
Utilisation de lances-monitors pour décaper les sols
crédit : WWF
Le dimanche 21 septembre 2008, un vol d’étude de 3 heures, en présence de Serge ORRU, Directeur Général du WWF France, a permis de constater la présence de plusieurs chantiers actifs d’orpaillage clandestins fortement impactant pour l’environnement au sein même du Parc Amazonien de Guyane. Ce constat tranche avec la volonté affichée par le Secrétariat d’Etat à l’outre-mer dans son plan d’action outre-mer du Grenelle de l’environnement, d’intensifier la lutte contre l’orpaillage alluvionnaire illégal. Engagement réitéré en Guyane en février 2008 par le Président de la République qui dans son discours de Camopi a promis que l’engagement français nécessaire à la lutte contre ce fléau « durera le temps qu’il faudra ».
Si le dispositif de lutte engagé par l’Etat,
dispositif Harpie, permettant le démantèlement des filières d’approvisionnement des sites illégaux, a pu montrer des évolutions significatives sur le terrain de manière localisée et temporaire, son interruption à l’été 2008, après seulement quatre mois de mise en œuvre est un très mauvais signal donné aux orpailleurs clandestins.
Face à cette situation critique tant sur les plans environnementaux que sociaux et sanitaires, à laquelle sont confrontées les populations locales vivant dans le Parc Amazonien, le 09 septembre 2008 plusieurs représentants des communautés amérindiennes du Haut Maroni ont adressé à la Préfecture une « demande urgente d’intervention des forces de l’ordre contre l’orpaillage clandestin ».
Le survol réalisé ce dimanche 21 septembre, montre que les fleuves avoisinant d’autres communautés amérindiennes du parc, sont toujours largement impactés par l’exploitation aurifère illégale. C’est le cas de Camopi, là même où, en février dernier, le Président de la République avait affiché haut et fort la détermination de l’Etat à endiguer le phénomène. Plus en amont des rivières, les observations du WWF révèlent la présence d’une agriculture vivrière autour des chantiers clandestins, témoignant d’installations devenues pérennes.
Source d’impact majeur sur la biodiversité, sur la disponibilité en eau potable, mais aussi sur le maintien des modes de vie traditionnels des populations de l’intérieur de la Guyane, l’orpaillage clandestin reste à ce jour totalement incontrôlé sur le territoire du Parc Amazonien de Guyane. La présence de nombreux sites de soutien logistique sur la rive brésilienne du fleuve frontalier Oyapock témoigne par ailleurs de l’absence de coopération bilatérale sur ces questions.
Dans ce contexte, le WWF-France demande au Gouvernement de rendre public un calendrier de mise en place d’actions concrètes visant à rétablir l’Etat de droit sur le territoire du Parc Amazonien de Guyane et sur les zones de vie des populations concernées et, de réactiver au plus haut niveau possible et dans la durée le dispositif Harpie.
Il s’agit pour le gouvernement d’une question de crédibilité dans la mise en œuvre effective des actions découlant du Grenelle de l’environnement dont la loi sera prochainement en débat à l’assemblée nationale.
Des techniques d’exploitation catastrophiques pour l’environnement et la santé
L’extraction de l’or alluvionnaire contenu dans les sédiments et les roches meubles du lit des cours d’eau est réalisée par les illégaux avec des méthodes rudimentaires et à moindre coût.
Aujourd’hui ce sont essentiellement les lances -monitors qui sont utilisées dans l’orpaillage clandestin. L’eau sous haute pression est projetée pour décaper les sols. Les boues résiduelles après leur traitement pour récupérer l’or sont déversées sans précaution (absence de bassin de décantation) directement dans les rivières.
La principale technique utilisée par les exploitants illégaux pour récupérer l’or est encore basée sur l’emploi du mercure qui amalgame les particules d’or. L’amalgame est ensuite chauffé à haute température pour séparer les deux métaux. Pour récupérer 1 kg d’or, 1,3 kg de mercure est employé par les illégaux, avec près de 30% de pertes, rejetés dans le milieu naturel (essentiellement sous forme de vapeur atmosphérique) ; plus de 10% s’échappe dans les cours d’eau de Guyane. Sous l’action de l’acidité de l’eau, le mercure se transforme en un dérivé dangereux : le diméthyl-mercure.
Ce composé organique se concentre tout au long de la chaîne alimentaire, des algues aux vertébrés, provoquant des troubles nerveux et des malformations. Chez l’homme, les individus les plus vulnérables sont les enfants, le foetus et la femme enceinte.
Malgré ces risques sanitaires avérés, les populations locales des fleuves intérieurs de Guyane demeurent très fortement tributaires de la ressource piscicole pour leur alimentation. La présence des orpailleurs clandestins et la chasse qu’ils pratiquent ont en effet réduit considérablement les ressources en gibier, et créés un climat d’insécurité restreignant les sorties de chasse des habitants.
L’orpaillage illégal en quelques chiffres
- 1 333 km de cours d’eau directement impactés (ONF 2006). A titre de comparaison, la Loire (de la source à l’embouchure) couvre 1 000 km de linéaire.
- 12 000 ha de forêt guyanaise impactés directement (ONF 2006), (superficie de la ville de Paris ; 10 540 ha)
- Surfaces touchées multipliées par trois durant ces 6 dernières années (ONF 2006).
- 3 000 (Préfecture de Guyane 2007) à 15 000 (IEDOM 2006) travailleurs clandestins sur les camps d’orpaillage.
- Plus de 500 chantiers illégaux (IEDOM 2006).
- Perte estimée par la profession de plus de 300 emplois directs (40% du total) pour la filière aurifère légale.
- 1,3 kg de mercure utilisé par kilo d’or récupéré (rapport Taubira 2000).
- 1 000 tonnes de boues rejetées par kilo d’or extrait (rapport Taubira 2000).
- 5 tonnes de mercure annuel rejetées dans le milieu naturel (atmosphérique et fluvial)
- 1,5 tonnes Hg /an dans les cours d’eau (rapport Etat des lieux de l’exploitation de l’Or en Guyane, Mars 2005).
- Un taux d’imprégnation au mercure supérieur à la norme OMS chez plus de 70% des enfants amérindiens Wayanas du Haut- Maroni (Inserm, 1998).
- La Guyane recèle encore un potentiel aurifère important : 120 tonnes en or primaire et encore 15 à 20 ans de gisement alluvionnaire au rythme de son exploitation actuelle (IEDOM 2006).
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Référence
Dossier de presse sur
l'orpaillage clandestin (format PDF) - WWF
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