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L'argent au secours du développement durable ?

4291 lectures / 2 commentaires19/06/2008, 09:34
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L'argent au secours du développement durable ?
Auteur non identifié
La monnaie est couramment considérée comme émanant de l'État ou du moins régulée par les puissances publiques. Or il existe un ensemble de « monnaies parallèles ou locales » souvent complémentaires et non concurrentes du système en place. Monnaies qui permettent de privilégier les productions régionales et donc limitent les importations et la pollution qui en incombe.

Depuis le début des années 80, les monnaies parallèles fleurissent en marge des Etats. Avec des motivations très diverses, qui vont du gain individuel, en passant par la diminution de son empreinte écologique ou encore la recherche de lien social.
Une petite ville anglaise est depuis plus d'un an en transition : ses habitants consomment moins d'énergie, privilégient les denrées produites localement et délaissent la livre sterling pour une monnaie frappée à l'effigie de leur commune : Totnes, 8 500 habitants, dans le Devon, sud-ouest de l'Angleterre. Pour acheter des pancakes, des crêpes ou des falafels, il faut sortir de la monnaie frappée à l’effigie de la rue principale de la ville et non à l’image de la reine!

La livre de Totnes est imprimée et utilisée localement depuis plus de un an. Son objectif : resserrer les liens entre les habitants et les commerçants locaux, tout en réduisant leur dépendance vis-à-vis des grandes industries. En privilégiant la production régionale, les instigateurs du projet espèrent ainsi réduire les coûts liés à l'acheminement des biens et des denrées produits ailleurs, tout en renforçant le tissu social local. « Le but est de garder l'argent dans la région en le retenant au sein de la communauté. Si vous observez les régions en crise, vous constaterez que leurs problèmes économiques sont liés à la fuite des richesses », explique Noel Longhurst, l'un des responsables du projet.

Cette monnaie est un véritable succès, et le phénomène fait désormais tache d'huile. Quatre "bureaux de change" permettent d’ors et déjà d'échanger une livre anglaise contre une livre de Totnes. Et à l'heure actuelle, on compte plus de 6 000 livres de Totnes en circulation. L'émission de cette monnaie parallèle s'inscrit dans le cadre du projet "Ville en transition" mis en place en 2006 à Totnes. Les zones "en transition" – dont le premier modèle fut lancé il y a quelques années par Rob Hopkins, dans la ville irlandaise de Kinsale – reposent sur une stratégie pour lutter contre les effets du changement climatique et de l'épuisement des ressources pétrolières, sujet d’actualité...

Outre la livre de Totnes, les écologues ont mis en place des "ateliers sur la dépendance au pétrole" pour expliquer aux commerçants comment réduire leur consommation. Le groupe est actuellement en négociation avec la mairie pour créer des "plates-bandes potagères" au lieu des buissons et autres massifs décoratifs. Les militants conseillent aux habitants de passer à l'énergie produite localement, encouragent l'usage de chauffe-eau solaires et d'ampoules à faible consommation. Bref, « le pays de Galles fait figure de pionnier. Nous avons maintenant une cinquantaine de projets officiels de villes en transition et plus de 700 ‘nouveaux convertis', notamment en Nouvelle-Zélande et en Australie. Nous veillons à ce que nos publications soient traduites en plusieurs langues. La diffusion presque ‘virale' des villes en transition a surpris tout le monde. Nous sommes passés d'un unique projet à cinquante en bonne et due forme et plus de 700 en chantier, principalement grâce au bouche-à-oreille et à Internet », se réjouit Rob Hopkins. Des initiatives similaires devraient voir le jour cette année à Lampeter, Llandeilo et Llandovery, toujours dans le pays de Galles.

Plutôt que de céder à cet idéalisme simpliste, les monnaies sociales doivent, pour gagner en efficacité, repartir de ce qui fonde le succès d’une monnaie : la confiance. Or la confiance dans la monnaie est lente et difficile à construire. Elle repose d’abord sur l’organisation du système de paiements, selon un ensemble de règles adapté aux objectifs recherchés.
Les monnaies parallèles permettent de dynamiser l'activité dans un espace donné, ou de lutter contre la perte d'activité de cet espace, liée parfois à un manque de monnaie nationale. Cependant leur impact reste cependant très limité : « A l’exception notable de l’Argentine, nulle part les monnaies sociales n’ont acquis de taille significative par rapport à l’activité économique et sociale nationale. » Cette intense créativité monétaire ne doit donc pas trop faire rêver les apprentis monnayeurs. Il ne suffit pas de dire « que l’argent soit » pour que le pouvoir d’achat se crée miraculeusement. Il ne faut pas non plus imaginer qu’il suffirait de changer de monnaie pour changer le monde. Ce serait bien trop simple.

En savoir plus

Références

-Exclusion et liens financiers. Monnaies sociales, rapport 2005-2006, par Jérôme Blanc (dir.), éd. Economica, 2006.
-Approches historiques et théoriques. Thèse de Jérôme Blanc, Université de Lyon 2, 1998
-Sites Internet sur les monnaies sociales : http://money.socioeco.org ou http://selidaire.org

Liens

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Auteur

Gaelle Naze

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info


2 commentaires sur cette actualité

commentaire COLPIN Didier nantes - 20/06/2008, 17:18

ASPECT SOCIETAL DU « DEVELOPPEMENT DURABLE "

Mixité mieux que parité et conciliation des temps de vie pour l'homme comme pour la femme.

- Place de l’Humain. Le « développent durable » s’appuie sur trois piliers : économique, environnental et sociétal. Car rien n’est faisable sans l’Humain ! Et, c’est dans cette logique, que lorsque les partenaires sociaux sont invités à s’exprimer sur des sujets comme la mixité dans l’entreprise et la place des femmes ou bien la conciliation des temps de vie, ce n’est pas au Ministère du Travail qu’ils se rendent, mais à celui du Développement durable ! Détaillons quelque peu.

- Constat du déséquilibre. A ce jour, persiste toujours un écart de 25% entre le salaire moyen des hommes et celui des femmes… S’il faut être positif, alors soulignons que cela est infiniment mieux que dans les années 60 où cette différence flirtait avec les 50% ! Est-ce pour autant satisfaisant ? Bien évidemment non ! Est lié à cet aspect financier du déséquilibre, la ségrégation pratiquée dans l’attribution de responsabilités : d’une manière plus ou moins consciente, les différents acteurs de la vie professionnelle -tant masculins que féminins, du postulant à un poste au décideur- ont encore tendance à spécialiser le rôle social de l’homme et de la femme au détriment du potentiel de l’individu, quelque soit son sexe. Ce frein à l’égalité génère un « plafond de verre », un « plancher collant » qui empêche les femmes d’accéder en plus grand nombre à des postes de direction : L’exercice du pouvoir reste un apanage masculin… Hommes et femmes ne sont pas en égalité dans l’entreprise : Plusieurs enfants, c’est plutôt favorable à la carrière d’un homme, et défavorable à celle d’une femme. C’est ce qui appelé la « notion de l’escalier inversé ».

- Une explication culturelle. Ne nous voilons pas la face, la phallocratie y est pour beaucoup… En effet, à qui les lois -faites historiquement par les hommes- n’ont-elles régulièrement reconnu qu’une citoyenneté de second rang sinon aux femmes ? Sans s’y étendre, il fallait mentionner ce travers… Cela étant fait, arrêtons nous sur un autre aspect. Dans le cadre d’une société agricole, la répartition des tâches s’effectuait pour beaucoup sur base de la force physique : les hommes aux labours, à la forge, etc., les femmes -qui alors travaillaient toutes- s’occupant des animaux plus petits de la « basse-cour », de la préparation des repas nombreux car en ces temps, les ouvriers agricoles l’étaient également, sans oublier l’entretien des vêtements pourtant appropriés à des travaux difficiles dans les champs. La notion alors très forte d’ « habits du dimanche » illustre, en creux, cette réalité d’une autre époque… Autre époque car la « révolution industrielle » est apparue et avec elle l’exode rural. Mais les mentalités sont restées. Et les femmes se sont retrouvées en ville trop souvent « enfermées dans la cuisine »… Bien sur, elles sont entrées dans ce qui est appelé « le monde du travail », parfois par la force de circonstances dramatiques, comme dans le contexte du premier conflit mondial, mais souvent aussi par une volonté active et positive d’émancipation comme la revendication du droit à l’éducation et du droit de vote pour n’en citer que deux. Aujourd’hui, fort heureusement, plus personne ne taxe de « mauvaise mère » celle qui travaille, ce qui reviendrait à transformer la maternité en piège, et rares sont ceux qui osent encore professer que les femmes devraient rester « à la maison ». Il est admis dans la culture française que les femmes sortent de la sphère du privé. Pourtant, l’écart de salaire indiqué dans les premières lignes de cet article illustre qu’encore aujourd’hui, les femmes sont considérées comme une force d’appoint et non comme un véritable moteur de l’économie. Il faut en conséquences accepter de revisiter les rôles de l’homme et de la femme : l’homme doit prendre plus de place dans la famille, aux femmes de l’accepter et, conséquence logique, la leur évoluera dans l’entreprise.

- L’équilibre visé. Le vocable « équilibre » nous vient du latin libra qui signifie balance. Il faut donc comprendre « forces égales » ou « égalité de forces ». En d’autres termes, il s’agit de casser la marginalisation dont les femmes font l’objet, sans pourtant jouer la carte de l’opposition, et encore moins de la guerre des sexes car cet objectif ne pourra être atteint qu’avec les hommes et non pas contre eux… Sans oublier les métiers où se sont ces derniers qui, sans raisons objectivement défendables, sont minoritaires… Il faut donc favoriser une plus grande mixité, dans les différentes branches professionnelles, comme dans la hiérarchie. « L’équilibre visé » disions-nous il y a quelques instants. Mais il faut parler au pluriel car un autre équilibre est aussi dans le viseur : la conciliation des temps de vie. Manquer d’équilibre en favorisant sa « carrière » au détriment de sa famille revient à risquer la pérennité de celle-ci : pour favoriser la conciliation de ces deux pôles indispensables à la réalisation et à l’épanouissement de soi, les solutions existent : création, de crèches interentreprises, de services de garde d’enfants malades, de repassage, d’horaires individualisés. Tout cela afin que les couples bi actifs aient à leur disposition toute une panoplie d’outils facilitateurs qui doivent se révéler comme étant de véritables passerelles reliant deux mondes qui ne sont pas antinomiques : vie professionnelle et vie familiale. Pour la femme, comme pour l’homme !

- Concrètement. Comment dépasser le stade des « vœux pieux », des paroles sans lendemain, des intentions qui restent lettres mortes ? Comment œuvrer pour obtenir autre chose qu’un équilibre instable ou un équilibre précaire, ce qui serait pour le moins renversant ? Ou comment passer des actions sporadiques à l’enracinement de l’égalité professionnelle dans le quotidien de l’entreprise ? Il nous est possible, par un changement de culture, de faire évoluer les mentalités. A commencer par la notre (croyons nous qu’au féminin « il regarde assis dans le salon la télévision » se dit « elle fait debout dans la cuisine la vaisselle » ?). La concrétisation visée ne se fera pas non plus contre les employeurs mais avec eux, dans une perspective de dialogue, par la mise en place d’une communication visant à ce que ceux-ci demandent le « Label Egalité Professionnelle » AFAQ/AFNOR Et il est préférable de parler mixité plutôt que parité car il serait regrettable que des quotas écartent des compétences… Si ce qui est ambitionné ici semble irréaliste, il faut se remémorer qu’une des leçon apportée par l’Histoire est que « l’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain »…

- Pour conclure. La LIBERTE de l’Humain passe par une EGALITE de droits pour les deux entités qui le compose. Et seule cette égalité, en excluant tout apartheid, permet une pleine FRATERNITE des sexes. « Rester à la maison » est respectable et doit être respecté. Si c’est un choix éclairé et partagé. « Travailler » est respectable et doit être respecté. Si c’est un choix éclairé et partagé. Et dans des conditions juridiquement identiques avec des chances qui le sont donc également !

COLPIN Didier

commentaire mouttet annie maule yvelines - 23/06/2008, 22:35

Ca fait plaisir de voir qu'un peu partout les choses bougent et qu'enfin elles sont diffusées grâce à internet . Même si juste avant , j avais lu la prolifération des centrales nucléaires dans le monde ....De quoi vous plomber le moral...
Merci aussi à Didier Colpin pour son propos...Juste comme çà une petite question:connaissez-vous beaucoup d'hommes qui pratiquent la "mixité" des tâches après la journée de travail?
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