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Comment les biocarburants détruisent l'Amérique latine

9300 lectures / 9 commentaires15 septembre 2008, 10 h 42

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Comment les biocarburants détruisent l'Amérique latinePesticides répandus peu de temps après avoir planté la canne à sucre.
crédit : CCFD / Jean-Claude Gerez, juin 2008 - tous droits réservés
Les Amis de la Terre International ont publié le 10 septembre 2008 un rapport intitulé « Alimenter la destruction en Amérique latine » au regard de l'impact réel des biocarburants sur ce continent. Basé sur des études menées dans 7 pays, il met en évidence l'aggravation des conflits fonciers, l'éviction des populations locales appauvries, les conditions de travail désastreuses et l'augmentation de la déforestation liées au développement des biocarburants.

Le nouveau rapport « Alimenter la destruction en Amérique latine » montre que l'explosion des plantations d'biocarburants dans les 7 pays étudiés (1) se fait par des monocultures intensives, qui nécessitent de grandes quantités de terres, de produits chimiques et d'eau. Elles poussent les autres types d'agricultures vers les forêts et les savanes, aggravant la déforestation et la destruction de la biodiversité.

Lucia Ortiz, des Amis de la Terre Brésil, explique : « Les conditions de travail sont extrêmement faibles, parfois proches de l'esclavage. Le travail forcé des enfants existe dans plusieurs pays. En outre, les superficies de terres exigées par les biocarburants entraînent des déplacements forcés de communautés locales, avec des conflits sur le droit à la terre dans tous les pays étudiés, aggravés par la spéculation foncière et l'usage de la violence dans certains cas ».

Adrian Bebb, des Amis de la Terre Europe, ajoute : « Les gouvernements introduisent des dispositions extrêmement favorables à l'agrobusiness (exemptions fiscales, droits de propriété, infrastructures). L'absence de planification de l'usage des terres et l'opacité dans le secteur nourrissent la corruption et les conflits d'intérêts, les gouvernements fermant souvent les yeux face à des activités illégales des producteurs et des propriétaires. Les principaux bénéficiaires sont les gros producteurs, traders et investisseurs, aux dépens des populations locales et de l'environnement ».

Par contre, les biocarburants bénéficient aux multinationales, investisseurs, spéculateurs et grands propriétaires terriens. La cause principale est l'exportation d'biocarburants vers l'Europe et les Etats-Unis : pour stopper la destruction, l'Union européenne doit rejeter tout objectif contraignant d'incorporation dans les transports, selon les Amis de la Terre.
Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre France, conclut : « Le rapport met en évidence que les biocarburants menacent le modèle d'agriculture familiale indispensable dans ces pays pour la production vivrière. L'Union européenne est une des causes majeures de cette catastrophe (avec les Etats-Unis) : elle doit stopper ses importations d'biocarburants venant des pays du Sud. Pour répondre à ses enjeux climatiques et énergétiques, elle doit lutter contre la surconsommation de carburants plutôt que d'aggraver les inégalités et les destructions dans d'autres régions du monde. Nous lancerons début octobre avec le CCFD (2) et Oxfam une campagne dans ce sens, ciblant la Présidence française de l'Union européenne ».
En effet, des multinationales européennes et internationales comme Cargill, Bunge, Dreyfus, Beyer, BASF, Syngenta, Botnia, Total et Monsanto (notamment connu pour ses activités sur les OGM) sont très fortement impliquées dans ce nouveau business selon le nouveau rapport des Amis de la Terre.

Un exemple dramatique au Brésil

Un document publié par la coordination des Amis de la Terre France en juillet 2008 et écrit par Maria-Luisa Mendonça (3) est, à ce titre, édifiant, nous vous en proposons quelques extraits :

"Le cerrado - zone de savane du Haut São Francisco - est connu comme le « père des eaux » car il alimente les principaux bassins hydrographiques du pays. Ici se trouvent les sources du fleuve São Francisco et de ses affluents, le Samburá, le Santo Antônio et le Fleuve du Peixe, ainsi que le Rio Grande, qui débouche sur le fleuve Parana. La faune et la flore sont extrêmement riches et comptent de nombreuses espèces menacées d'extinction. Dans le massif de la Canastra, plus de 300 espèces d'oiseaux et plus de 7000 espèces de plantes ont été identifiés.

Dans la commune de Lagoa da Prata, il y avait déjà une usine sucrière depuis les années 70, propriété d'Antonio Luciano, « colonel » et propriétaire terrien, connu comme l'un des principaux occupants de terres du Minas Gerais. Plus récemment, l'entreprise française Louis Dreyfus a acheté cette usine et étendu la monoculture de la canne pour la production d'éthanol. Ces deux dernières années, d'autres entreprises participent de l'expansion de la monoculture de la canne dans la région.

Les effets sont dévastateurs. Dans la « fazenda » d'Antonio Luciano , on a même dévié le cours du fleuve São Francisco, sans licence environnementale ni études techniques, afin de faciliter l'écoulement de la production. Aussi bien pendant la période initiale d'implantation de la canne à sucre qu'au cours de cette phase récente, la monoculture s'est substituée à des zones de culture et d'élevage de bétail, détruisant, de plus, les réserves forestières et la forêt riveraine. Lors de la mise en place des plantations, les entreprises brûlent clandestinement la végétation native pendant la nuit, elles abattent et enterrent les arbres pour esquiver les contrôles.

« Aujourd'hui, il est courant de trouver des animaux morts sur les routes, fuyant la dévastation de la forêt. Nous avons déjà trouvé des loups, des renards, des tapirs, des fouines, des tatous, des serpents, des garces, des hiboux, des lézards, ainsi que des poissons morts dans le fleuve, tels les surubim, qui atteignent les 40 kilos. Ils plantent de la canne à sucre même sur les bords des rivières et des lagunes », affirme Francisco Colares, professeur de zoologie à l'université d'Iguatama.
D'après Colares, l'usine de Lagoa da Prata utilise l'eau du São Francisco tout au long du processus de production : pour l'irrigation pendant la culture, pour laver la canne après la récolte et pour refroidir les chaudières pendant le processus de transformation. A l'un des points de captation, on pompe 500 litres par seconde- quantité d'eau suffisante pour approvisionner toute la municipalité.

Le processus d'expansion est intense. L'entreprise Total est en train de construire une usine à Bambui et trois autres implantations d'usines sont prévues dans la région- deux à Arcos et une à Iguatama-, en plus de l'expansion de la production à Lagoa da Prata. La culture de la canne arrive jusqu'à la zone de transition autour du Parc National de la Serra da Canastra, considérée par l'Atlas de la biodiversité de Minas Gerais comme d'une très grande importance biologique.

Pour l'agriculteur Gaudino Correia, louer sa terre n'en vaut pas la peine. « Les contrats sont faits pour 12 ans et après, la canne a tout exterminé. L'usine utilise des machines lourdes pour préparer la terre et aggrave l'érosion du sol. Après, ils brûlent la canne et les cendres se répandent dans toute la région(4). Je n'ai pas voulu louer mes terres et je suis encerclé par la canne. Ici, il n'y a plus de terres consacrées à la production vivrière et c'est pour cela que le prix des aliments a tellement augmenté. Mes voisins ont cessé de produire du maïs, des haricots, du café, du lait et ils ont loué leurs terres à l'entreprise Total. Moi, je plante encore du maïs, des haricots et je produis du lait. Mais pour le producteur, le prix n'a pas augmenté, seulement pour les intermédiaires et pour la population. Je parviens encore à produire du lait parce que je fais du fourrage. Si je devais l'acheter, il ne me resterait plus aucune rentrée. Le prix du fourrage a augmenté de 50%, ce qui rend difficile l'élevage des bêtes ».

Rufino décrit les impacts sociaux dans les municipalités de la région. « Les villes sont complètement encerclées car la canne touche les zones urbaines. L'entreprise jette du poison depuis des avions et le taux de cancer dans la population est énorme. Rien que dans ma famille, nous avons cinq cas de cancer, cette situation est commune dans les villes. Il y a plus de 140 travailleurs atteints de problèmes de santé : des tendinites, des problèmes à la colonne vertébrale, de l'asthme et d'autres maladies pulmonaires. Nous avons enregistré cinq morts pour cause d'accidents du travail. Deux travailleurs sont tombés dans les chaudières, un est mort pendant le brûlage de la canne, deux autres sont morts dans des accidents de tracteur ».

Moacir Gomes, ex-président du Syndicat des Travailleurs Ruraux de Bambui, conclut que « le président Lila ne connaît pas la réalité. Comment peut-il dire que la canne ne s'est pas substituée à des zones de production d'aliments ? Les usines sont en train d'apporter la misère et la nourriture va manquer à la table de la population »."

En savoir plus

Notes

(1) Brésil, Argentine, Uruguay, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Salvador
(2) Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD) a publié un dossier édifiant sur les faces cachées de l'ethanol au Brésil
(3) Maria-Luisa Mendonça est coordinatrice de la Rede Social de Justiça e Direitos Humanos (Réseau Social de Justice et de Droits humains, Sao Paulo, Brésil).
(4) D'après une étude menée par Volker Kirchhoff, du Centre des sciences Spatiales et atmosphériques de Sao Paolo, les cendres peuvent se répandre sur un rayon de 200 km.

Liens

Notre dossier sur les biocarburants
En discuter sur notre forum dédié à l'agriculture
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Auteur

Christophe Magdelaine / notre-planete.info (tous droits réservés)

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9 commentaires sur cette actualité

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commentaire Diomède Mujojoma;Bujumbura-Burundi - 15/09/2008, 14:20

Je vous remercie tout d'abord pour les informations que vous ne cessez de m'envoyer,ça me construit. Notre planete est vraiment en danger,la faune et la flore,suite à notre égoisme:nous voulons conquerir notre développement sans nous soucier de notre entourage;ou allons-nous? Pourqoi ne pas promouvoir un développement intégral? Si nous savions que nous creusons notre propre tombe.

commentaire JRB - Avignon - 15/09/2008, 21:20

Agro-carburants, et non pas bio-carburants.

La nuance est de taille !!!

commentaire Christophe Magdelaine - notre-planete.info - 15/09/2008, 22:13

@ JRB - Avignon : la dénomination officielle est "biocarburant", agrocarburant, bien que plus approprié, c'est vrai, n'existe pas.

commentaire bertrand § belgique - 20/09/2008, 14:58

Allez donc voir l'image de marketing que se payent les transnationales, notamment TOTAL entre autres: Des publicités trompeuses et mensongères qui essayent de leurrer l'opinion publique qui les croient concernées et respectueuses de l'environnement!!! Pour quand donc une action forte et concertée, qui ne se limite pas à informer quelques abonnés intéressés et avertis, mais qui impacte vraiment la population générale? Quelle association pourra donc réunir les fonds nécessaires à cette entreprise de contre-publicité qui soit suffisamment efficace pour arriver à faire changer les mentalités assoupies de nos sociétés de consommation (aveugle)?
Il est vrai que ces mouvements existent déjà (voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Antipub), mais l'envergure de leur action est encore inefficace à ce respect... Aux armes citoyens, formez vos bataillons... Cela vous rappelle quelque chose?

commentaire Mathias Amour Ahomadégbé Bénin 20/O9/2008, 19:45 - 20/09/2008, 19:57

Je tiens particulièrement à remercier les responsables du site qui nous informent sur l'état de notre bien commun "la TERRE" c'est bien dommage que ces choses arrivent et soutenues par des intérêts économiques. C'est triste car les victimes de ces actions ne sont pas toujours les acteurs. Une question : A défaut d'une d'une entreprise de contre publicité, n'avons nous pas le droit d'assigner les auteurs de ces actes en justices? Je nous invite à réfléchir dans ce sens. Car nous sommes tous consernés par le désastre.

commentaire adel mazouz algerie - 20/09/2008, 22:23

c'est bien dommage que ces choses arrivent et soutenues par des intérêts économiques. vraiment C'est triste.

commentaire tchouapi de Yaoundé - 22/09/2008, 11:40

après la lecture de cet article, je ne suis pas triste, je ne suis pas gêné, je ne suis pas inquiet. je constate sans étonnement que l'homme fais un maximun d'effort pour sa propre destruction. Et part là, je suis confiant que nous allons périr car la riposte de la nature sera terrible: suivez mon regart!

commentaire Marc en colère de Bordeaux - 22/09/2008, 16:30

Vivement un accès à Internet pour le monde entier afin d'éduquer, d'informer, d'éveiller les jeunes et les plus jeunes encore...Plusieurs générations seront sans doute nécessaire pour changer les hommes de la corruption et de l'argent facilement gagnée sur le dos des moins instruis.
Mon adage favori tombe bien : la facilité est la mort de l'Homme.

Courage à tous ceux qui ne baissent pas les bras et qui communiquent ! La parole, c'est le + de l'H.

Notre planète s'appellera comment ? La bille des grands joueurs !?

C'est vrai, le mot Bio devient de plus en plus galvaudé. L'acro-carburant est plus explicite sur le plan financier, bien sûr.

commentaire pierre - guyane française - 05/10/2008, 22:52


L'homme est tel un ivrogne qui a trop envie d'être ivre pour s'occuper de santé. Son alcool : la voiture, les gadgets, la frime, le luxe inutile.
Il faudrait commencer à interdire les objets de luxe, les grosses voitures à usage individuel, les avions privés, etc...Allons nous crever pour qu'un petit nombre continue à prendre le monde et l'humanité pour leur jouet ?

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