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Pétrole : la fin d'un monde

5275 lectures / 10 commentaires02/06/2008, 11:35
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Avec un baril de pétrole dont le prix a quintuplé en 5 ans et qui se rapproche inexorablement du seuil symbolique des un dollar le litre (159 dollars le baril), nous entrons bien plus rapidement que prévu dans une nouvelle ère économique dont le grand défi est devenu la substitution de l’énergie par l’information à tous les niveaux de production et d’organisation de nos sociétés.

On estime qu’il reste environ 160 milliards de tonnes de pétrole conventionnel à extraire. En supposant que la consommation mondiale reste à son niveau actuel - 4 milliards de tonnes par an - il nous reste donc à peine plus de 40 ans de consommation. Or, selon l’AIE, la consommation mondiale de pétrole pourrait passer de 4 à 6 milliards de tonnes d’ici 2030 à cause notamment du développement économique accéléré de l’Asie.

Certes, ces estimations ne tiennent pas compte des réserves sous forme de pétrole non conventionnel, schismes bitumineux, pétrole profond, ni des progrès qui peuvent intervenir dans le taux de récupération des gisements mais ces variables ne changent pas fondamentalement la donne et ne pourront que nous faire gagner une ou deux décennies supplémentaires. L’exploitation de ce pétrole non conventionnel a en outre un coût énergétique et environnemental considérable.

Globalement la consommation énergétique de l’humanité s’élève à un peu plus de 10 gigatonnes d’équivalent pétrole par an et le pétrole représente donc, à lui seul, près de 40 % de cette consommation mondiale.

Nous pouvons bien sûr parier, comme le font les Etats-Unis, sur l’innovation technologique, pour accélérer le basculement vers "l’aprés pétrole" mais s’en remettre exclusivement à la technologie (qu’il s’agisse du charbon "propre, de la séquestration de carbone, de l’hydrogène ou des énergies renouvelables), sans remettre en cause fondamentalement nos modes de vie, relève à mon sens de l’illusion dangereuse. Nous devons en effet changer radicalement de perspective d’approche et admettre que le vrai défi consiste d’abord à réorganiser nos économies et nos sociétés de manière à réduire à la source nos besoins en énergie et à instaurer en principe généralisé la recherche de la sobriété énergétique et d’une croissance économique écocompatible.

Sachant qu’un humain sur deux vit à présent dans les villes, cela suppose notamment une réorientation profonde de nos conceptions et politiques d’urbanisme, d’aménagement du territoire et de transports afin de contenir l’étalement urbain et de repenser nos villes de façon à optimiser leur efficacité énergétique et leur empreinte écologique en concevant des unités urbaines qui intégreront, au lieu de les dissocier, les pôles de travail, de logement et de loisirs.

Cette question de l’urbanisme et des transports est capitale en matière énergétique et environnementale. Une étude du MIT a par exemple montré que la consommation énergétique moyenne d’un habitant d’Atlanta, ville américaine à l’urbanisme dispersé, était 7 fois plus grande que celle d’un habitant de Barcelone, ville méditerranéenne à l’urbanisme dense. Même si cela n’est pas facile dans un pays où beaucoup de familles rêvent de vivre dans une maison individuelle, nos responsables politiques doivent avoir le courage d’ouvrir ce débat sur la densification urbaine. En trente ans, la distance moyenne parcourue en voiture pour se rendre de son domicile à son travail a été multipliée par trois et nous devons absolument inverser cette tendance qui n’est plus tenable, ni économiquement ni écologiquement.

Nous devons également avoir le courage d’ouvrir un vrai débat démocratique sur la question de la restriction de l’usage de l’automobile dans les centres ville et de l’instauration de péages urbains modulables en fonction du nombre de passagers, de l’heure ou du type de véhicule. On peut imaginer aller plus loin en accordant des réductions d’impôts ou de taxes aux entreprises ou particuliers particulièrement sobres en matière énergétique. Il faut également, grâce à un cadre législatif et fiscal adapté, favoriser l’essor du télétravail afin qu’il représente d’ici 10 ans 20 % du temps consacré aux activités de services publics et privés.

De récentes études scientifiques montrent que, compte tenu des délais liés à l’inertie thermique des océans, si nous voulons stabiliser le climat, il nous faut non seulement réduire de moitié au niveau mondial nos émissions de gaz à effet de serre mais tendre à une production énergétique totalement décarbonnée d’ici la fin de ce siècle.

Pour atteindre de tels objectifs, le développement massif, même de plusieurs ordres de grandeur, de la production d’énergie renouvelable (y compris le nucléaire), bien qu’absolument nécessaire, n’est qu’une réponse partielle et insuffisante et nous devons d’abord réorganiser en profondeur nos économies et nos sociétés autour du concept de sobriété énergétique et de productivité informationnelle et cognitive en réduisant à la source nos besoins globaux en énergie et en améliorant de manière considérable l’efficacité et le rendement énergétique dans l’ensemble des activités humaines.

Notre civilisation va devoir apprendre à produire et à transformer le maximum d’information en connaissance et en richesses en utilisant le minimum d’énergie et en recherchant systématiquement la valeur ajoutée écologique qui devra simultanément préserver la biodiversité gravement menacée, valoriser et utiliser les matériaux et produits naturels et intégrer le recyclage et l’ecocompatibilité de l’ensemble des productions industrielles et humaines dès leur conception.

Mais, à ce stade de réflexion, il faut éviter tout malentendu idéologique ou philosophique : un tel objectif ne signifie nullement la soumission au mythe dangereux du retour à une nature idéalisée, toute puissante et vierge qui n’a jamais existé. Depuis le néolithique, l’homme n’a cessé de transformer profondément la nature et son environnement pour survivre puis améliorer ses conditions de vie et ceux qui, s’enfermant dans de nouvelles formes d’intégrisme et de conservatisme, et remettent en cause la nécessité de l’innovation et du progrès scientifique, notamment dans les sciences du vivant, se trompent de combat et veulent répondre de manière simpliste et dogmatique à des défis planétaires complexes et globaux.

Pour réussir cette mutation de civilisation, l’espèce humaine doit plus que jamais mobiliser toutes ses capacités d’innovation, non seulement dans les domaines scientifiques et techniques mais aussi dans les domaines sociaux, économiques et démocratiques, pour concevoir de nouveaux modes et outils de gouvernance, de régulation et de contrôle socio-politiques. Il nous appartient, sans nous enfermer dans des cadres de pensée réducteurs, de faire preuve d’audace créatrice et d’être à la hauteur morale et intellectuelle des immenses défis que notre planète doit relever.

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Auteur

René TREGOUËT (www.tregouet.org)

10 commentaires sur cette actualité !

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Nona Kroma Abibdjan ( Côte d'Ivoire) onglgt@yahoo. - 19/09/2008, 15:28
L' épuisement considérable des ressources naturelles en général et du pétrole en particulier doit exiger leur préservation par des mesures à l'échelle planétaire notamment la réduction du gaspillage dans les pays industrialiés, la lutte contre la pollution ( en particulier les océans), le recyclage de l'eau et des matières premières, l' augmentation de la durée de vie des produits manufacturés et le dévellopement des sources d'énergie nouvelles: énergie solaire, géotermique, thermonucléaire contrôlée etc.
Salva France - 13/07/2008, 18:57
La fin de ce monde là n'est pas à regretter. Enfin nous pourrons partir sur de nouvelles bases pour en construire un que nous espérons meilleurs.
Pour moi il n'y a pas 36 solutions.
- Décroissance
- Dénatalité
Sont les seules solutions pour une monde meilleurs. Cela ne veut pas dire que je renie le progrès scientifique. Mais faire des bandages sur une jambe cassé n'a jamais été un progrès.
Salutations.
Guillaume, Lyon - 17/06/2008, 00:53
"En supposant que la consommation mondiale reste à son niveau actuel - 4 milliards de tonnes par an - il nous reste donc à peine plus de 40 ans de consommation."

Il faut arrêter de citer tout le temps ce chiffre de 40 qui ne veut absolument rien dire. La production ne sera pas constante. Il faut s'en occuper maintenant et pas dans 30 ou 40 ans. La production va très bientôt décliner. Un peu moins chaque année. Tout de suite, pas en 2048.

@Ronan : Qu'attendent les constructeurs auto ? C'est pourtant simple : les voitures électriques sont hors de prix et nettement moins performantes que les voitures à essence ! Personne ne voudrait en acheter... En attendant, vive le vélo.
Laurent 13 - 16/06/2008, 09:45
Je suis carrément d'accord, mais alors 100% d'accord avec tous ce que vous écrivez. La fin de la vie telle que nous la connaissons actuellement est très proche et tous nos déplacements qui étaient "à bas prix" vont devenir "un luxe".

Il faut vite faire quelque chose, tous les citoyens le savent, les gouvernements le savent, les dirigeant le savent, les pétroliers le savent, les constructeurs automobiles le savent et pourtant rien avance....???
Ronan. Quimper - 10/06/2008, 11:44
1. Le litre d'essence ou de gasoil sera bientôt a 2 euros et sans doute 3 euros l'année prochaine. Conséquence : la plupart des européens et des autres habitants de la planète vont utiliser de moins en moins leur voiture dans les mois à venir.
2 . Pourquoi changer de voiture pour un modèle ( neuf ou occasion ) qui consommera à peu pres autant ou à peine moins que votre véhicule actuel ? Surtout si vous faites tout pour ne pas l'utiliser étant donné le prix devenu délirant du carburant ...
3. Le marché de l'auto s'effondre et toute l'économie mondiale avec.

CONCLUSION : Qu'attendent nos imbéc.. de constructeurs automobiles pour proposer des véhicules plus léger avec des solutions techniques nouvelles ( qu'ils ont dans leurs cartons depuis des années ! ) pour une consommation moitié moindre ? Ils veulent que l'ont se retrouvent tous à la rue ?
Il serait temps qu'ils lachent le lobby pétrolier auquel ils sont inféodés depuis tant d'années ...
Jean-Paul - SETE - 07/06/2008, 14:50
A travers la lecture des commentaires, on trouve des arguments très intéressants et sérieux. Les énergies fossiles ne sont aujourd'hui que le prétexte que de faire des bénéfices astronomiques. Ce fonctionnement est dicté par les directives cadre, mentionnées dans l'AGCS.
Tout le monde à raison quand on écrit que, NOUS FRANCAIS, nous sommes les idiots de la planète. Il faut remonter à plusieurs années en arrières, lors des fermetures des mines de charbon. Idiots les décideurs à la science infuse, pour avoir obligé l'inondation de ces mines, ce qui interdit la remise en fonction de ces lieux de production.
"Georges polian", exprime une réflexion juste, comme "En Passant" concernant les américains.
En France, nous sommes pas plus "con" que les autres Nations. Nous AVONS ces moteurs sans énergie, nous avons ces engins non polluants, mais il vaut mieux permettre aux industriels / financiers de produirent à bas prix et vendre à haute rentabilité. Il serait intéressant de reprendre les écrits de Jean-Pierre PETIT, chercheur au CNRES
Les BILDERBERG ont écrit que le peuple est incapable de raisonner et de se diriger tout seul, il faut mettre en place un gouvernement Mondial, et EUX sont tout désignés pour réaliser cette opération.
C'est les ILLUMINATI qui contrôlent le monde, ils sont les maîtres pour décider si les ressources doivent être mises en recherches ou si elles doivent restées inconnues, mais surtout pour leurs profits.
L'OMC, organe qui dirige les économies est le principal responsable des dysfonctionnement des pays sous développés, comme en ce moment sur Europe. Ils maintiennent dans le marasme, la famine et les génocides organisés les peuples sans gouvernance. Les Américains imposent leur suprématie dans le monde, ils maintiennent la main mise sur les ressources au moyen Orient, y compris en Russie.
Je pense qu'une organisation comme Planète peut influencer les raisonnements des gens bien pensants !
otso à l'ouest - 03/06/2008, 07:51
Je travaille pour un pétrolier. Il sont bien moins optimistes que cet article sur le nombre d'années de réserves. Bien que les recherches continuent et qu'il y a des champs inconnus, les ressources prouvées sont plus près des 25 ans que des 40.
En Passant - Sud de la France - 02/06/2008, 22:23
Curieux que vos américains inadaptés à la révolution que vous annoncez ont déjà plus de véhicules électriques en circulation que nous, et paient les voitures avec un potentiel d'adaptation au futur, telles que la Prius, bien moins cher que nous (20K$, soit 15KEuros). Dans notre vieille Europe on réfléchit beaucoup pendant que le reste du monde agit... Ah oui, et en France pas question de se fabriquer son propre véhicule qui-ne-passera-pas par les très importantes taxes - les Mines veillent. Pendant ce temps, quelques "abrutis" d'américains se montent leurs propres véhicules électriques... Ce n'est pas interdit chez eux. Chez nous, on légifère et on retarde l'inévitable.
jean-charles, montpellier - 02/06/2008, 18:53
Votre rédacteur, traitant l'hydrogène comme une source d'énergie, oublie qu'il n'est qu' un VECTEUR d'énergie. Il faut l'extraire de la molécule d'eau, ce qui demande un peu plus d'énergie (compte tenu des pertes inévitables) que celle que l'on peut ensuite récupérer par sa combustion, ou son utilisation dans une pile à combustible.
georges polian, epinay s/orge, Essonne - 02/06/2008, 15:24
En 1ère lecture rapide, ce texte me parait excellent, et bien poser divers aspects du défi capital auquel l'Humanité va se trouver (se trouve) confrontée. C'est en très bon accord avec ce que desspécialistes, tel J.M. Janvovici, écrivent et disent. A lire, diffuser, et méditer (avant de passer à l'action!). Toutefois, un aspect n'est pas évoqué : le fait que la raréfaction et l'augmentation accélérée du prix du pétrole (inéluctable, il faudra que pêcheurs, routiers, taxis, agriculteurs, etc., intègrent cette donnée!), provoque déjà un retour vers le charbon, dont les réserves sont largement supérieures à celles d'hydrocrabures. Ce qui est, - et surtout sera- catstrophique pour le climat et l'environnement. Le remède pire que le mal! Il faut, il faudra absolulment enrayer cette désastreuse "fuite en avant". Comment???
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