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Quelque 50 millions d'affamés de plus en 2007

8187 lectures / 3 commentaires07 juillet 2008, 10 h 58

Quelque 50 millions d'affamés de plus en 2007Repas d'enfants au Sénégal (millet et lait)
crédit : FAO photo
Le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté de quelque 50 millions en 2007 du fait de la flambée des prix des denrées alimentaires, a déclaré le 3 juillet, M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, au cours d’une conférence au siège du Parlement européen à Bruxelles.

“Les pays pauvres subissent de plein fouet les graves conséquences de la flambée des prix des produits alimentaires et de l’énergie”, a dit M. Diouf.

“Des partenariats nouveaux et plus solides s’imposent d’urgence pour affronter les problèmes de sécurité alimentaire qui s’aggravent dans les pays pauvres. Aucun pays ou institution ne peut, à lui seul, résoudre cette crise. Les bailleurs de fonds, les institutions internationales, les gouvernements des pays en développement, la société civile et le secteur privé ont un rôle important à remplir dans la lutte menée au niveau mondial contre la faim.”

Selon M. Diouf, la crise actuelle est le résultat de plusieurs facteurs réunis : la demande accrue sur les produits agricoles due à la croissance démographique et au développement économique dans les pays émergents ; l’expansion rapide des biocarburants ; et l’insuffisance de l’offre, la production étant affectée par le changement climatique, en particulier les sécheresses et les inondations, au moment où les stocks céréaliers – 409 millions de tonnes – sont à leurs plus bas niveaux depuis 30 ans.

Ces tendances sont exacerbées par les mesures restrictives prises par certains pays exportateurs pour protéger leurs consommateurs et par les fonds spéculatifs sur les marchés à terme.

Les hausses des prix des intrants agricoles sont un obstacle de taille empêchant les pays en développement d’accroître leur production agricole. De janvier 2007 à avril 2008, les prix des engrais en particulier ont augmenté à un rythme beaucoup plus soutenu que celui des prix des denrées alimentaires.

Les défis à venir

En vue de réduire le nombre de sous-alimentés dans le monde tout en répondant à la demande croissante, la production alimentaire mondiale devrait doubler d’ici à 2050.

L’augmentation de la production alimentaire doit avoir lieu principalement dans les pays en développement, là où vivent les pauvres et les affamés et où se vérifiera plus de 95% de l’accroissement démographique.

Il est indispensable que les agriculteurs de ces pays aient accès aux intrants modernes, aux installations de stockage et aux infrastructures rurales.

L’agriculture mondiale devra également relever des défis majeurs, notamment la maîtrise de l’eau et le changement climatique. Plus de 1,2 milliard d’individus vivent aujourd’hui dans des bassins fluviaux où ils ne disposent pas d’assez d’eau pour couvrir leurs besoins et l’inquiétude s’accroît devant la tendance vers l’aggravation de la pénurie hydrique. Quant à l’Afrique subsaharienne, elle n’utilise que 4% de ses ressources en eau renouvelables.

Le monde perd, chaque année, 5 à 10 millions d’hectares de terres cultivables du fait de la grave dégradation des sols, mais en Afrique, en Amérique latine et en Asie centrale, il existe un fort potentiel d’expansion des terres sous culture.

Les gouvernements et les paysans devront également relever le défi du changement climatique en ce qui a trait à l’agriculture. Si les températures moyennes augmentaient de plus de 3 degrés Celsius, les rendements des principales cultures, notamment le maïs, pourraient chuter de 20 à 40% dans certaines parties de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine, a rappelé M. Diouf.

En outre, les sécheresses et les inondations vont probablement s’intensifier provoquant des dégâts supplémentaires aux cultures et des pertes accrues de bétail.

Investir dans l’agriculture

“La situation actuelle est le résultat de la longue négligence de la part de la communauté internationale de l’agriculture des pays en développement”, a fait observer M. Diouf. “La part de l’agriculture dans l’aide publique au développement a chuté, passant de 17% en 1980 à seulement 3% en 2006. Les investissements dans la recherche agricole dans les pays en développement représentent moins de 0,6% de leur produit intérieur brut, contre plus de 5% dans les pays de l’OCDE.”

L’accroissement de la production agricole dans les pays en développement ne sera possible qu’en intensifiant les investissements publics et privés dans l’agriculture. La FAO estime à 24 milliards de dollars par an les besoins en investissements publics supplémentaires, y compris les ressources supplémentaires nécessaires pour la maîtrise de l’eau, les routes rurales, les installations de stockage, la recherche et la vulgarisation, a indiqué M. Diouf.

“Lors du récent Sommet de l’alimentation de la FAO, les engagements des bailleurs de fonds, qui ont atteint quelque 20 milliards de dollars, ont illustré la détermination de la communauté internationale à prendre des mesures en faveur des communautés rurales des pays pauvres”, a ajouté M. Diouf.

Le soutien aux paysans dans les pays en développement grâce à la fourniture de semences et d’engrais doit être une priorité si l’on veut augmenter la production alimentaire dans les pays les plus pauvres. La production de céréales dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier (à l’exclusion de la Chine et de l’Inde) a diminué de 2,2% en 2007, en particulier en Afrique, et pourrait baisser encore en 2008 car les agriculteurs pauvres sont incapables d’acheter les intrants adéquats alors que les prix ne cessent d’augmenter.

“La FAO est actuellement à l’œuvre dans 35 pays. Elle soutient la production agricole dans ces pays grâce à la fourniture de semences sélectionnées, d’engrais et d’autres intrants agricoles essentiels pour les semis d’été. La FAO espère élargir le champ de son action à plusieurs autres pays dans les prochaines semaines”, a indiqué M. Diouf.

En outre, la FAO a récemment approuvé, dans le cadre de son Programme de coopération technique, des projets d’une valeur totale de 23,7 millions de dollars au titre du soutien à la production agricole (fourniture d’intrants) dans 54 pays pauvres.

Autre priorité mentionnée par M. Diouf : le soutien aux balances des paiements et aux budgets des pays à déficit alimentaire. La facture des importations alimentaires des pays à faible revenu et à déficit vivrier a augmenté d’environ 37% en 2007 et pourrait accuser une nouvelle augmentation de 56% en 2008. Elle est aujourd’hui quatre fois plus élevée que son niveau de 2000.

A moyen et long terme, a souligné M. Diouf en substance, il faut se concentrer sur l’augmentation des investissements publics et privés dans l’agriculture afin d’améliorer les infrastructures rurales et permettre aux petits agriculteurs de bénéficier des opportunités du marché. Parallèlement, il convient de renforcer les capacités institutionnelles pour assurer un développement agricole durable.

Auteur

Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ; date originale : 07 juillet 2008, 10 h 58

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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3 commentaires

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avatar Manso / Toulon - 12/07/2008, 16:35

Bonjour,

A la lecture de cette phrase tirée de votre article : "Selon M. Diouf, la crise actuelle est le résultat de plusieurs facteurs réunis : la demande accrue sur les produits agricoles due à la croissance démographique et au développement économique dans les pays émergents", on aurait pu croire qu'une des pistes de réflexion soit justement le fait de réfléchir à des solutions humanistes et démocratiques pour tenter de stopper cette croissance démographique.

Or il n'en est malheureusement rien et des millions d'êtres humains ne verront le jour que pour mourir inexorablement dans les atroces souffrances de la faim...

avatar mireille toulon - 03/08/2008, 11:49

bonjour

oui ! mrs manso vous avez tout a fais raison! le vraie problème est celui que vous soulevez! helas! j ai véccue 5 ans en afrique de l ouest,( togo,ghana, benin)et j ai pu observée leurs comportements et mentalitées,changer leurs croyances et mode vie est un travail de longue halaine qui prendra surement beaucoup de temps, mais cela resoudra une grande parti du problème, outre bien sur ,la triste realité de la crise allimentaire évoquer par MR DIOUF.

avatar Manso / Toulon - 04/09/2008, 14:27

Bonjour Mireille,

Comme nous sommes de la même ville, pourrions nous parler de ces sujets?

remi.manso@neuf.fr

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