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La Terre-patrie ou le droit d'ingérence écologique

3491 lectures / 6 commentaires24/11/2008, 11:34
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La Terre-patrie ou le droit d'ingérence écologique
crédit : NASA
La mondialisation n’est pas nécessairement une nouvelle bête immonde qu’il faut terrasser parce qu’elle menacerait nos frileuses coutumes territoriales et nos Roquefort de derrière les fagots. Prenons en gage de tenter de la décliner avec le mondialisme, de considérer qu’elle en découle sémantiquement et qu’elle devrait en être la mise en œuvre. Louons la mondialisation en restant vigilant et en domptant la bête néolibérale pour qu’elle ne soit pas seulement économiquement expansionniste, tel que nous l’enseigne dangereusement la genèse du terme. Son caractère est inéluctable et la mondialisation offre l’avantage de frapper de caducité l’État comme seule et unique nation. C’est fou comme c’est ringard d’être de quelque part quand on est Terrien !

La Terre-patrie : mondialisme, mondialisation et droit d’ingérence écologique

« Le pays est partout où l'on se trouve bien, La Terre est aux mortels une maison commune. »
Robert Garnier

« L'utopie, c'est de n'être pas mondialiste. »
Robert Mallet

« Aujourd'hui nous recevons trois éducations différentes ou contraires :
celles de nos pères, celles de nos maîtres, celle du monde.
Ce qu'on nous dit dans la dernière renverse toutes les idées des premières. »
Montesquieu

« L’humanité ou le genre humain ne vivra en paix que lorsqu’il ne formera qu’un seul corps, une Nation. »
Jean-Baptiste Cloots dit Anacharsis, baron de Cloots

« L’espèce humaine connaît une mutation dans son rapport avec elle-même et avec le monde. La mondialisation, la globalisation, progressent à pas de géant. »
Jean-Baptiste de Foucauld


Il est urgent de balayer devant sa planète, et plus devant sa porte…
La réalité tentaculaire du capitalisme, son pillage des ressources, son cortège de népotisme et de trafics généralisés, une oligarchie des pays démocratiques acoquinée pour des intérêts communs avec celles des dictatures les plus immondes, exigent une réponse dont la structure doit être une réplique mondiale, et non des pétards mouillés et des tirs de tromblons corses depuis un repli ethnique ou national. Être mondialiste, c’est être partisan d’une société mondiale dont les frontières ne sont plus des remparts. Jouons donc à teindre d’un généreux mondialisme la mondialisation strictement marchande qu’on nous impose.

Comme c’était le cas de l’écologisme avant qu’on ne fasse entorse à la syntaxe et qu’avec la bénédiction des écologues eux-mêmes on l’amalgame avec l’écologie, le mondialisme est annoncé d’extrême gauche dans la simple mesure où il apparaît comme anticapitaliste. C’est le plus généralement sur des mobiles très légitimes que les altermondialistes s’opposent au pire du capitalisme. Les précurseurs du mondialisme et les inspirateurs de l’altermondialisme datent d’ailleurs du XVIIIe siècle ! Même si la résistance à une mondialisation purement et durement d’ordre économique se voit de suite taxée d’esprit révolutionnaire par les béni-oui-oui, tous les hymnes internationalistes, ou mieux dit anationalistes, ne sont pas nécessairement marxistes ou anarchistes. Ne peut-on être un ami de la Terre, un citoyen du monde sans être vilipendé comme gauchiste ou anar ? Ne peut-on pas considérer que l’enfant qui meurt à 10 000 kilomètres mérite la même attention que celui qui meurt dans notre pays, dans notre ville ou dans notre famille, sans être vu comme subversif ? L’empathie aurait-elle un drapeau ?

Il est vrai que globalisation est un vocable expéditif susceptible d’irriter les individualismes exacerbés, en faisant accroire que tout un chacun va être dévoré tout cru et rendu anonyme dans une uniformisation sans âme. Tout au contraire, si l’on impose une mondialisation écologisée et à visage humain. Seule la pensée globale s’inscrit dans l’ordre du tout est lié, relevant du domaine essentiel des interdépendances.

Selon la vision unitaire, la mondialisation évoque la notion d’un hyper monde uni puisque universaliste, sans frontières, en appelle au village planétaire. Le monde est un village, formule inversée et impliquant qu’avant de tomber dans notre assiette, un fruit doit parcourir quelques milliers de kilomètres coûteux en énergie, n’en constitue pas la formule la plus heureuse. Il conviendrait plus exactement d’entendre que mon village est solidaire du monde, ce que l’on sait sans en tenir compte, nonobstant la leçon quotidienne d’une information matraquée. L’argument craignant qu’une méga structure politique, regroupant des démocraties et des monarchies, n’ait aucune raison d'être plus démocratique que monarchique, ne tient pas compte de la marche de l’histoire. La mondialisation a toutes les chances de démocratiser les pays à spectre féodal, dont les citoyens ne sont encore que des sujets.

Cette démarche supranationale étant actuellement celle de l’offensive impérialiste étasunienne, elle laisse aussi accroire que, par la loi de la domination politico-économique, il y aura, contre vents et marées, un Mac-Do sur la place de l’Église. S’il y en a un, c’est que des villageois sont accrocs au hamburger. La place de l’Église a d’ailleurs toujours été franchisée. Le gentil curé, le pittoresque boucher-charcutier, le respectable notaire et autres santons de notre folklore lénifiant ne sont-ils pas les agents infiltrés d’un système implicite de soumission et de cruauté ? Où est la solidarité écologique de ces derniers maillons du déni à la contraception ou de propagation de la vache folle ? Il est amusant de penser que le confectionneur de l’excellent pâté en croûte de Trifouillis-les-Oies (paroisse de Trifouillis-les-Ouailles), où se tient le concours du plus gros mangeur de saucisse, puisse traiter tel Nord-américain de porc ou de boucher ! Il serait superflu de revenir sur les implications génocidaires et sur l’ordre moral dont le clergé romain est responsable. Et il faut être plongé dans l’antalgie de l’esprit de clocher d’un Intervilles à la Guy Lux révisé Larzac, pour ne pas voir le boucher comme un sombre bourreau en instance de comparution au tribunal animal. Quant au notaire, dont le privilège inique fait qu’il se reproduit de père en fils, on en connaît les infinies malversations et on en cherche encore la version humanitaire de notaires sans frontières ! Combien de banques parasitaires ont-elles pignon sur rue entre l’église et l’officine pharmaceutique au service d’un profit éhonté sur la douleur ? Non, il n’y a rien finalement de bien équitable sur cette place de l’Église de nos villes et de nos villages. Mettons nos doux rêves nombrilistes au rencard et cessons de considérer que la malbouffe de l’autre est plus fatale que notre gastronomie raffinée. Relativisons et demandons à Bové d’aller aussi faucher chez les gaveurs d’oies et autres éleveurs en batterie.

Pire qu’économique, prête à tout, la mondialisation peut être militaire et invasive. Les extensions des empires romain, byzantin ou carolingien, l’extension musulmane, l’unification de la Chine, etc. furent, dans leurs contextes historiques, des étapes de mondialisation. Mais dans sa noble version, elle naît du mondialisme, cette idéologie prônant la solidarité des populations du globe, en quête de lois supranationales communes, dans le respect de la diversité des cultures et des peuples. Ce grand angle permet une meilleure approche scientifique des phénomènes sociaux et écologiques que celle partielle résultant d’un découpage en tranches planétaires. Une autorité fédérale mondiale d’obédience majoritaire serait chargée du destin des Terriens. La mondialisation désigne le procès anthropologique lui-même, soit l’établissement de cette interdépendance humaine, de ses activités et systèmes politiques et économiques à l’échelle globale. La globalisation est le terme qui en exprime l’entièreté du processus. Aujourd’hui et au bord du gouffre, l’humanité devrait être suffisamment mature pour œuvrer à une mondialisation pacifique et de bonne volonté. Le mal de l’exclusion, l’exploitation par la dette, l’origine des frustrations, le saccage des écosystèmes, les mutations climatiques, ne pourraient qu’y gagner si le projet s’aguerrit du modèle libéral qui prétend s’en emparer. C’est bien l’option civile de l’altermondialisme que de tenir un rôle majeur dans le processus d’élaboration.

La mondialisation doit permettre de repenser la contradiction dommageable entre le capital et l’espèce, entre le capital et le Vivant, qui sévit depuis l’origine du système. Avez-vous imaginé qu’avec la porte ouverte d’une mondialisation mondialiste nous allons nous arroger un droit à l’ingérence écologique ? À l’instar de l’ingérence humanitaire imposée par les French doctors, un droit d’ingérence environnemental s’impose, le biopatrimoine est à l’humanité, chaque atteinte répercute sur la communauté terrienne. Nous prendrons donc des mesures de rétorsions pour endiguer les exactions de telle ou telle nation à l’encontre de leur propre écosystème qui sera aussi le nôtre. Nous aurons des casques bleus écologiques pour veiller à une trêve de déforestation ou d’éradication des espèces. Le WWF et Greenpeace assument déjà ce rôle, et l’assument excellemment.

Voici, au sujet de nouvelles ingérences planétaires touchant au patrimoine de l’humanité, un texte du merveilleux Jean-Claude Petit, astrophysicien atypique et génial, mécanicien des fluides et physicien des plasmas, auteur d’une théorie cosmologiste remarquable : « Je me souviens de la première guerre du Golfe. La coalition onusienne avait libéré le Koweit. Les princes Koweitis avaient réintégré leurs palais pillés et s'étaient empressés de recontacter les décorateurs pour faire tout remettre en état, avant même de s'occuper de leur propre population. J'avais rencontré un jour un type qui avait travaillé pour des émirs. Il m'avait dit : Chez ces gens pour qui je travaillais, je mettais de la moquette haut de gamme dans de nombreuses pièces de leurs immenses palais Quand ils mangeaient un méchoui, ils en foutaient partout. Alors on ne nettoyait pas : on changeait la moquette après chaque festin ». J'avais eu une idée à cette époque. Je m'étais dit, pourquoi est-ce que l'ONU ne dirait pas : ce pétrole est une sorte de patrimoine de l'humanité. Faisons trois parts. Avec la première, les émirs pourront continuer à claquer leur fric à Monte-Carlo et à s'envoyer discrètement des call-girls. Avec la seconde, sous contrôle onusien, on aiderait les gens défavorisés dans les pays arabes. Avec la troisième on aiderait les gens défavorisés dans le reste du monde, on s'occuperait de nutrition, de santé, d'éducation. Mais l'idée n'aurait pas passé. Un truc pareil serait la porte ouverte à n'importe quoi. Pourquoi les hommes, tous les hommes de la Terre ne lorgneraient-ils alors pas sur l'ensemble des ressources pétrolières du monde ? Après le Koweit, pourquoi pas l'Arabie Saoudite, ou le Texas, ou la Caspienne ? ».

Envisat, le satellite pour l'environnement, est le plus gros objet jamais envoyé dans l'espace pour observer la Terre. À 800 kilomètres d'altitude, il traque les atteintes à la planète, depuis les dégazages en mer jusqu'aux émissions de gaz à effet de serre. Prévu lors de son lancement en 2002 pour fonctionner cinq ans, le satellite s'est avéré tellement fiable qu'il va continuer à arroser la Terre de ses informations pendant cinq ou sept ans encore (Source : Agence spatiale européenne). Les observations du satellite ont permis de dessiner une carte du monde révélant des évolutions notables, même en l'espace de cinq ans, ainsi qu’une lecture de l'impact des changements économiques sur l'environnement. On constate, par exemple, que si les émissions sont assez stables aux États-Unis et en Europe, elles sont en forte augmentation en Chine. Doté d'un spectromètre, Envisat évalue la présence dans l'atmosphère de méthane et de gaz carbonique, les deux principaux gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Toujours selon les observations de l’éco-satellite, le réchauffement est mis en évidence par la fonte des glaciers du Groenland, dont la vitesse a été multipliée par deux en dix ans, Il a aussi révélé une hausse de trois millimètres par an du niveau des mers, ainsi qu'un réchauffement des eaux du globe. Un radar altimètre embarqué à bord permet de mesurer la perte d'épaisseur de la glace polaire, même de nuit et même sous les nuages. Les centaines de techniciens de l'ESA qui récoltent les données à Frascati, près de Rome, peuvent aussi détecter les viols délibérés de l'environnement comme les dégazages de pétrole en mer. Le pétrole étant plus lourd que l'eau, le satellite peut en effet repérer une zone de moindre houle à la surface des mers provoquée par la présence d'hydrocarbures. Au large de l'archipel français des Kerguelen, au sud de l'océan Indien, les observations d'Envisat ont permis de réduire de 90 % la pêche illégale. Au-delà de 2012, Envisat sera remplacé progressivement par une armada de satellites plus petits, les Sentinel, chargés d'observations spécifiques.

Cette globalisation trop hâtivement vilipendée peut autoriser un meilleur éclairage et une rapide résolution de conflits locaux, par le soutien de mouvements populaires. Les mouvements indigènes, très confinés dans l’espace mais de plus en plus nombreux, doivent leur récent et relatif succès au fait que l’opinion mondiale prend à chaque fois à partie les entités transnationales (Banque Mondiale, OMC, FMI), le paradigme de ces courants étant celui des Chiapas et de la solidarité qu’il suscita dans le monde. Une mondialisation déjà efficiente aurait peut-être autorisé qu’on se préoccupe mieux de la misère qui touche l’Afrique, depuis l’Éthiopie jusqu’en Mauritanie, ou que l’on agisse sans plus attendre contre la persécution qui frappe le peuple Karen de Birmanie. À l’heure où j’écris ces lignes, on devrait pouvoir éteindre le Darfour.

L’actualité brûlante nous commande de repenser notre existence dans la notion trop longtemps ignorée de l’interdépendance. Notre cervelle doit s’épargner de ne réagir qu’à un raisonnement local de sa région, de son terroir, de ses racines, mais plus spontanément à l’envers (qui est l’endroit !), au niveau global de la planète, de Gaïa, cette Terre-mère puisque nourricière, de notre seule, unique et belle maison du Quaternaire, en descendant les échelons d’hémisphère en continent, de pays en région, puis en communauté. Il ne faut plus se dépenser prioritairement pour sa patrie ethnique, mais pour la planète des Terriens. Le chauvinisme patriotique inspira l’excès de nationalisme, l’ethnocentrisme agressif, avec la détestable volonté de s’inventer un ennemi territorial et de lui montrer sa supériorité. Un animal évolué est un animal qui ne se bat plus. Ce ne sont certes pas toujours des mouvements sans causes et la plupart des montées nationalistes sont nées d’un statut indûment refusé, comme celles des peuples sans États ou dont la gouvernance n’est pas souveraine, comme peuvent l’être les Basques, les Catalans, les Bretons, les Irlandais, les Québécois, les Portoricains, et toute une liste interminable de nations flouées. Il serait affligeant de nier le combat de ces peuples, mais ce que nous pouvons déplorer, c’est que nous ne nourrissions pas de similaires revendications pour ce que, peut-être le premier, Edgar Morin avait appelé la Terre-patrie.

Défendre la Terre mise en danger par les mauvais traitements qu’indiscutablement certains lobbies entendent lui infliger, souvent par la simple non observance du principe de précaution, vaut sans doute mieux que l’énorme et dangereuse dépense d’énergie au profit d’un drapeau aléatoire ou d’une équipe de ballon rond, ovale ou carré. C’est un peu comme si vous ménagiez tous vos efforts pour restaurer la chambre ou la salle de bains, tandis que votre maison, ses fondations, sa toiture, se cassent la figure !

Il aura fallu des siècles et une littérature pléthorique pour que nous comprenions que la Terre est un petit vaisseau perdu dans l'espace et qu’avant tout statut, nous avons celui de citoyen du monde. La cécité de la connaissance, l’erreur, l’illusion, sont magnifiquement exploités par la désinformation exercée non sans arrière-pensée par l’hégémonie du profit, avec sa logique de domination et d’exploitation sur fond d’humiliation et de mépris. L’importance accordée à une connaissance fragmentée, d’emblée découpée en disciplines, rend aveugle au lien qui unit les parties à la totalité.

Il y a peu de temps que la Terre est ronde ! Il a fallu cinq siècles pour que cette vérité peu évidente à percevoir mûrisse dans les cerveaux humains. Il faut maintenant accepter aussi que la Terre soit vivante, et ce, depuis quatre milliards et demi d’années, n’en déplaise aux créationnistes. C’est ce nouveau virage salutaire qu’il faut négocier, reconnaître que le contexte planétaire est sacré et qu’au nom de ce principe il faut rebrousser chemin. L’appât pour la possession matérielle, qui pouvait se justifier quand les biens de consommation étaient rares, devient une tare quand elle mène à la détérioration de la planète que nos enfants doivent continuer à habiter. L’effort est doublé d’une remise en cause magistrale de nos notions culturelles et religieuses, il comporte un certain reniement de certaines de nos habitudes tenaces, un retour en arrière avec un petit relent de néo-animisme, ressusciter notre rapport avec l’univers comme un tout, et la Nature comme partie prenante. Nos certitudes s’effondrent, nous devons donner pleinement raison aux sages civilisations que nous avons raillées, combattues, endoctrinées, souvent même décimées au nom de notre idéal tout aussi brutal qu’erroné. Les brutes n’ont jamais eu raison, jamais. Serons-nous capables de dépasser notre orgueil ?

Edgar Morin, l’auteur du livre sur ce thème de la Terre-patrie, considère que l’adoption d’une telle éthique conduirait l’homme vers sa cinquième renaissance. La théorie est pure inspiration des mythologies cosmogoniques prônant un cosmos qui englobe toutes choses. Notre première naissance et subtile séparation de nos cousins les grands singes, il y a quelques millions d'années, est définie par l'acquisition de la station verticale et par l'utilisation des outils. La seconde est due à l'émergence du langage et de la culture. La troisième naissance fut celle d’Homo sapiens et des sociétés archaïques. La quatrième se superpose à l'avènement de la sédentarisation par l'agriculture et l'élevage, de la fondation de cités et de l'État, de l’écrit et de l’histoire. Cette dernière phase montre ses limites, notamment par le jeu croisé de la démographie et du besoin insatiable de qualité de vie. Toujours selon Morin, la prochaine serait celle de la communauté planétaire. La planète est le bien commun de l'humanité. En prendre soin donne un sens à la vie.

« Si suivre le Chemin consiste à maintenir l'ordre spécifique du cosmos, on peut considérer que le comportement d'une société qui le suit est homéotélique. Lorsque, au contraire, il est hétérotélique, on peut alors estimer qu'elle suit le faux chemin, celui qui met en péril l'ordre du cosmos et provoque nécessairement les pires ruptures d'équilibre. » (Edward Goldsmith, Le Tao de l’écologie).

C’est sciemment que j’ai développé ici une approche candide et un peu scout d’une mondialisation du type bonne action, dans la concertation écologique et qui serait l’héritière du mondialisme. L’angle de vue est que nous ayons encore le temps de faire amende honorable, et que nous voulions vraiment nous engager au plus vite sur la voie d’un développement supportable. Les problèmes de la biosphère étant comme une épée de Damoclès qui menace de détruire l'humanité, la face des choses pourrait être radicalement opposée si nous devions bientôt nous chamailler pour nous accaparer les restes. L’attitude à prendre, pour ceux qui en auront l’opportunité, sera alors le repli en bunker.

« Il sera perdu le navire archaïque
Aux mers où baigneront mes rêves éperdus ;
Et ses immenses mâts se seront confondus
Dans les brouillards d’un ciel de bible et de cantiques. »
Michel Foucault

« Retour à la conscience ensoleillée. »
Georges Bataille

Auteur

Michel Tarrier
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de son auteur.

6 commentaires sur cette actualité

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commentaire Alain J. Laurendeau - 27/11/2008, 02:16
Oui terrien, mais muti-racial..il est ringard de croire que les milliers de race qui peuple cette planète de fous, peuvent être une seul race.
commentaire Michel, Malaga - 27/11/2008, 13:36

D'accord Alain, si toutefois reconnaître les races correspond à une démarche purement scientifique et objective, et non à une idéologie discriminatoire.

J'argumente...

Faut-il nier les évidences pour être humaniste ?

Spécisme, racisme, sexisme…, satanée sémantique !

Juste un mot, le thème demande mille thèses, mille vies…

Être qualifié de spéciste, de raciste, de sexiste, c’est évidemment « mal » (non éthique) puisque ces idéologies visent à disqualifier, à dégrader, voire à nier (quand ce n’est pas à écocider/génocider pour les deux premiers) les autres espèces (que la notre), les autres races (que la notre et c’est standard !), l’autre sexe que le mâle (blanc et hétérosexuel). C’est un peu comme en religion où « relier » dérive dans l’animosité à l’endroit de l’ « infidèle », celui qui croit en un autre dieu (puisque un seul dieu unique partagerait le monde !), qui en doute ou qui n’y croit pas.

Se montrer anti-spéciste, c’est respecter les autres espèces (animales comme végétales). Les végétariens sont intrinsèquement anti-spécistes à l’égard des animaux, mais pas à l’égard des plantes. L’anti-spéciste intégral/intégriste meurt de faim, les jaïnistes sont faméliques.
Mais l’anti-spéciste reconnaît qu’il existe d’autres espèces et cherche à les respecter, il n’est pas déraisonnable.
La figure extrême (extrémiste ? fondamentaliste ?) de l’anti-spécisme est le biocentrisme. L’homme est nature, l’homme est animal humain, il n’y a pas de hiérarchie de valeurs, l’homme ne vaut pas mieux qu’une limace, etc.

L’anti-raciste qui se trompe ne reconnaît pas les autres races puisqu’il prétend qu’elles n’existent pas !
Ce n’est pas qu’il soit dépourvu de la moindre notion biologique et qu’il confonde les taxons espèce et race, c’est un raisonnement où la science est bâillonnée par l’amour. Et c’est joli !
Le détournement criminel de la notion de race, notamment au cours de la Seconde guerre mondiale par le régime nazi, est clairement à l’origine de la confusion et du nouveau tabou.

L’anti-raciste lucide, parce qu’il ne se trompe pas, rejoint la mentalité de l’anti-spéciste, il reconnaît qu’il y a un immense panel de races, de sous-races, de races locales, etc., tout ce que l’adaptation aux dotations du milieu éco-bioclimatique, la génétique et le hasard ont brassé, mais les respecte.

Faut-il nier les évidences pour être humaniste ?

Un missionnaire de la bienveillance comme Jacquard, certes athée mais dont l’emportement pour l’amour fait sauter les plombs d’une raison pourtant étayée d’une formation génétique. Plus schizo et illuminé qu’Albert, tu meurs ?
Pas si certain. Lisez son Éloge de la différence ou écoutez cette vidéo. Le discours est plombé, il y a amalgame mais « Nous sommes tous cousins ». Nous l’étions déjà avec les Grands singes, alors selon Jacquard nous le sommes entre-nous. Ah les mots ! Chiche que l’homme descend du singe et qu’il y aurait urgence d’y retourner pour « penser tranquille ».
http://www.dailymotion.com/video/x4sjqa_albert-jacquard-racisme-et-droit-du_school
Une autre vidéo plus dérivative du professeur en humanistique :
http://www.dailymotion.com/video/x1bh86_albert-jacquard-part-1_news

Se réclamer contre le racisme, dans le sens fatal de la pensée unique et de sa sémantique stupidement correcte, serait donc énoncer la plus incroyable des contre-vérités, à savoir qu’il n’y a pas d’autre races que la sienne (alors tout dépend à quelle race appartient le déclarant), c’est nier biologiquement, scientifiquement, culturellement la multiplicité raciale qui font cette formidable mosaïque et richesse de cette planète.
L’assertion est tant crétine qu’elle ne résiste pas au premier examen des choses. Sa seule utilité serait de lutter contre les débordements ethno-patriotiques des stades. C’est pourquoi « ils » ont concocté des lois anti-racistes qui déversent maintenant leurs non-sens dans les manuels de l’éducation nationale et qu’elles risquent de gêner aux entournures l’anthropologie, l’ethnologie, la zoologie, la botanique, la génétique des populations, la taxinomie, toutes les sciences de la génétique et de l’évolution. Il faudra commencer par brûler Linné. Ah, c’est déjà fait ? Parfait !
Mais pourquoi pas ? Il est de justice de proclamer des textes contre le vol, ils ne dérangent pas les honnêtes gens, seulement les banquiers !!
Donc des textes pour lutter contre le mauvais usage de la notion de racisme sont salutaires. Et ceux qui continuent à penser, preuves à l’appui, que la notion de race est tout autant valide pour l’homme que pour l’escargot, mais qui n’appellent à aucun discrédit social de l’homme (et de l’escargot ?) n’ont pas à s’en formaliser ou à se sentir muselés.
Nous fêtons le centième anniversaire de Claude Lévi-Strauss. Le grand homme ne ménagea pas ses efforts pour n’attribuer nos différences qu’aux influences de nos cultures et les dispenser de toute induction biologique (notamment dans son ouvrage Race et Histoire). Il est donc bon pour le Panthéon et tant mieux !

Vraiment, et cela saute aux yeux, ainsi formulée la lutte contre le racisme est l’affaire des racistes sensu stricto et le fruit d’un antropocentrisme aveugle qui veut que l’autre soit lui ou ne soit pas.

Tel peut être le grand danger de l’universalité d’usage, du dérive du langage et des idées quand elles naissent du dogmatisme et du code pénal.
En fait, dire que les races n’existent pas c’est bien sûr anti-darwinien et c’est comme le point de vue créationniste du monde. Où le bât blesse, c’est que les créationnistes sont généralement « racistes », dans le sens où ils n’estiment pas les différences raciales comme une richesse mais cherchent à avilir tout ce qui n’est pas blanc. Les suprématistes sont à cent lieux des évolutionnistes et le Ku-Klux-Klan ne fait pas œuvre linnéenne.

Et le sexiste alors, c’est un misogyne, il aime les femmes pour en jouir mais les infériorise.
Chacun de ces vocables, chacune de ces désignations possède ses nuances !

J’aime et respecte toutes les races, je ne distribue pas des notions de valeurs hiérarchiques selon les origines, les aptitudes et les performances, je suis plus enclin à un certain fanatisme à l’endroit des peuples premiers dits naturels qu’à celui des nations dites civilisées, je suis incapable de confondre les races des groupes mélanodermes, xanthodermes et leucodermes. Suis-je raciste sans le savoir ?

Et puisque tout le monde parle de métissage, c’est bien que les races sont biologiquement irréfutables !

Que l’on me coupe la tête : j’ai consacré vingt ans de ma vie à la taxonomie évolutive et j’ai étudié les mécanismes de la spéciation au travers de théories qui cherchent à appréhender le monde du Vivant au-delà des notions figées des seules unités de l’espèce et de la sous-espèce tranchée.
Avinoff, Schilder, Kiriakoff, Mayr, Rensch, Verity, Dujardin, Hubbell et tant d’autres m’ont enseigné les espèces discutables et appris à désigner des qualités d’espèces comme les vicespecies, quasispecies, citraspecies, semispecies, dualspecies…, des unités supraspécifiques pour les envelopper (ultraspecies, superspecies…) et une kyrielle d’entités infrasubspécifiques pour les décliner localement.
Cette nomenclature est celle des sciences naturelles… Homo sapiens relèverait-il des sciences surnaturelles ?
Que l’on interdise les sciences naturelles !
Adressez une demande à Sarkozy, ou plutôt à son chargé de mission en biométrie et ADN, le maréchal Hortefeux-nous-voilà. Il vient de présider à Vichy, haut-lieu d’une l’humanité éclairée. Tiens, il est aussi né à Neuilly-sur-Seine, pays de cocagne du brassage génétique, Arcadie du métissage…

Je souffre donc de séquelles… et la « race humaine » m’est insupportable !

« Au début des recherches en génétique, les scientifiques, qui avaient en tête des classifications raciales héritées du siècle dernier, pensaient qu’ils allaient retrouver des gènes des Jaunes, des Noirs, des Blancs… Eh bien, pas du tout, on ne les a pas trouvés. Dans tous les systèmes génétiques humains connus, les répertoires de gènes sont les mêmes » déclarait en 1992 André Langaney. Évidemment puisque s’agit de races, et nom d’espèces !!

Dans un travail engageant l’entiérité de la communauté scientifique (Académie des sciences, CNRS, universités, Collège de France) les Sages du comité national de la recherche dirent ceci :
« Depuis plus d’un siècle, et ces temps-ci encore, on n’a que trop tenté d’utiliser des arguments tirés de la biologie pour justifier certains modèles de sociétés. Darwinisme social ou eugénisme, racisme colonial ou supériorité aryenne, (…) les idéologies n’ont guère hésité à détourner les acquis de la biologie. »

Voilà ! La taxinomie, dont dépend le mot race, est une science et ne doit en aucun cas être une idéologie.
Comme ça, c’est clair ou on recommence ?



commentaire Rozé,Montigny le bretonneux - 01/12/2008, 12:17
Les moyens de communication et de transport modernes permettent aux hommes de mieux échanger, de mieux comprendre l'étendue des possibles. Et s'il n'y avait confiscation de cette communication par quelques vautours ou requins, nous serions dans le meilleur des mondes.
Ce n'est pas le cas, et ces prédateurs qui sont en nous continuent de sévir.
Par exemple ils ont confisqué, il y a près de 40 ans, les produits de base des fermiers pour créer des laiteries soit disant plus plus ...
Aujourd'hui très peu de fermiers distribuent leur lait, fabriquent des yaourts ou du beurre. Ces fermiers sont devenus des asservis de la toute puissance financière de l'industrie alimentaire.
Aujourd'hui, chacun de nous pourrait récupérer l'énergie solaire ou éolienne à son profit; c'est abordable (le prix d'une voiture, environ), c'est rentable et le retour sur investissement est assez rapide (grâce au crédit d'impôt) et pourtant on compte trop peu d'installations domestiques de panneaux solaires ou d'éoliennes.
Par contre les prédateurs construisent des champs d'éoliennes ... et nous factureront bientôt l'énergie verte !
Rien ne change, c'est toujours la loi du plus fort et la mondialisation a plutôt renforcé ce désespérant travers des hommes.
http://christian-roze.fr

commentaire Alain J. laurendeau Canada - 19/12/2008, 07:42
j'aime ta réplique elle est bien pensée! sauf que le problème reste entier. Les races, cela divise l'humanité depuis la nuit des temps, rien sauf une menace extérieur du globe pourrait nous réunir en une seule espèce, cela est l'idée et la triste réalité.
commentaire Alain J. laurendeau Canada - 03/01/2009, 08:19
J'aimerai bien que tous nous entendions sur terre pour tout règler, mais pour cela il faudrait un système économique qui serait entre la gauche et droite en plein centre! Un système comme celui de l'ingénieur C.H. Douglas qui à été rejeté par les politiciens américain et canadien. Sans un système d'argent comme celui de CH. Douglas ou similaire, il est impossible de faire un seul peuple sur la terre avec se problème d.économie globale qui a toujours ralenti la science et l'évolution de l'homme vers un plus vaste horizon.
commentaire Marc , Vielsalm , Belgique - 04/01/2009, 14:44
bonjour,
D'accord pour une ingérence du monde industriel , afin de produire correctement .
Mais le danger ! qui va supervisé l'industrie ?
Si ce sont des Académiciens ... les loups ne se mange pas entre eux .
Et de fait l'origine des problèmes est académique . cfr Platon , c'est lui le fléau originel .
La politique , la science , l'économie , tout est enseigné par l'académie .
donc cqfd , le mal est dans le fruit. n'en déplaise a vous Messieurs qu'on nomme grand .
cordialement
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