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Une épizootie frappe le Maroc : la peste des petits ruminants

11 179 lectures / 6 commentaires16 septembre 2008, 13 h 23

Une épizootie frappe le Maroc : la peste des petits ruminants Jetage et larmoiement purulent sur un cas de PPR avancé
crédit : FAO/P. Roeder

La FAO (Food and Agriculture Organization) vient de lancer un signal d’alarme au sujet de l’épidémie mortelle d’une peste animale fortement contagieuse sévissant pour la première fois au Maroc.

L’organisme international affirme qu'il ne faut pas en sous-estimer le danger, la maladie, originaire d’Afrique Noire ayant franchi la zone saharienne risquant de se propager à tout le Maghreb et d’atteindre le Sud de l’Europe, à commencer par l’Espagne. Aucun cas n'a encore été officiellement signalé en Algérie, où des mesures de prévention ont été immédiatement prises dans les zones frontalières avec le Maroc. Le contrôle des mouvements transfrontaliers d’animaux n’est pas aisé dans les pays du Maghreb où les pratiques nomades sont très répandues.

La peste des petits ruminants (PPR) est une infection virale redoutable pour les moutons, les chèvres et les certains ruminants sauvages, contaminés au moindre contact, donc spontanément puisqu’il s’agit d’animaux vivant en troupeaux ou en hardes. Le dromadaire n’est pas à l’abri du virus. Parmi la faune sauvage, le mouflon à manchettes et plusieurs espèces de gazelles vivant au Maroc sont exposés. La gazelle dorcas, présente au Sahara marocain, a déjà fait l’objet de contamination dans des zoos africains.

Ce virus appartient au groupe des morbillivirus, de la famille des Paramyxoviridiae. Il est apparenté à ceux de la peste bovine, de la rougeole chez l'homme, de la maladie de Carré chez les chiens et chez les carnivores sauvages, ainsi qu’aux morbillivirus rencontrés chez les animaux aquatiques. Le virus ne présenterait aucun risque pour la vie humaine à moins qu’il ne se développe sous d’autres formes, comme ce fut le cas de la vache folle.

Proches de ceux de la peste bovine, les symptômes de la phase aigue se caractérisent par une forte fièvre, des écoulements oculaires et nasaux, des lésions buccales, des lésions érosives nécrosantes de différentes muqueuses, des difficultés respiratoires et de la diarrhée. Les taux de mortalité peuvent atteindre 80 % dans ses formes aigues et 100 % dans les cas suraigus. Les animaux atteints meurent dans les 7 premiers jours.

La maladie est enzootique en Afrique de l'Ouest, où elle est connue depuis longtemps sous le nom de Kata. Tous les pays d'Afrique situés entre le Sahara et l'équateur, de l'océan Atlantique à la mer Rouge, se trouvent dans la zone d'endémie de la PPR. L'Afrique du Nord, à part l'Égypte, n'était jusqu’à présent pas touchée. La présence d'anticorps montre une répartition plus large, qui atteint toute l'Afrique intertropicale, le Moyen-Orient et jusqu'en Inde.

Selon la FAO, les foyers détectés au Maroc pourraient n’être que la face visible de l’iceberg et «menacerait de décimer des millions d’ovins et de caprins en se propageant aux pays voisins ». L’organisation onusienne a donc décidé d’épauler le Maroc dans l’objectif d’endiguer la maladie qui y semble bien ancrée. L’apparition de l’épizootie remonte à juillet dernier, avec comme premières régions atteintes celles de Khénifra, Ifrane et Ben-Slimane, où une perte de 1500 animaux fut estimée en août. On compte jusqu’à présent 133 foyers qui ont éclaté dans 29 provinces, mais aucun chiffre d’une mortalité qui doit être forte n’est validé.

Le contrôle des déplacements d’animaux, l’institution de mesures de quarantaine dans les exploitations suspectes ou touchées et une prophylaxie médicale (vaccination autour des foyers et dans les zones à haut risque) sont parmi les mesures de prévention et de lutte recommandées. Le vaccin est utilisé dans les pays déjà ébranlés par cette épidémie et les autorités marocaines devraient le généraliser dans les jours à venir.

La période du ramadan puis celle de la fête de l'Aïd El Kébir en décembre (quelque 5 millions d'ovins chaque année sacrifiés) sont malencontreusement favorables aux mouvements de bétails et les mesures de confinement s’avèrent donc d’application aléatoires. Dès maintenant, les éleveurs marocains se sont précipités dans les souks pour se débarrasser de leurs bêtes infectées.

Une peste bienfaisante pour rompre avec le surpâturage ?

Presque 25 millions d’ovins, de caprins et de camelins déciment les formations herbacées et arbustives du Maroc. Les dégâts irréversibles sont hallucinants et ont entraîné la mort du sol d’un pays où l’érosion est estimée à 93 % selon l’Unesco.

L’anachronisme le plus saillant est censément celui du parcours en forêt. Un exemple édifiant : 900 000 moutons paissent au sein des cédraies des 53 000 hectares du Parc national d’Ifrane, au cœur de l'ancien Arcadie du Moyen Atlas, soit un troupeau presque dix fois supérieur à ce qu’il devrait être. Une législation jamais pratiquée est censée établir la capacité de charge des parcours forestiers et permettrait de décider de la taille du troupeau que peut soutenir la forêt. En 1980, le cheptel était inférieur à 10 millions de têtes.

Un pastoralisme de rente, véritable filière ovine de propriétaires absents, a récemment pris en otage les bergers locaux et leurs droits séculiers d’usage. Cette mainmise, privilège purement spéculatif, correspond à une spoliation du capital naturel des Marocains.

Les populations locales commencent à payer cher cette gestion sans le moindre discernement écologique. Les conséquences sont cuisantes : déconstruction des écosystèmes, anéantissement de la biodiversité, érosion, désertification, lessivages, inondations meurtrières, disette des ressources en eau, ruine de l’agriculture vivrière, exode des populations locales. C’est ainsi qu’en transformant une contrée en fabrique de moutons pour le seul enrichissement à court terme de quelques nantis, on fabrique simultanément des réfugiés de l’environnement qui iront grossir les bidonvilles de Casablanca ou s’expatrieront douloureusement et… illégalement.

Tout ami de la Terre pourrait donc voir en cette épidémie ravageuse un soulagement pour des écosystèmes exploités jusqu’à la corde, un répit pour les plantes et l’espoir d’un regain pour la biodiversité piétinée par un pastoralisme excessif. Gageons que les pouvoirs publics ne manqueront pas d’aider les plus pauvres à surmonter leurs pertes et à inciter ceux, plus démunis encore, à d’autres activités que celle de vivre en haillons pour garder les immenses troupeaux des plus riches propriétaires du royaume…, encore et souvent avec l’aide d’enfants bergers dont l’alphabétisation et la scolarisation ne résident que dans les statistiques.

Référence

Peste des petits ruminants (PPR) au Maroc - FAO (format PDF)

Auteur

avatar Michel Tarrier

6 commentaires

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avatar Marie, Langon - 16/09/2008, 14:39

"Le virus ne présenterait aucun risque pour la vie humaine à moins qu’il ne se développe sous d’autres formes, comme ce fut le cas de la vache folle."

???

En tant que vétérinaire j'avoue avoir tiqué à la lecture de cette phrase. La "vache folle" (ou ESB pour Encéphalite Spongiforme Bovine) est une maladie à prions (des protéines à la conformation modifiée), ça n'a STRICTEMENT rien à voir avec une maladie virale....

J'imagine que vous vouliez dire quelque chose du genre:

"Le virus en question n'est pas adapté à l'homme et ne présente donc pas de danger pour la santé humaine, à moins qu'il subisse des mutations qui lui permettraient de s'adapter et devenir pathogène (ce qui est hautement improbable)."

Cordialement.

avatar Michel, Malaga - 16/09/2008, 14:57

Mal formulé. Exact !

avatar Abderrahmane Chemlali Berkane-Maroc - 16/09/2008, 18:16

Un vaccin marocain contre la peste des petits ruminants:
Un vaccin marocain contre la peste des petits ruminants, conforme aux normes internationales, vient de voir le jour, rapporte samedi la première chaîne de télévision nationale “Al Aoula” dans son journal du soir.
Jugé très efficace, selon la même source, le vaccin a été produit en un temps record après l’identification du virus responsable de cette épidémie.

“Nous avons pu développer un vaccin local en produisant le virus dans les bio-réacteurs, les fermenteurs de capacité de plusieurs centaines de litres pour produire l’antigène nécessaire au virus vaccinal, ensuite le transformer en vaccin efficace et avec un prix nettement inférieur à celui en cours au niveau international”, a déclaré à la télévision le directeur de production au laboratoire national de production des vaccins vétérinaires, M. Mehdi El Harrak.

Pour sa part, le directeur de l’élevage au Ministère de l’Agriculture et de la pêche maritime, M. Hamid Benazzou a indiqué que “les premières mesures sanitaires nous ont permis de maîtriser l’extension de la maladie”, précisant qu’”actuellement, nous avons démarré la deuxième phase de l’opération, qui est la vaccination autour des foyers, puis la généralisation progressive de la vaccination qui va toucher l’ensemble des ovins et caprins, au nombre de 22 millions à l’échelle nationale”.

L’utilisation du vaccin est prévue vers la fin de ce mois, indique “Al Aoula”, ajoutant qu’il sera même exporté vers certains pays du monde arabe, une fois que les besoins en cette substance seront couverts à l’échelle nationale.

Actuellement, quelque 3,5 millions de vaccins sont produits hebdomadairement selon les normes technologiques internationales en vue de répondre aux besoins en la matière.

http://www.lopinion.ma/spip.php?article19364

Edité le: lundi 15 septembre 2008.
posté par Abderrahmane Chemlali

avatar DR ABIDI MAROC - 21/09/2008, 04:55

Je ne comprends vraiment pas ce commentaire en haut intitulé "Une peste bienfaisante pour rompre avec le surpâturage ?"Traitant de la peste au Maroc.
Ce souhait de voir le cheptel Marocain décimé par la peste pour soit disant décongestionner les parcours en foret n'est nullement patriotique .Ne s'agi il pas la d'un espoir défaitiste?

Mais soyez assurés mon cher ami ; le cheptel des petits ruminants sera préservé et les moutons continueront à paitrent paisiblement au sein des cédraies des 53 000 hectares du Parc national d’Ifrane, au cœur de l'ancien Arcadie du Moyen Atlas.
La stratégie d'urgence a retenu cette zone justement parmi celles prioritaires ou la vaccination généralisée du cheptel national sera lancée.

Oui notre peste est effectivement bienfaisante mais surtout pour les pays voisins à l'Est et au Nord et ce en raison de la vigilance de nos services vétérinaires et à notre transparence ayant permis la déclaration de la maladie aux instances internationales. Cela leur permettrait d'anticiper dans la lutte contre la maladie.

La menace ne vient pas du Maroc, le Maroc est victime; ce ne sont pas les moutons qui dégradent la foret, mais c'est peut être l'Homme ...... !

Espérons un retournement pour un changement climatique en faveur de cycles pluvieux comme d’Antan

Cordialement


avatar Dr SAIDO - 07/01/2013, 14:36

je représente l'ONG APSA Comores et nous voulons avoir des adresses de fournisseurs de vaccin contre la peste des petits ruminants pour préparer une lutte contre cette maladie qui est en phase d'épizootie actuellement.
Merci
Dr SAIDO

avatar Michel Tarrier - 07/01/2013, 14:54

Cher Docteur,
Je suis navré de ne pouvoir vous aider.
Bonne chance et bien à vous.
Tentez de contacter l'Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat : http://www.iav.ac.ma/
Michel Tarrier

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