Alors que les biocarburants sont de plus en plus controversés, le gouvernement allemand vient d'annoncer qu'il renonçait finalement au développement massif et rapide des biocarburants. En cause : l'inadéquation du parc automobile allemand avec le nouveau carburant attendu pour 2009, l'E10, en sus des pressions écologistes contre cette fausse bonne idée...
Vendredi 4 avril 2008, à Berlin, le ministre allemand de l’Environnement, le social-démocrate Sigmar Gabriel, a annoncé que son gouvernement renonçait au développement des biocarburants. Des résultats d'études inattendus et des pressions ont eu raison de ce levier d'action pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
"Nous avons tous ensemble sous-estimé les problèmes", a reconnu le ministre. l'Allemagne mise sur l'essor des biocarburants en prévoyant dès l'année prochaine l'introduction massive de l'E10, un nouveau carburant qui contient 10% d'éthanol et 20% dès 2020.
Cependant, ce nouveau carburant se heurte à des limites techniques, connues, mais qui ne devaient pas affecter plus d'un million de véhicules :
- le mélange est jugé trop corrosif pour un grand nombre de véhicules, ce qui diminuerait la durée de vie de certaines pièces du moteur.
- l'E10 n'est pas compatible avec les voitures les plus anciennes (plus de 15 ans).
Or, selon un rapport remis jeudi au ministère par la fédération des importateurs de voitures (
VDIK), 3,3 millions de véhicules (soit 30% des voitures étrangères) présenteraient des incompatibilités techniques avec le carburant qui devait être vendu en 2009. C'est beaucoup plus que le million prévu, même si le passage à l'E10 aurait pu être un moyen de renouveler plus rapidement le parc automobile et donc de diminuer les émissions.
Par conséquent, les automobilistes qui n'auraient pu se fournir en E10 auraient été contraints, dans un premier temps, d'utiliser du "Super Plus", un carburant plus cher et plus polluant, ce qui aurait été évidemment contre productif. "Notre politique environnementale ne veut pas être responsable du fait que des millions de conducteurs se mettent à utiliser de l'essence Super Plus", a commenté le ministre sur la chaîne
ARD. D'autant plus que les automobilistes touchés seraient majoritairement des personnes à revenu modestes.
En revanche, « plus de 98 % des quelque 21 millions de véhicules de production allemande dotés d'un moteur à essence peuvent faire le plein avec le E-10 », a déclaré le président de la fédération allemande de l'industrie automobile (
VDA), Matthias Wissmann. Celui-ci défend l'introduction des biocarburants, estimant que les véhicules allemands sont prêts, même si il avoue que "nous devons encore faire beaucoup de chemin avec nos plus grosse voitures", dans un plaidoyer en faveur des biocarburants... De deuxième génération.
Ce revers important pour les biocarburants de première génération pourrait être soutenu par l'Autriche : près de 400 000 véhicules ne pourraient pas supporter le passage à l'E10 d'ici à 2010.
Au final, seul le passage à 7 % d’éthanol pour le diesel en janvier est maintenu, alors que le taux actuel en Allemagne est de 5%. L'objectif européen de 10% d'ici à 2020 devrait être respecté, a assuré le ministre.
Les objectifs allemands sur la réduction des gaz à effet de serre ne sont pas remis en cause
L'Allemagne s'est engagée, en vertu du Protocole de Kyoto, a diminuer à l'horizon 2012, ses émissions en gaz à effet de serre d'au moins 21% par rapport à celles de 1990. Jugé insuffisant cet objectif a été revu à la hausse par l'Etat allemand qui vise dorénavant à une diminution de 40% de ses émissions d'ici à 2020, contre 20% au niveau européen.
C'est pourquoi, pour maintenir ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre tout en abandonnant ses ambitions sur les biocarburants, l'Allemagne souhaite augmenter la part des énergies renouvelables. Ainsi, elle passerait de 30 % d'ici à 2020, contre 27,5 % prévus initialement, a annoncé Sigmar Gabriel. De plus, les constructeurs automobiles devront poursuivre leurs efforts techniques pour limiter les émissions de CO2 des véhicules à 120 grammes par kilomètre d'ici à 2012.
Les biocarburants de plus en plus controversés
Cette décision importante et assez inattendue ravit les détracteurs des biocarburants dont les prétendus bénéfices environnementaux s'amenuisent avec les études qui portent sur ce sujet. A ce titre, les biocarburants, d'une manière générale et à l'échelle de la planète, sont accusés de :
- favoriser le déboisement dans les forêts tropicales au profit du palmier dont l’huile est transformée en diester utilisé dans les véhicules diesel ;
-
concurrencer la production alimentaire faisant augmenter les prix alors que la famine et la malnutrition augmentent régulièrement touchant actuellement quelque 850 millions de personnes dans le monde ;
-
pousser les autochtones à l'exode sous la pression des exploitants ;
-
de ne pas émettre moins de CO2 que les carburants classiques ;
-
d'émettre plus de polluants locaux que les carburants classiques ;
Heureusement, les biocarburants de seconde génération qui exploitent notamment les résidus forestiers et agricoles
semblent bien plus prometteurs. Toutefois, leur démocratisation n'est pas attendu avant 2015 et ils ne représentent évidemment pas une solution durable au problème plus large de l'explosion du transport automobile sur la planète.
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