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Un « super effet de serre » qui perdure après l'absolue glaciation « boule de neige »

3526 lectures / 5 commentaires08/01/2009, 14:34
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Un « super effet de serre » qui perdure après l\'absolue glaciation « boule de neige »
Températures de surface obtenues avec 400 fois la pression atmosphérique
actuelle de CO2 (valeur maximale ayant pu être simulée). Les continents sont
extrêmement chauds, en réponse au fort effet de serre.

crédit : LSCE / IPSL
Une équipe de chercheurs français (Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE/IPSL) et Laboratoire des mécanismes et transferts en géologie (LMTG/OMP)), américains (Department of geophysical sciences, University of Chicago) et australiens (School of earth and environmental sciences, University of Adelaide) ont modélisé le climat de "super effet de serre" qu'a dû connaître notre planète après sa période d'intense glaciation dite "boule de neige". Contre toute attente, ce climat extrêmement chaud a dû être suffisamment sec pour que l'altération continentale, et donc la consommation du CO2 atmosphérique, en soit fortement limitée. Le retour à des conditions préglaciaires n'a donc pas pu se faire avant plusieurs millions d'années.

Il y a environ 700 Ma au cours du néo-Protérozoïque, la Terre aurait connu un refroidissement extrême et unique dans son histoire, au cours duquel elle aurait été entièrement recouverte de glace. Cette hypothèse, dite de la Terre "boule de neige" ou Snowball Earth, pourrait s'expliquer par la dislocation du super continent Rodania qui regroupait alors toutes les surfaces continentales de la planète et s'étendait des latitudes 60° nord à 60° sud.

Comment cette Terre entièrement blanche a-t-elle perdue sa couverture neigeuse ?

Un scénario simple pourrait être que l'accumulation dans l'atmosphère, pendant des millions d'années, du CO2 issu du volcanisme a permis la genèse d'un méga effet de serre (avec une pression en CO2 dans l'atmosphère plus de 600 fois la pression actuelle) capable de surpasser l'effet refroidissant du fort albédo des glaces et de la neige. La fonte de la glace aurait alors conduit à une forte diminution de l'albédo planétaire, donc à une accélération du réchauffement et in fine à une déglaciation extrême et une montée rapide des eaux, le CO2 demeurant dans l'atmosphère.
Cette situation singulière a amené les climatologues à considérer cette époque post-glaciaire comme une période dite de "super effet de serre" ou hothouse(1), caractérisée par :
- un cycle hydrologique intense ;
- des températures tropicales généralisées ;
- une très forte altération continentale(2), amplifiée par les pluies acides (pH ~ 4) engendrées par la forte concentration atmosphérique en CO2.
Cependant, le climat au lendemain d'une telle glaciation globale n'avait jamais été jusqu'à présent rigoureusement modélisé.

Quels sont aujourd'hui les vestiges de la fin de cette période "boule de neige" ?

Les uniques témoins de cette période post-glaciaire sont les bancs de carbonates(2) riches en magnésium qui recouvrent aujourd'hui les dépôts glaciaires du néo-Protérozoïque, formant des couches dont l'épaisseur varie entre 2 et 38 mètres. Ce sont leurs caractéristiques sédimentaires et leurs anomalies géochimiques qui permettent en effet de considérer ces carbonates comme l'expression de l'altération intense des continents qui a dû accompagner le dégel massif de la "boule de neige".
La compréhension de ces déglaciations extrêmes passe donc par la compréhension de la formation de ces dépôts inhabituels de carbonates.

Pour explorer l'évolution climatique de la Terre au cours de la période de super effet de serre qui a suivi la période "boule de neige" et la formation associée de couches épaisses de carbonates, les chercheurs ont utilisé un modèle de circulation générale de l'atmosphère, identique à ceux utilisés pour la prédiction du climat futur, couplé à un modèle d'altération chimique des surfaces continentales. Ils ont ainsi pu estimer les flux de l'altération continentale post-glaciaire, un travail qui a nécessité la reconstruction de la température et du ruissellement, principaux facteurs de contrôle de cette altération.

Le principal résultat de cette étude a été de démontrer que, dans la configuration continentale de l'époque, ce climat extrêmement chaud était relativement sec, suffisamment pour que l'altération continentale sature(3) beaucoup plus rapidement que prévu. Les chercheurs ont ainsi estimé que, pour une pression atmosphérique de CO2 égale à 400 fois la pression actuelle, le ruissellement ne pouvait dépasser 1,5 fois celui observé aujourd'hui et par conséquent que le flux de l'altération continentale ne pouvait atteindre au mieux que 10 fois sa valeur actuelle.

Les implications de ce résultat sont doubles. D'une part, la limitation de l'altération continentale, qui rappelons-le consomme du CO2 atmosphérique(2), implique que plusieurs millions d'années seront nécessaires pour que le carbone stocké dans l'atmosphère revienne à son niveau d'équilibre préglaciaire, et non pas quelques milliers d'années comme cela était supposé. Ainsi, les climats extrêmement chauds qui suivent des climats extrêmement froids ayant perduré des millions d'années semblent devoir durer également plusieurs millions d'années. D'autre part, en utilisant les hypothèses les plus favorables, le flux calculé de cations de magnésium provenant de l'altération continentale indique que plusieurs centaines de milliers d'années seront nécessaires pour obtenir les épaisseurs actuelles des bancs de carbonates magnésiens. Si le dépôt des carbonates cesse dès que le niveau de la mer s'arrête de monter, comme le pensent les spécialistes des sédiments, cela signifie que l'élévation du niveau marin (soit la phase de fonte) a duré beaucoup plus longtemps que supposé jusqu'alors sur la base des glaciations Quaternaires (environ 10 000 ans). Sinon, c'est que ces cations viennent d'ailleurs...

En savoir plus

Notes

Ce travail a été financé par le programme Eclipse de l'INSU et par le projet AccroEarth financé par l'ANR.

(1) Comme les termes "icehouse" et "greenhouse", qui qualifient de très longues périodes glaciaires et interglaciaires respectivement, ce terme se réfère à un climat ayant perduré sur une longue échelle de temps.
(2) Les silicates (granites, basaltes...) et carbonates (sédiments anciens) continentaux sont dissous par l'eau, selon un processus chimique qui consomme du CO2 atmosphérique, et ce d'autant plus qu'il fait chaud et humide et que l'eau est acide. Lessivés par le ruissellement, les produits de l'altération chimique atteignent la mer dans laquelle ils précipitent, donnant des carbonates qui se déposent en banc sur les dépôts glaciaires piégeant ainsi une partie du carbone atmosphérique. Au cours de ces processus, seuls les silicates sont globalement consommateurs de CO2 atmosphérique.
(3) Cette saturation est due au fait que le ruissellement (différence entre les précipitations atmosphériques et l'évaporation), qui favorise l'altération continentale, n'augmente pas de manière proportionnelle mais de manière asymptotique avec la température (plus la température est élevée, moins le ruissellement augmente avec la température). En effet, la quantité d'énergie solaire reçue par la Terre étant limitée et indépendante de la teneur en CO2 de l'atmosphère et l'énergie perdue par évaporation ne pouvant excéder l'énergie incidente solaire, l'intensité du cycle hydrologique (et donc celle du ruissellement) est intrinsèquement limitée : elle atteint son maximum lorsque la quasi-totalité de l'énergie incidente est perdue via l'évaporation.

Référence

G. Le Hir, Y. Donnadieu, Y. Goddéris, R. T. Pierrehumbert, G. P. Halverson, M. Macouin, A. Nédélec, G. Ramstein, The snowball Earth aftermath: Exploring the limits of continental weathering processes, Earth and Planetary Science Letters, sous presse

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09/04/2004 Il y a 750 millions d'années, la Terre recouverte de glace ?

Auteur

Institut national des sciences de l'univers

5 commentaires sur cette actualité

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commentaire Emmanuel Hussenet, Paris - 08/01/2009, 17:49
J'avoue ne pas avoir tout bien compris...
Ce qui nous touche actuellement, c'est notre effet de serre à nous avec le réchauffement qui en découle et, plus prosaïquement, la température qu'il va faire demain avec le verglas annoncé par Météo France...
Fait froid, vous ne trouvez pas ? En vérité, pas tant que cela. Avis au climatologue qui voudra apporter des précisions à mon humeur sur http://blog-de-glace.org/
commentaire Karibaye Paschy SENEGAL - 08/01/2009, 22:03
Je ne comprends pas bien où vous voulez en venir avec cet article. doit on s'attendre au pire avec cette derèglement du climat dû à l'effet de serre?
En fait, j'aimerai plus savoir sur les climats du future, les altération^possible. Gracias.
commentaire gilbert - 09/01/2009, 16:52
S'il y a eu pendant des millions d'années des grandes périodes glaciaires et ensuite des fortes chaleur dù à une concentration élevée de CO2, comment les animaux ont ils pu survivre à une atmosphère pauvre en oxygène et les végétaux aux pluies acides ?
Ce genre de conditions fait en général disparaître difinitivement toutes les formes de vies.
commentaire Pierre Région Parisienne - 09/01/2009, 21:54
En réponse à gilbert qui fait une remarque tout à fait justifiée :
effectivement, si la vie a survécu à des conditions aussi dures, c'est :
- soit que contrairement à ce que certains annoncent, la vie sur Terre est beaucoup plus solide que ce qu'on veut nous faire accroire.
- soit que les évènements relatés ne se sont peut-être pas exactement passés comme ils sont décrits, parce qu'après tout, les déductions sherlockhosmesques tirées de l'examen de couches carbonatés sont certainement intéressantes mais peut-être tout à fait erronées.
Il faut ajouter que l'existence elle-même de la période "boule de glace" est contestée. Il apparaît surtout que les continents de l'époque étaient (manque de chance) concentrés sur les pôles, si bien que les archives climatiques accessibles sont plutôt froides...
On est à l'époque du précambrien, avec des teneurs en oxygène bien plus faibles qu'aujourd'hui. Comme il est à peu près établi que c'est la végétation qui a amené la concentration actuelle en oxygène, l'occurrence d'évènements aussi mortifères que la "boule de glace" ou le "super effet de serre" doivent être prises avec précaution.

commentaire M Paris - 10/01/2009, 10:20
Commentaires sur les commentaires :

L'article est très intéressant, il ne faut pas nécessairement en faire un projection pour l'évolution actuell, si ce n'est que c'est finalement plutôt rassurant : l'hypothèse "vénusienne" d'emballement total de l'effet de serre ne parait pas se produire même avec 400 ou 600 fois le taux de CO2 actuel.

Concernant le maintien d'espèces vivantes,
- il faut rappeler que justement, ce n'est qu'après cette période les formes de vie se sont multipliées (explosion du cambrien plus de 100 millions d'années plus tard). Pas d'animaux ni de végétaux terrestres à l'époque, ils sont apparus bien après. On trouve peu d'organismes multicellulaires, tous marins : quelques algues, des éponges, des méduses... Les premiers arthopodes marins (trilobites) apparaissent après, avec l'explosion du Cambrien vers - 580 millions d'année
- la reconstruction des températures de surface du graphique posté dans l'article montrent des température de mer au pôle inférieures à 30°C, tout à fait compatible avec le maintien d'une vie marine,
- le graphe produit montrent que les continents n'auraient pas été situés en zone polaire, mais plutôt concentrés dans les zones tropicales et proches des tropiques (de 40 nord à 40 sud, avec une île située vers 60 sud) vers - 700 millions. En effet Rodinia, avant sa dislocation, était plutôt centrée autour de l'équateur, pas de terres aux pôles, ce n'est qu'après la dislocation que des continents ont dérivés vers les pôles mais il y a toujours eu des terres dans les zones tropicales, même au plus fort de la grande glaciation.
- l'hypothèse "snow ball earth" a été émise justement parce qu'on trouve des traces de sédimentation glaciaire sur les roches de continents qui à l'époque étaient situés près de l'équateur, notamment l'Australie, l'Antarctique...

Mais il est vrai que "snow ball earth" puis "hothouse" sont des hypothèses, qui tiennent la route (la glaciation massive de Varanger, beaucoup plus importante que toutes les glaciations récentes du quaternaire, c'est une certitude. C'est juste son caractère absolument global et intégral jusqu'à l'équateur qui reste discuté).

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