pour vous et les générations futures. C'est pourquoi,sa gestion s'avère très importante et urgente. Associez vous à tous les projets tendant à proteger cette denrée contre toute pollution.Impliquez vous dans le travail que l'UE est entrain deja de faire meme si vous n'etes pas encore dans l'UE.Il va de vos interets communs car le danube n'est pas une propreté privée,c'est un don commun pour l'Europe et (le monde entier).
commentaire theolevertige@yahoo.fr : Plessix Balisson 22650 - 13/01/2009, 14:51
Bonjour,

Le Danube est l'objet d'une conventon fluviale environnementale qui comme pour d'autres fleuves prend en compte l'environnement marin, il faut avoir en tête plusieurs choses pour comprendre les enjeux géo juridiques, géopolitiques et humains des coopérations liées à la gestion des eaux :
- d'une part dans sa communication du 31 10 2003, sur la coopération environnementale dans la région Danube mer Noire, la Commission a jeté les fondations d'une hydropolitique solidariste dans une zone hautement conflictuelle, en étendant alors les principes de la directive 2000/60 instituant une politique communautaire de l'eau aux principes directeurs de la coopérations dans cette zone intégrant les dimensions terre-mer. A cet égard, à l'époque noter que la CE n'était pas élargie à la Bulgarie et à la Roumanie, et que la mer Noire était l"objet d'une covention d eprotection limitée que la CE avait pour but de densifier.

- d'autre part et ce faisant, la CE préparait l'articulation de son droit propre avec le droit régional de protection del'environnement marin tel que mis en place pour chaque mer bordant l'UE, la CE étant organisation régionale compétente pour les questions de son ressort vis à vis de ses Etats membres ;

- ainsi la coopération environnementale dans la région Danube mer Noire préfigurait-elle la DIRECTIVE 2008/56/CE DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 17 juin 2008
établissant un cadre d’action communautaire dans le domaine de la politique pour le milieu marin
(directive-cadre «stratégie pour le milieu marin») qui est le pilier environnemental de la nouvelle stratégie maritime globale de l'UE, assurant un pilotage écosystémique de l'activité humaine dans des proportions juridiquement plus puissantes et opérationnellement potentiellement plus efficace que le seul droit climatique en appui sur le seul protocole de kYOTO qui comme l'OMC, patine / la convention des nations unies sur le droit de la mer permet de motiver une exception environnementale - et une régulation environnementale de la compétitivité des modèles de développement - avec un contrôle de gestion fin et opérationnel de toutes les sources de pollution - et flux financiers associés - bonne gestio notamment de l'emploi des fonds publics.

- ce détour explicatif pour revenir sur l'enjeu de cette coopération dans des zones hautement conflictuelles replacé dans la perspective des deux projets européens concurrents aux mêmes buts dans des enceintes différentes que sont le conseil de l'Europe et l'Union Européenne.

- à partir de la mer adriatique, sans doute serait-il heureux de tirer l'expérience de la coopération Danube mer Noire, d'en dégager les limites et succès, de l'améliorer, puis de chercher les voies de transposition de cette expérience pour assurer d'une part un transfert de l'acquis communautaire, en appui sur la directive stratégie marine pour les nouveaux Etats de l'UE, les Etats candidats et les Etas ayant vocation à être candidat dans une zone de très haute conflictualité dont la gestion par les hydrosystèmes et à partir des hydrosystèmes marins peut fonder des approches de low policy solidarise, reconstituant le tissu humain et relationnel sur des bases constructives, solidaristes et positives.

Les approches adriatiques et Danubienne sont hydrologiquement et géopolitiquement complémentaires.

A cet égard, voir troisième partie, thèse Olivier Chantrel, une fonction de l'intégration communautaire, le contrôle maritime, 2001, université de Rennes 1, IODE CEDRE CNRS quatrième de couverture et conclusions sur le site affaire maritime, constulations post livre vert.
Si vous êtes membre du site, pensez à vous identifier avant de poster votre commentaire
Votre nom et lieu de résidence :



Pour éviter les abus des robots spammeurs, merci de répondre à cette question pour enregistrer votre commentaire :

Notre planète s'appelle la
Votre commentaire :
Tout commentaire qui est injurieux, incompréhensible (style SMS), non constructif, promeut des produits ou services, sera immédiatement supprimé.

Page mise à jour le 13/01/2009, 14:51   14 connecté(e)s Mentions légales | © 2001-2009 notre-planete.info - tous droits réservés | Publicité | Contact