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La monnaie est couramment considérée comme émanant de l'État ou du moins régulée par les puissances publiques. Or il existe un ensemble de « monnaies parallèles ou locales » souvent complémentaires et non concurrentes du système en place. Monnaies qui permettent de privilégier les productions régionales et donc limitent les importations et la pollution qui en incombe.
Depuis le début des années 80, les monnaies parallèles fleurissent en marge des Etats. Avec des motivations très diverses, qui vont du gain individuel, en passant par la diminution de son empreinte écologique ou encore la recherche de lien social.
Une petite ville anglaise est depuis plus d'un an en transition : ses habitants consomment moins d'énergie, privilégient les denrées produites localement et délaissent la livre sterling pour une monnaie frappée à l'effigie de leur commune : Totnes, 8 500 habitants, dans le Devon, sud-ouest de l'Angleterre. Pour acheter des pancakes, des crêpes ou des falafels, il faut sortir de la monnaie frappée à l’effigie de la rue principale de la ville et non à l’image de la reine!
La livre de Totnes est imprimée et utilisée localement depuis plus de un an. Son objectif : resserrer les liens entre les habitants et les commerçants locaux, tout en réduisant leur dépendance vis-à-vis des grandes industries. En privilégiant la production régionale, les instigateurs du projet espèrent ainsi réduire les coûts liés à l'acheminement des biens et des denrées produits ailleurs, tout en renforçant le tissu social local. « Le but est de garder l'argent dans la région en le retenant au sein de la communauté. Si vous observez les régions en crise, vous constaterez que leurs problèmes économiques sont liés à la fuite des richesses », explique Noel Longhurst, l'un des responsables du projet.
Cette monnaie est un véritable succès, et le phénomène fait désormais tache d'huile. Quatre "bureaux de change" permettent d’ors et déjà d'échanger une livre anglaise contre une livre de Totnes. Et à l'heure actuelle, on compte plus de 6 000 livres de Totnes en circulation. L'émission de cette monnaie parallèle s'inscrit dans le cadre du projet "Ville en transition" mis en place en 2006 à Totnes. Les zones "en transition" – dont le premier modèle fut lancé il y a quelques années par Rob Hopkins, dans la ville irlandaise de Kinsale – reposent sur une stratégie pour lutter contre les effets du
changement climatique et de l'épuisement des ressources pétrolières, sujet d’actualité...
Outre la livre de Totnes, les écologues ont mis en place des "ateliers sur la dépendance au pétrole" pour expliquer aux commerçants comment réduire leur consommation. Le groupe est actuellement en négociation avec la mairie pour créer des "plates-bandes potagères" au lieu des buissons et autres massifs décoratifs. Les militants conseillent aux habitants de passer à l'énergie produite localement, encouragent l'usage de chauffe-eau solaires et d'ampoules à faible consommation. Bref, « le pays de Galles fait figure de pionnier. Nous avons maintenant une cinquantaine de projets officiels de villes en transition et plus de 700 ‘nouveaux convertis', notamment en Nouvelle-Zélande et en Australie. Nous veillons à ce que nos publications soient traduites en plusieurs langues. La diffusion presque ‘virale' des villes en transition a surpris tout le monde. Nous sommes passés d'un unique projet à cinquante en bonne et due forme et plus de 700 en chantier, principalement grâce au bouche-à-oreille et à Internet », se réjouit Rob Hopkins. Des initiatives similaires devraient voir le jour cette année à Lampeter, Llandeilo et Llandovery, toujours dans le pays de Galles.
Plutôt que de céder à cet idéalisme simpliste, les monnaies sociales doivent, pour gagner en efficacité, repartir de ce qui fonde le succès d’une monnaie : la confiance. Or la confiance dans la monnaie est lente et difficile à construire. Elle repose d’abord sur l’organisation du système de paiements, selon un ensemble de règles adapté aux objectifs recherchés.
Les monnaies parallèles permettent de dynamiser l'activité dans un espace donné, ou de lutter contre la perte d'activité de cet espace, liée parfois à un manque de monnaie nationale. Cependant leur impact reste cependant très limité : « A l’exception notable de l’Argentine, nulle part les monnaies sociales n’ont acquis de taille significative par rapport à l’activité économique et sociale nationale. » Cette intense créativité monétaire ne doit donc pas trop faire rêver les apprentis monnayeurs. Il ne suffit pas de dire « que l’argent soit » pour que le pouvoir d’achat se crée miraculeusement. Il ne faut pas non plus imaginer qu’il suffirait de changer de monnaie pour changer le monde. Ce serait bien trop simple.
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Références
-Exclusion et liens financiers. Monnaies sociales, rapport 2005-2006, par Jérôme Blanc (dir.), éd. Economica, 2006.
-Approches historiques et théoriques. Thèse de Jérôme Blanc, Université de Lyon 2, 1998
-Sites Internet sur les monnaies sociales :
http://money.socioeco.org ou
http://selidaire.orgLiens
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Gaelle NazeLes opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info