Dans le Nord Est des Etats-Unis, des milliers de chauves-souris ont été retrouvées mortes à l’intérieur des grottes dans lesquelles elles passaient l’hiver. Plusieurs Etats sont concernés : l’état de New York, le Massachusset et le Vermont entre autre. Parmi les grottes concernées, on trouve dans le Vermont la grotte Morris à Danby et la grotte Aeolus à Dorset, laquelle abrite l’une des colonies de chauves-souris les plus importantes de la Nouvelle Angleterre. Ces deux grottes semblent être touchées par ce que l’on appelle « le syndrôme du nez blanc » depuis la mi-février.
Le syndrôme du nez blanc avait déjà affecté certaines grottes accueillant des chauves-souris pendant leur période d’hibernation l’année dernière, et il est réapparu cet hiver. On nomme ainsi cette maladie à cause d’un champignon qui forme un anneau blanc autour de la bouche et du museau des animaux contaminés.
L’infection décime littéralement les populations de chauves-souris. Et quand on sait la difficulté de ces animaux à se reproduire, on comprend le fléau que cela représente pour la pérennité des espèces. C’est ce que confirme Scott Darling, biologiste du Département de Pêche et Vie Sauvage du Vermont sur la Radio Publique du Vermont : « Les chauves-souris sont des animaux d’une grande longévité, avec un taux de reproduction faible de seulement un petit par an. Donc, avec des perspectives de 80 à 90 % de mortalité et si nous continuons de voir cela, il faudra beaucoup de temps pour que nos populations de chauves-souris se reforment. »
Le problème est d’autant plus inquiétant que certaines espèces déjà menacées d’extinction sont contaminées comme la chauve-souris Indiana.
Comment se manifeste le syndrôme ?
Les autopsies réalisées sur des cadavres d’animaux infectés montrent qu’en plus de l’anneau blanc présent sur la face, les chauves souris étaient émaciées, amaigries, et présentaient des signes de congestions pulmonaires, comme si elles avaient eu des pneumonies.
On constate également des perturbations de l’hibernation : les chauves souris passent en général l’hiver au fond des grottes, là où elles ne subissent pas les variations de températures, alors que dans les grottes contaminées, les chauves-souris étaient suspendus aux murs situés près de l’entrée ou voletaient à l’extérieur de la grotte.
Scott Darling a constaté lui-même le phénomène : « C’est comme si elles manquaient d’énergie et que leur dernier effort était de sortir pour chercher de la nourriture. »
Le problème, c’est que les chauves-souris hibernent parce qu’elles ne trouvent pas d’insectes pendant la saison froide, et que celles qui sortent trop tôt de leur état léthargique risquent de mourir de faim, faute de nourriture.
La diminution très importante des populations de chauves-souris peut avoir des conséquences à long terme sur tout l’écosystème. En effet, les chauves-souris consomment de grandes quantités d’insectes, ce qui protège les récoltes d’une véritable nuisance, mais elles participent aussi à la pollinisation. Elles sont donc très utiles même si ces animaux effraient un grand nombre de personnes !
Les scientifiques ignorent encore les causes de la maladie, tout comme son étendue géographique et son mode de transmission. Par précaution, les sites contaminés sont surveillés car on ignore si le syndrôme peut-être véhiculé par l’homme. Aussi, on a demandé aux spéléologues de réduire leurs activités et de désinfecter leur matériel. Dans certains cas, l’accès aux grottes est même complètement bloqué. Toutefois, le vecteur humain n'est pas confirmé puisque la grotte Aeolus (qui appartient à Nature Conservacy) qui était bouclée, et la grotte Morris qui est sur une propriété privée, sont contaminées, ce qui contredit la théorie selon laquelle les activités humaines contribuent à la maladie.
Dans cette situation de crise, différents groupes de protection de l’environnement se mobilisent.
Le 10 mars dernier, des ONG et des groupes de défense des animaux ont adressé une pétition au gouvernement fédéral afin qu’il prenne des mesures d’urgence pour faire face au syndrôme du nez blanc. Mollie Matteson, membre du Centre pour la Diversité Biologique s’inquiète : « Les menaces que représentent le syndrôme du nez blanc sont importantes, étendues et immédiates, et l’incapacité à prendre des mesures instamment pourrait conduire à l’extinction des espèces. (…) Les chauves-souris ne peuvent attendre que le Congrès légifère. Les autorités fédérales doivent prendre les choses en main immédiatement et considérer comme sérieuse la menace à laquelle les chauves-souris d’Amérique du Nord sont confrontées, en arrêtant toute activité nocive et discrétionnaire à l’encontre des chauves-souris répertoriées sur les territoires fédéraux ou par le biais de mesures fédérales.», rapporte le Times Argus Online.
Les signataires de la pétition demandent aux autorités de fermer les grottes au public, d’arrêter toute activité qui pourrait avoir un effet négatif sur les chauves-souris ou leur habitat estival (notamment la fin de l’abattage des arbres dans les forêts nationales pour construire des routes) et d’allouer des crédits à la recherche pour lutter contre le syndrôme du nez blanc.
Mollie Matteson le confirme « Nous ne savons pas comment cela se propage. Les chauves-souris sont très vulnérables parce qu’elles vivent en colonies pendant l’hiver, elles ont très peu de sites pour hiberner alors cela pourrait être très difficile à la population dans son ensemble de s’en remettre. »
En savoir plus
Références
Mysterious Disease Kills Bats in the Northeast - Vermont Edition (VPR)
Bat disease spreads in Vermont - Vermont Edition (VPR)
Mysterious bat disease confirmed in Dorset cave - Burlington Free Press.com
White-nose syndrome kills Northeastern bats - U.S. Cavers Forum
White-nose syndrome kills Northeastern bats - Times Argus Online
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