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Un nouveau danger alimentaire : l'acrylamide

13905 lectures / 15 commentaires07 octobre 2008, 11 h 49

Dioxines, bisphénol, aflatoxines, métaux lourds... Nous le savons, de nombreuses substances chimiques toxiques sont présentes dans l’alimentation. Ces composés peuvent être à l’origine de diverses pathologies dont le cancer. Récemment, une équipe de chercheurs suédois a mis en évidence une molécule dont la présence dans les aliments était insoupçonnée : l’acrylamide. Cette molécule toxique est le fruit d’une transformation complexe par la chaleur des sucres et de l’asparagine contenus dans la nourriture.

Qu’est ce que l’acrylamide ? Sa toxicité est elle avérée ?

L’acrylamide est une substance chimique requise dans la synthèse des polyacrylamides, polymères utilisés dans de nombreuses applications : traitement de l’eau, fabrication du papier ou de mortiers, préparation des gels d’électrophorèse en laboratoire…
L’acrylamide peut se révéler toxique selon la dose absorbée, son caractère dangereux est connu depuis plusieurs années. Une exposition à des quantités élevées induit des atteintes neurologiques sévères. La neurotoxicité de cette substance a été connue par le biais de fortes expositions accidentelles ou professionnelles. Aussi, des expositions faibles mais répétées et fréquentes sont tout aussi néfastes pour l’organisme. Les expérimentations réalisées sur l’animal de laboratoire ont mis en lumière le potentiel cancérigène de l’acrylamide, il est comparable à celui du benzopyrène (hydrocarbure aromatique) que l’on retrouve dans les viandes grillées, ainsi que l’uréthane présent dans les denrées fermentées. En revanche, des substances telles que les nitrosamines ou la terrible aflatoxine sont beaucoup plus agressives.
C’est en fait un métabolite de l’acrylamide, la glycidamide qui serait responsable de l’atteinte génétique en se liant à l’ADN. Toutes les données toxicologiques relatives à l’acrylamide étant issues de l’expérimentation animale, les toxicologues ne peuvent seulement considérer cette molécule que comme « probablement cancérogène chez l’humain », en effet, les chercheurs manquent encore de recul sur les effets chez l’humain. On peut néanmoins penser que les conclusions des études chez l’homme seront similaires à celle réalisées chez l’animal de laboratoire.
D’autres études ont montré que l’acrylamide influence les performances de reproduction. En revanche, aucun effet préjudiciable pour le fœtus n’a été démontré.

Mise en évidence de la présence d’acrylamide dans l’alimentation. Premières réponses des instances mondiales de la santé et de l’agriculture

Considérée jusque là comme non naturelle, la présence de cette molécule a été mise en évidence par des chercheurs de l’Agence Suédoise des Aliments (Swedish National Food Administration) en 2002. Ces travaux ont été corroborés par différents laboratoires en Europe. Face à cette problématique de santé publique, l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et le FAO (Fund and Agriculture Organization – Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) ont saisi le dossier acrylamide à bras-le-corps en 2005. Malgré la qualité des travaux des suédois, de nombreuses zones d’ombres persistaient : le lien entre acrylamide et cancer, la teneur maximale absorbable, recherche de solutions pour diminuer la présence de la molécule dans la nourriture. De nombreux autres organismes dont l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) ou la CIAA (Confédération des Industries Agroalimentaires) ont apporté leur contribution à l’avancement des recherches.
Ainsi, les experts ont fixé un seuil limite d’acrylamide dans l’eau de consommation à 0,5 µg/L. Les études ont aussi montré que l’absorption moyenne de cette substance est de 0,3 à 0,8 µg/kg de poids corporel/jour dans le cadre d’une alimentation normale. Les dégâts neurologiques apparaissent à partir d’une quantité de 100 mg/kg de poids corporel. En revanche, des études toxicologiques sont à poursuivre pour fixer de manière très précise la dose maximale journalière à ne pas dépasser pour limiter les effets cancérigènes.
Aussi, les chercheurs ont démontré qu’une contamination de la nourriture au niveau de sa fabrication ou de son emballage est à exclure.

Le tableau suivant indique la quantité d’acrylamide dans plusieurs types d’aliment (chiffres OFSP de Berne – Office Fédéral de la Santé Publique) :
AlimentsConcentration (µg/kg)
Fruit sec < 30
Bière sans alcool< 30
Biscotte 20 à 35
Pain30 à 40
Bouillie de céréale pour enfant en bas age40 à 120*
Biscuit sucré80 à 150
Pommes de terre sauté au beurre270 à 290
Biscuits pour apéritif60 à 650
Chips1500 à 2000
Beignet de pomme de terre légèrement cuit135 à 270
Beignet de pomme de terre excessivement cuit4300 à 4500
* : valeur rapportée à la poudre.

Ces données montrent que l’acrylamide est principalement retrouvée dans des aliments riches en amidon (chips, pommes de terre), d’autant plus dans ceux qui ont été préparé à haute température (cuisson).

Formation de l’acrylamide dans l’alimentation, un processus complexe

Jusque là considérée comme non naturelle, la découverte de traces d’acrylamide dans l’alimentation fut une réelle surprise. Les chimistes ont réussi à comprendre comment de telles quantités de cette substance sont retrouvées dans certains produits. L’acrylamide se forme lorsque des aliments riches en sucres et en asparagine sont préparés à haute température (cuisson, friture). Au delà de 120°C, les sucres réducteurs (glucose, fructose) réagissent avec un acide aminé, l’asparagine au sein d’un ensemble de réactions complexe connu sous le nom de « réaction de Maillard ». Cet assortiment de réaction est responsable du changement de couleur des frites (brunissement) durant la friture ou de la saveur de la viande après la cuisson par exemple. En effet, ces réactions chimiques produisent un grand nombre de molécules comme des polycycliques très aromatisés. L’acrylamide est un sous produit de la réaction chimique de Maillard, réaction qui est connue depuis un siècle déjà mais sans jamais que les scientifiques ou l’industrie agroalimentaire n’aient soupçonné que ce produit puisse se retrouver à de telles concentrations dans les aliments cuits.
Il est à noter que cette réaction est optimale dans des milieux pauvres en eau, ainsi, de très faibles traces d’acrylamide sont retrouvées dans les aliments bouillis.

Comment réduire la teneur en acrylamide dans les aliments ? Tout le monde s’y met

Les experts de l’agroalimentaire et des diverses organisations susmentionnées ont émis diverses recommandations. Ainsi, l’OMS recommande naturellement de limiter la température de cuisson notamment lors de friture. La température de cuisson pour les frites ne devrait pas dépasser 175°C. Des études menées par la CIAA ont montré que cette mesure réduit de 15% la teneur finale en acrylamide. Cependant, le croustillant des frites cuites à cette température est bien moins agréable que celles cuites à 190°C.
La formation d’acrylamide lors de la cuisson dépendant essentiellement de la teneur en sucres réducteurs et en asparagines, la Fiwap (Filière Wallonne de la Pomme de Terre) a également apporté son lot de conseils, la pomme de terre étant un parfait substrat biologique pour une réaction de Maillard efficace. Quasiment toutes les variétés de pomme de terre possèdent la même teneur en asparagine, ainsi, la Fiwap préconise pour les fritures l’utilisation de variétés (Bintje ou Agria) dont la teneur en sucres réducteurs ne dépasse pas 1g/kg de matière première. Les experts wallons ont également émis l’idée de renforcer la communication lors de la commercialisation des produits pour indiquer aux consommateurs si la variété en question est plus appropriée à la friture ou à la purée. Ils conseillent aussi aux producteurs de réfléchir au stockage des pommes de terre fraîchement cueillies sachant qu’un stockage des tubercules à des températures inférieures à 8°C entraîne une augmentation de la teneur en sucres réducteurs. Cette idée n’est néanmoins pas dénuée d’inconvénient puisque un stockage supérieur à 8°C accélère le processus de germination, il faudrait alors augmenter les traitements anti-germinatifs.
Quant à la CIAA, elle a élaboré la « boite à outils acrylamide », un guide destiné à l’industrie agroalimentaire en en particulier celle du chips. Ce guide reprend les recommandations d’experts pour la mise en œuvre et l’évaluation de méthodes visant à réduire la formation d’acrylamide dans les produits finis.
Enfin, la commission européenne fiance le projet Heatox, projet ayant pour objectif d’inventorier l’ensemble des molécules toxiques produites lors de la cuisson des denrées alimentaires.

En 2005 une solution innovante est parvenue de Novozyme, une entreprise danoise de biotechnologies. Il s’agit en fait d’une enzyme destinée aux industriels dont le nom commercial est Acrylaway. Elle se présente sous forme de poudre ou de liquide et est mélangée directement aux matières premières à des stades de fabrication différents selon le type de produit (essentiellement des chips, biscuits salés, frites…). Son activité asparaginase permet de réduire la teneur en asparagine en l’hydrolysant en acide aspartique qui n’intervient pas dans la réaction de Maillard. Des tests menés par des laboratoires indépendants (dont le français Eurofins) ont montré une diminution significative de la teneur en acrylamide (de 50% à 90% selon le produit). En 2006, Acrylaway a reçu une lettre de consentement de la part de la puissante FDA (Food and Drug Administration – USA) puis une évaluation positive de la FAO et de l’OMS. Reste désormais à voir si cette l’action de cette enzyme ne modifie pas trop les qualités organoleptiques des aliments traités.

Conclusion : pas d’affolement…

Ainsi, limiter la formation d’acrylamide dans les aliments est techniquement possible si tous les maillons de la chaîne alimentaire, du producteur au consommateur, observent les recommandations émises par les experts. Certes la présence de cette substance dans la nourriture est avérée, sa toxicité tout autant. Pour autant, les autorités sanitaires nous déconseillent pour l’instant de modifier nos habitudes alimentaires et ce, dans l’attente de nouveaux travaux.
Par conséquent, céder à la psychose de l’acrylamide est inutile… Rien ne doit nous arrêter de manger des frites ou des aliments cuits. Depuis la nuit des temps, depuis que l’Homme a commencé à cuire sa viande, il consomme de l’acrylamide. Le risque n’a pas augmenté ces dernières années et n’augmentera pas subitement, tout est question d’équilibre et de bonnes pratiques alimentaires.

Références

  • Institut National de Santé Publique du Québec, Communiqué de Veille Toxicologique – Le Point sur l’Acrylamide dans les Aliments – JL Benedetti, JP Weber – 10 fevrier 2003.
  • Repport of a Joint FAO/WHO Consultation – Health Implication of Acrylamide in Food – 25/27 June 2022.
  • Communiqué de l’Office Fédéral de la Santé Publique – Berne - 2002.
  • Acrylamide : pomme de terre en danger ? E Somerhausen – Fiwap – 2002
  • Communiqué OMS/FAO, La FAO reste prudente sur la découverte d’acrylamide dans certains aliments frits ou cuits au four – 26 avril 2002
  • Communiqué OMS/FAO, Les scientifiques recommandent des recherches complémentaires sur l’acrylamide dans l’alimentation.
  • Communiqué Caducee.net, Novozyme lance une enzyme destinée à réduire la présence d’acrylamide dans la nourriture – 31 août 2007.
  • Réaction de Maillard et pâtisserie

Auteur

Nicolas Tavernier ; date originale : 07 octobre 2008, 11 h 49

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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15 commentaires

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !

avatar Wendy, Paris - 07/10/2008, 14:00

Avez vous remarqué la date des références?? On a tout le temps de développer notre petit cancer perso avant de savoir que notre biscotte préférée renferme du poison...

avatar Leslie (Montpellier) - 07/10/2008, 14:59

Je crois qu'il ne faut pas s'affoler. Cependant, effectivement, on sait d'ores et déjà que certains modes de cuisson (fritures, barbecue au charbon...) sont nocifs pour la santé. Aujourd'hui, le nombre de cancer est beaucoup plus important qu'avant. Cependant, on vit aussi plus vieux...

Quoi penser ? Quoi faire ? Changer ses habitudes ? Ou juste limiter la consommation de ce type de produits ?

avatar Régine (Martinique) - 07/10/2008, 17:50

Que peut on manger maintenant ?

On nous cache la vérité sur ce que l'on met dans nos assiette,afin de préserver l'intéret économique.

Et certaines etudes sont diffusées auprés d'un petit nombre. Uniquement Ceux qui sont intéressés !!!

On découvre au fur et à mesure que tel aliment n'est pas bon et que tel autre donne le cancer !!!

avatar Touil ZEA - 07/10/2008, 18:22

A qui faire confiance messieurs?!

Le monde est divisé en deux ceux qui suivent l'actu

et ceux qui ne la vois meme pas...

avatar skyefree montceau - 07/10/2008, 22:18

c nimporte koi tout ca....

ya déja un truc ke je veux mettre au clair,toute molécule non naturelle ou consommée en surdose est forcément nocif...

dans ce doc il parle de l'enzyme acrylaway pour limiter la formation d'acrylamide!on en élimine un en le remplacant par un autre...

meme si cette enzyme est naturelle, quelles seront les conséquences d'une surconsommation?

après ils nous disent que ce qu'ils veulent,mais

franchement,on se fait vraiment tous prendre pour des billes...

avatar khiari - 08/10/2008, 08:06

pensez vous que si on se met à cuire tous nos aliments à petit feux et plus longtemps est mieux pour la sante ?

avatar Une reunionnaise - 08/10/2008, 16:07

De toute façon tout ce que l'on mange est nocif (les aliments sains se faisant de plus en plus rares et chers, on peut manger que de la malbouffe) alors pas d'affolement c'est "normal" !!

avatar Albina St-Boniface - 14/10/2008, 06:38

merci de nous renseigner

avatar Alexis, Amilly - 14/10/2008, 09:27

Déjà, si nous cuisinons, on limite un certain nombre de pbm. La réaction de Maillard existe depuis la nuit des temps. Le soucis est que tout le monde achète des plats préparés au lieu de cuisiner soi-même. Il est plutôt là le nerf de la guerre !!! Retrouvons nos poêles et casseroles et notre santé s'améliorera.

avatar Marion, Chambéry - 14/10/2008, 10:14

de toute façon, et selon des médecins en biophysique, ceux qui ont aujourd'hui une vingtaine d'années auront, je cite, "une chance sur quatre d'avoir un cancer"

et il faudrait peut-etre voir comment sont cultivées toutes nos plantes (engrais / pesticides), avant de parler des effets nocifs de la cuisson, car celle-ci n'a pas vraiment changé depuis la préhistoire

avatar Marie-Laure Montpellier - 14/10/2008, 11:29

Ce n'est pas tout à fait un scoop : Tous ceux qui s'intéressent à la nourriture saine connaissent la "réaction de Maillard", que le Dr Kousmine avait mise en évidence dans les années 50 .



Ainsi,les appareils de cuisson à basse température de type "Baumstal" ou "Vitaliseur de Marion" ,basés sur le principe de cuisson à la vapeur douce,évitent ces désagréments.

De même la cuisson à "l'étouffée " ou à la Diable -dans une cocotte en terre cuite et à cuisson lente permettent de cuire des amylacées telles que les pommes de terre,sans risque .



Quoiqu'il en soit, une cuisson douce et lente vaut dix fois mieux que celles rapides,grillées ou pire frites avec dégradation des huiles à très haute température.

De même,les cuiseurs "vapeur" électriques traditionnels sapent toutes les vitamines par essorage d'eau à très haute température.

Les salades,le cru- Bio,sans résidus de pesticides,fongicides- et les cuisons douces sont à préférer.

Et ce n'est pas moins convivial que le traditionnel grillades -pommes sautées...!!!

avatar Pierre - région parisienne - 15/10/2008, 09:53

Il faut comprendre que tout ce qu'on mange peut être nocif à certaines doses, et/ou à une certaine fréquence. "naturel" ou pas. D'ailleurs, les adeptes du "naturel" à tout prix seraient vraiment embarrassés de définir ce qui est naturel par rapport à ce qui ne l'est pas.

La réaction de rejet des produits "chimiques" est une réaction d'ignorant, très passionnelle, mais ne s'appuyant sur rien de vraiment concret.

Et si les produits "naturels" faisaient l'objet de l'étude REACH, on aurait probablement beaucoup de surprises...

Cela dit, la réaction des Suédois sur l'acrylamide fait suite à une première étude dans laquelle ils avaient montré que de l'acrylamide se retrouvait dans le sol après l'utilisation en travaux publics d'un produit importé de France... L'objectif (non avoué) était d'essayer de démolir un certain produit "étranger". Les Allemands sont également spécialistes de ce procédé médico-douanier).

La découverte d'acrylamide dans l'alimentation "normale" a porté un coup sérieux aux organismes qui avaient fait interdire l'utilisation de ce produit français, et il était normal que les premiers s'attachent à démontrer à tous prix que l'acrylamide "pouvait" être cancérogène (chez les animaux) je serais tenté de dire "comme la plupart des produits retrouvés dans l'alimentation, naturels ou non".

J'aime bien la réaction des gens qui posent la question : "que manger maintenant ?" La réponse est simple : "on peut manger tout ce qu'on aime, à condition de rester modéré".

avatar Hugues 05000 - 15/10/2008, 21:17

Tous les multinationales mondiales produisent de la nourriturre de synthèse, pour éliminer passivement des populations les plus faibles, avec un but précis. Nous sommes trop d'êtres humains par rapport à la surface des terres cultivables, évidemment il faut éliminer.

avatar tristan87 - 13/11/2008, 15:36

Article très intéressant...

Une diététicienne a également écrit sur le sujet de l'acrylamide :

http://www.carevox.fr/Cuisson-a-haute-temperature-danger-de-l-acrylamide.html

avatar Bonsignore Belgique - 19/05/2011, 05:45

On peut facilment diminuer le taux d'acrylamide et de matière grasse dans les frites de 20%.Voir siteweb WWW.ROLL-FRIT.COM . Voir aussi Journal of food science Mai 2010 Vol.75 N°4 .

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