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Quand l’agriculture sur brûlis contribue à la lutte contre l'effet de serre

2609 lectures / 9 commentaires03/12/2008, 12:24
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Quand l’agriculture sur brûlis contribue à la lutte contre l'effet de serre
Paysage laotien typique de l’agriculture itinérante sur brûlis
crédit : © IRD / Bernard Moizo
Entre 200 et 500 millions de paysans pratiquent l’agriculture itinérante sur brûlis à travers le monde. Le plus souvent établi au sein des forêts tropicales, ce mode d’agriculture est aujourd’hui vivement critiqué par la communauté internationale. Depuis le Sommet de la terre de Rio, en 1992, l’Organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que ce modèle agraire participe à la déforestation et au réchauffement climatique global en facilitant la fuite de carbone dans l’atmosphère. Une étude menée par une équipe de l’IRD et ses partenaires laotiens de l’Institut de recherche national sur l’agriculture et la forêt (NAFRI), dans une région vallonnée du Nord Laos, démontre au contraire que l’agriculture itinérante sur brûlis favoriserait le stockage du carbone organique. L’analyse des premiers centimètres de la couche fertile d’un versant de 2 hectares prouve en effet que le carbone organique s’accumule en quantité importante dans la partie la plus escarpée de la parcelle agricole. Ces résultats, sur le point d’être confirmés pour l’ensemble du Laos, montrent que le maintien de l’agriculture itinérante sur brûlis peut jouer un rôle clé dans la limitation de l’effet de serre lié aux activités humaines.

L’agriculture itinérante sur brûlis, également appelée essartage, englobe tout système agraire dans lequel les champs sont défrichés par le feu avant d’être cultivés d’une manière discontinue. Cette méthode implique des périodes de jachère plus longues que la durée de mise en culture qui dépasse rarement 3 années. Actuellement, on estime entre 200 et 500 millions le nombre de personnes qui pratiquent ce type d’agriculture à travers le monde.
Parce qu’elle s’établit essentiellement en zone forestière, l’agriculture sur brûlis est accusée de participer activement à la déforestation. Du fait de l’embrasement régulier des parcelles, on pense également qu’elle joue un rôle non négligeable dans l’augmentation de l’effet de serre lié aux activités humaines. Depuis le sommet de la Terre organisé à Rio de Janeiro en 1992, la FAO préconise d’ailleurs de remplacer cette pratique par des cultures en continu jugées moins nocives pour l’environnement. Une étude menée dans le nord du Laos, par une équipe regroupant des chercheurs de l’IRD et du NAFRI, sur une parcelle de riz pluvial cultivée selon les préceptes de l’essartage réhabilite cette pratique agricole. Contrairement à ce que laissaient supposer des travaux antérieurs, l’agriculture itinérante sur brûlis pratiquée sur les versants des forêts tropicales favoriserait le stockage du carbone par les sols. Pour aboutir à cette conclusion, les chercheurs ont réalisé 581 sondages pédologiques à partir desquels ils ont pu mesurer la quantité de matière organique présente dans les quarante premiers centimètres du sol. Sur ce terrain très en pente, caractéristique de la plupart des agricultures sur brûlis, la mesure des stocks de carbone organique a permis de déterminer avec une grande précision les secteurs les plus propices à son accumulation. D’après leurs analyses, il s’agit du secteur où le dénivelé est le plus important. Sous les tropiques, les versants agiraient ainsi comme des convoyeurs de matière organique. Lors des périodes de mise en jachère, les graminées et les espèces arbustives qui réinvestissent peu à peu le milieu captent le carbone de l’atmosphère puis le stockent dans le sol sous sa forme organique. Lors des mises en culture, ce carbone tout comme les charbons issus de l’embrasement des résidus végétaux, sont lessivés en abondance par les eaux de ruissellement puis transportés vers la partie inférieure des versants. Si cette matière organique ne termine pas sa course dans le fond des vallées mais dans la zone la plus escarpée des versants, située en surplomb, c’est très probablement parce que les eaux de pluie, qui jouent le rôle de convoyeur de matière organique s’infiltrent massivement à cet endroit.

Un autre facteur déterminant dans la capacité de stockage du carbone organique semble résider dans la technique d’essartage utilisée.
Lorsque les paysans mettent le feu à la forêt secondaire qui s’est développée sur la parcelle après plusieurs années de mise en jachère, ils n’arrachent pas les souches des arbres. Leurs racines qui servent à limiter le phénomène d’érosion permettraient ainsi de retenir la matière organique du sol. Des travaux similaires mettant à contribution la technique d’investigation testée sur le versant du Nord Laos sont en passe de confirmer cette tendance à l’échelon national. L’étude de 3000 sondages effectués dans l’ensemble du pays permet en effet d’établir une corrélation entre le dénivelé des terrains agricoles et la capacité du sol à pouvoir stocker du carbone organique. Au Laos, 70 % des terres cultivées sont localisées sur des versants de fort dénivelé. Par ailleurs, la pratique de l’essartage représente 30 % de la superficie totale du territoire, soit environ 70 000 km2. Or, si ces cultures itinérantes devaient être remplacées par une agriculture continue, comme le préconise la FAO, la capacité des sols à emmagasiner le carbone organique diminuerait sensiblement.
Transposé à l’échelle du pays, cela correspondrait à une perte nette de 26 millions de tonnes de carbone s’échappant dans l’atmosphère ou dans les cours d’eau par le phénomène d’érosion des sols. Cette perte peut sembler dérisoire au regard des 1,5 milliards de tonnes de carbone organique stockées dans les terres de la planète. Mais lorsqu’on extrapole la conversion vers une agriculture continue à l’ensemble des parcelles itinérantes sur brûlis, on aboutit à une hausse de 60 à 140% des émissions mondiales de carbone atmosphérique. Un scénario catastrophe, certes peu probable, mais qui constitue un argument de poids en faveur du maintien de l’agriculture sur brûlis comme moyen de compensation des émissions globales de gaz à effet de serre attribuables aux activités humaines.

En savoir plus

Rédacteur

DIC - Grégory Fléchet

Référence

Chaplot V., Podwojewski P., Phachomphon K., Valentin C., Spatial variability and controlling factors of soil organic carbon under steep slopes of the tropics, Soil Science Society of America Journal, 2008, sous presse

Liens

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Auteur

Institut de Recherche pour le Développement

9 commentaires sur cette actualité !

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commentaire Guillaume Chantry - Hue / Viet Nam - 31/12/2008, 02:47
Jeremy écrit "La déforestation est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre mondiales liées à la combustion des forêts. Une large part de la déforestation est la conséquence directe des pratiques de culture sur brûlis."
Seul problème : cette affirmation est largement erronée (et par exemple dans le cas du Laos, démontrée). La déforestation est d'abord le fait des industries du bois, puis des cultures industrielles (huile de palme en Indonésie, soja au Brésil...) et non de l'essartage / culture traditionnelle sur brulis - d'ailleurs sur foret secondaire principalement...
Si "Action Carbone" relaye les exposés intentionnés des Industriels du bois, j'ai peur que je verrais disparaitre ma province d'adoption (Hue au Viet Nam) à cause de l'élevation du niveau de la mer...
http://www.dwf.org

commentaire Jean (Mâcon) - 09/12/2008, 21:17
Que cet article dise vrai ou pas, là n'est pas la question... Dans la mesure ou cette solution pour lutter contre le réchauffement climatique (= ne pas chercher à éradiquer une pratique archaique et dévastatrice: cf Madagascar) a pour condition la poursuite de la déforestation, alors c'est une solution à bannir IMPERATIVEMENT ! Il y en a certainement de meilleurs... Cherchez encore amis chercheur ! Et soyez inventifs !
commentaire Alain B. (Cluny) - 07/12/2008, 11:38
Surpris moi aussi....On peut sans doute trouver une justification à tout...S'il y a des scientifiques sincères pour démontrer que finalement, ce n'est pas si grave de brûler le peu de forêts qui restent, et qu'en plus celà pourrait permettre de ne pas aggraver voir de réduire le réchauffement global qui nous emm... surtout dans le nord (on a tellement à perdre, nous, avec cette histoire...) je crois qu'ils seraient mieux inspirés de mettre leur perspicacité au service d'une solution à nos excès industriels et consumméristes...
Je suis engagé par le biais de mon association dans la protection d'une parcelle de forêt primaire à Madagascar. Des villageois sont partie prenante de ce projet. Ils sont tout prêt à abandonner la culture sur brûlis en échange de techniques plus durables.
Ils ont compris ce qu'ils avaient à perdre en réglant leur compte aux derniers pieds de palissandre...Et moi je vais aller leur dire maintenant qu'il faut abandonner ? Que la cullture sur brûlis c'est bon pour nous ? Qu'on va pouvoir grace à eux faire rouler encore un peu nos bagnoles sans trop se serrer la ceinture ? Je caricature peut être vos propos, monsieur Fléchet, mais vraiment, réfléchissez plutôt à ce que nous devons faire, nous, les riches occidentaux.
commentaire Christophe Magdelaine - notre-planete.info - 07/12/2008, 10:00
@ Isabelle, Montréal : je partage entièrement votre point de vue, cependant, peu encore en sont convaincus...
commentaire Isabelle, Montréal - 06/12/2008, 14:49
Choquant comme article! Au delà de cette histoire de culture sur brûlis, les violeurs et abuseur de cette planète ne sont pas toujours conscients que la solution réside dans la réduction à la source. Faut-il toujours tout gâcher pour ensuite réparer les dégâts avec des techniques douteuses? Cette question est sérieuse.

Ce n'est surement pas le Laos qui cause le plus de problèmes sur cette planète, ni les cultures sur brûlis. Ils ont une part de dommages certes, mais nous savons tous que les consommateurs excessifs que la société Nord Américaine et l'Europe abritent sont la réelle menace de fond et ce, non seulement sur notre territoire! Les bras des pays riches de ce monde sont bien longs. J'ai eu l'occasion de voir l'impact des exploitations minières canadienne en Argentine. C'est honteux. Nous pouvons aussi parler des ces coupes de forêts amazonniennes par des compagnies étasuniennes sans scrupule. Cela s'opère bien entendu, sous le joug d'un gouvernement corrompu qui se fait acheter.

Pour régler un problème, il doit être couper à sa source. Et moi..... petite personne parmis tant d'autre, j'ai réduit de beaucoup mes achats futiles et ma consommation énergétique. Vous aussi non? Nos enfants auront besoin d'eau propre et d'air pur.... Les actions gouvernementales manquent et la terre étouffe.
commentaire Alain GRILLOT 70220 FOUGEROLLES - 04/12/2008, 18:40
je comprends les réactions négatives à cette publication de l'agriculture sur brûlis et son rôle contre l'effet de serre , mais je les trouve largement excessives.
Pourtant celui qui a bien observé le milieu après le passage de l'incendie comme on le voit en Afrrique constate qu'il subsiste des matière ligneuses en quantité majeures. Il n'y a pas qu'un rôle de charbonnisation qui fixe les éléments minéraux, il y a ensuite une humification sur les matières restantes. Allez voir les parcelles , constatez pendant combien de temps la terre produit ensuite , quelles rotations sont associées à ces pratiques et enfin quand l'agriculteur décide de rendre la parcelle à la nature.Bien sur l'effet sera diffèrent suivant la sensibilité du milieu à la désrtification;Dans le cas de pratique industrielle ou plus "moderne," je concède également que ce n'est pas bon. .Dans le br^lis s , ce sont les matières majoritairement associées aux protéines qui disparaissent d'abord. La matière organique de surface est effectivement minéralisée.Par contre je partage l'avis sur les travaux de Lehman sur le carbone plus ou moins lignifié comme terreau propice aux cultures.
Je ne connais pas la totalité de l'article publié ici.Il sera sans doute nécessaiire de reprendre ce travail au regard des pratiques et des conditions de milieu au sens large.
Pour en terminer je pense que le titre de l'article n'est SEULEMENT PAS pas judicieux. iI s'agit bien d'une contribution scientifique mais elle peut déranger ,car elle contient incontestablement une part de vérité.

Questions : dans les 20% d'émissions des gaz à effet de serre dus à la déforestation , quel pourcentage provient de la pratique du brûlis.?

Ensuite les cultures qui suivent le brûlis sont -elles dans la logique d'une déforestation programmée.?

commentaire DAOUD Alger - 03/12/2008, 17:05
bonjour!
depuis un certain temps l'on accuse la foret de tous les mots dans l'aggravation des émissions du co2
en fait la forêt de manière générale peut constituer le moyen par lequel la lutte contre le réchauffement climatique est le plus significatif
pour ne retenir que deux éléments: la forêt a pour rôle premier, c'est la séquestration du co2 émis par les secteurs de l'industrie ou les transports et en second lieu, c'est l'oxigénétion de l'air que l'humanité respire
de grace la publication de certaines études qui dénaturent le role des forets devraient être bani des sites ou encore dénoncéées par les internautes !!
commentaire soro drissa à Abidjan(Côte d'ivoire) - 03/12/2008, 15:50
L'agriculture sur brûlis cause beaucoup plus de dégats dans nos pays en voie de développement. Ce type d'agriculturea détruit la plupart des massifs forestiers dans ces pays entraînant ainsi leur désertification.
commentaire Jeremy Debreu - Action Carbone - 03/12/2008, 14:23
Je suis "aterré" par le prisme positif qui semble guider votre article.

La déforestation est responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre mondiales liées à la combustion des forêts. Une large part de la déforestation est la conséquence directe des pratiques de culture sur brûlis.
Si on ne lutte pas contre ce phénomène, bientôt les forêts tropicales auront disparu : à Madagascar par exemple, on estime que la forêt primaire a diminué de 95% au cours du XXème siècle.

Plutôt que de faire l'apologie de l'agriculture sur brûlis, vous auriez dû insister (de manière objective) sur la capacité de stockage de carbone des sols.
Il existe une technologie d'enfouissement de charbon dans les sols, intitulée Terra Preta, qui permet de valoriser les déchets végétaux (qui sont sinon brûlés en plein air et très riches en CO2) via charbonisation par pyrolyse, puis enfouissement dans les sols. Effectivement le carbone dans les sols permet de fixer les minéraux et créer un "terreau" propice à la culture (Lehmann, 2007). La Terra Preta améliore considérablement la fertilité des sols et séquestre du carbone pour des centaines ou des milliers d'années (Glazer, 2007).

Pour en savoir plus : http://www.actioncarbone.org/projet.php?typ=ck&id=30

Mais pitié, pas par la déforestation...
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