Aujourd’hui face aux problèmes environnementaux, deux solutions radicalement différentes et opposées nous sont proposées : le développement durable d’un coté et la décroissance de l’autre. Après avoir analysé ces deux solutions, le but de cet article est de proposer une troisième voie entre les deux. Cette troisième voie devra développer à la fois l’efficacité au sens large, la sobriété pour tous, ainsi qu'une réforme de la gouvernance.
Après dix ans de militantisme écologiste, il arrive un moment où on a envie de faire partager ses idées et réflexions sur la protection de l’environnement. Je ne souhaite pas revenir ici sur le constat (pollution des écosystèmes, réchauffement climatique, chute de la biodiversité, déforestation, etc.), beaucoup l’ont très bien fait avant moi, mais plutôt sur les solutions à mettre en œuvre pour éviter d’aller à la catastrophe.
Aujourd’hui face à cette catastrophe annoncée, deux solutions radicalement différentes et opposées nous sont proposées : le développement durable d’un coté, et la décroissance de l’autre.
Le développement durable
Le développement durable (un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs), c’est la tarte à la crème de l’écologie ! Les deux mots « développement » et « durable » sont antagonistes, comme si l’on pouvait consommer toujours plus en polluant moins. Une croissance continue même faible, est impossible dans un monde fini. Le combustible de la croissance c’est les matières premières, et ses ressources sont limitées dans un monde fini. On le voit très bien aujourd’hui avec l’envolée du prix des matières premières liée à la demande mondiale. Si le développement durable permet une réduction de la pollution en intensité, il ne permet pas une réduction en valeur absolue, puisque l’on consomme toujours plus. C’est ce que les décroissants appellent « l’effet rebond ». Les partisans du développement durable voudraient nous faire croire également que la technologie peut tout résoudre, comme s’il suffisait de changer de voiture pour sauver la planète !
La décroissance
De l’autre coté, il y a la décroissance. Ses partisans prônent la sobriété comme remède aux problèmes environnementaux et sociaux. Moins consommer afin de moins polluer et vivre mieux. Bien sûr il y a différents mouvements dans la décroissance, mais globalement les décroissants proposent un retour en arrière, tant sur la possession matérielle que sur le progrès. Pour ce qui est du progrès, cette vision ne me satisfait pas complètement. Comme le dit très bien Jacques Testart dans son livre Le vélo, le mur et le citoyen, « rien ne nous permet de croire que le meilleur est déjà disponible ». Ce qui me gêne également avec les décroissants, c’est qu’ils ne proposent que l’initiative individuelle (au travers de la simplicité volontaire) pour sa mise en place. Malheureusement l’altruisme n’est pas une qualité partagée par une majorité de personnes ! Et puis quand certains décroissants citent l’exemple de Cuba comme une décroissance réussie, je dois vous avouer que cela me fait froid dans le dos ! Pour moi, le seul exemple de décroissance réussi pour un groupe de personnes est celui des Amish.
Une troisième voie
Après avoir oscillé pendant des années entre développement durable et décroissance, j’en suis arrivé à la conclusion que ni l’un ni l’autre ne me satisfaisaient, même si je me sens plus proche de la décroissance. Il était donc nécessaire pour moi d’imaginer une troisième voie entre les deux. Je n’ai pas la prétention de définir ici cette troisième voie, mais plutôt d’en proposer quelques orientations. Cette troisième voie devra développer à la fois l’efficacité et la sobriété pour tous, sans tomber dans une dictature verte ! Pour cela, il faudra utiliser les trois leviers disponibles que sont l’éducation, la loi et la fiscalité. Une réforme de la gouvernance sera également nécessaire.
Travailler moins
Lorsque Nicolas Sarkozy propose de « travailler plus pour gagner plus », je pense qu’il a raison. Mais gagner plus pour acheter quoi : une voiture plus grosse, le dernier téléphone portable à la mode, un cadre numérique, et demain quoi ? Eh bien moi, je propose au contraire de travailler moins. La réduction du temps de travail pour tous est le meilleur moyen d’organiser la décroissance matérielle. Le temps libéré pourra alors être consacré à la fraternité, au sport et à la culture. Pour l’avenir de la planète comme pour notre épanouissement personnel,
le progrès doit nous permettre de travailler moins et pas de posséder plus. Bien sûr, pour que cette décroissance matérielle soit supportable par les plus pauvres, elle devra s’accompagner d’une nécessaire redistribution des richesses. Rien, ni les responsabilités, ni le temps de travail ne peut expliquer un facteur supérieur à 10 entre le salaire minimum et le salaire maximum. On en est très, très loin aujourd’hui ! Pour mettre en place la sobriété pour tous, il faudra également agir sur tous les accélérateurs de la société de consommation. Il faudra en particulier interdire, ou limiter au strict minimum la publicité et le crédit à la consommation. Il faut vacciner tout le monde contre la « fièvre acheteuse » ! Et n’oublions jamais que nous sommes esclaves de ce que nous possédons.
L'efficacité énergétique
Quand on parle d’efficacité pour la protection de l’environnement, on pense en premier lieu à l’efficacité énergétique. Mais le développement de l’efficacité doit aller bien au-delà, on doit limiter au maximum les conséquences négatives pour l’environnement de chacun de nos actes. Voici quelques exemples d’efficacité : recycler plutôt qu’extraire, louer quelque chose qu’on utilise peu plutôt que l’acheter, favoriser les circuits courts pour limiter les transports, consommer des produits issus de l’agriculture biologique pour ne pas polluer les sols, prendre son vélo pour un trajet court, etc. Et de nouveau, ce sont les trois leviers (l’éducation, la loi et la fiscalité) qui doivent être utilisés pour développer l’efficacité, avec en particulier la mise en place généralisée d’une éco-taxe sur tous les produits et services non respectueux de l’environnement, les produits de mauvaise qualité ainsi que les produits faiblement utilisés. Il faut également réapprendre à faire certaines choses nous même plutôt que de les acheter. Pourquoi faire faire 9115 km à un pot de yaourt aux fraises (1) alors qu’il est si simple et agréable de le faire soi-même ? D’autant plus lorsqu’on a plus de temps disponible.
Pour ce qui est de l’efficacité énergétique, et même si je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la technologie peut tout résoudre, je sais, en tant qu’ingénieur, que la technologie peut encore nous aider considérablement à réduire nos émissions au travers des économies d’énergies et du développement des énergies renouvelables.
"Une réforme profonde de la gouvernance de nos démocraties"
Cette troisième voie va également nécessiter une réforme profonde de la gouvernance de nos démocraties. Il faut lutter contre les conflits d'intérêts de nos élus en mettant en place une charte d'intégrité comme c'est déjà le cas dans certaines grandes entreprises, ceci afin d'aller dans le sens de l'intérêt général. Combien de lois favorables à l'intérêt général n'ont pas été votées sous la pression de lobbies de toutes sortes ? Tout manquement avéré à cette charte d'intégrité devra se traduire par un limogeage, y compris au plus haut niveau de l'état. Je pense que si une majorité de personnes ne fait pas les bons choix pour l’environnement au niveau individuel, cette même majorité est capable d’élire des femmes et des hommes qui mettront en place une politique environnementale contraignante pour tout le monde.
Nous avons besoin également de nouveaux indicateurs économiques autres que le sacro-saint PIB. Il existe déjà des indicateurs alternatifs comme l'IDH (2) et l'IPH (3), ils sont malheureusement confidentiels et ne sont pas corrigés en fonction de l'empreinte écologique. Les nouveaux indicateurs économiques devront être corrigés en fonction de l'empreinte écologique de manière qu'ils ne puissent pas progresser lorsque l'empreinte écologique est supérieure à un. Nos élus toutes tendances confondues implorent aujourd'hui la croissance, comme nos ancêtres imploraient hier les dieux pour qu'il pleuve. Mais la croissance n'est pas la solution à nos problèmes, c'est le problème ! Nous devons apprendre à résoudre nos problèmes en dehors de la croissance.
Enfin, la recherche doit être encadrée par des comités citoyens afin d’être au service de l'homme et pas au service de quelques grands groupes. Comment expliquer par exemple qu'aujourd'hui en France la recherche sur le cancer se fasse intégralement sur le traitement de la maladie et pas du tout sur ses causes ! Il est évident que les causes environnementales du cancer sont fortement sous-estimées.
Beaucoup vont penser que cette troisième voie ressemble à une société liberticide, mais c’est tout le contraire. C’est une société débarrassée du consumérisme actuel qui nous aliène. C’est une société de l’être plutôt que de l’avoir où le temps libéré par le travail permet à l’homme de s’épanouir dans la fraternité, le sport et la culture.
Cette troisième voie n’est pas un compromis entre développement durable et décroissance, mais bien une nouvelle voie à inventer, reprenant certains éléments des deux précédentes plus de nouveaux. Si l’homme ne choisit pas cette troisième voie, la nature nous imposera la décroissance de manière brutale. Et si certains pensent aujourd’hui qu’il y a trop d’hommes sur terre, c’est bien chez les riches qu’il y en a de trop ! N’oublions pas le vieux proverbe indien « lorsque l’homme blanc aura détruit toutes les plantes et tous les animaux, alors seulement il comprendra que l’argent ne se mange pas ».
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Notes
(1) Estimation d'une scientifique de l'institut allemand Wuppertal
(2) Indicateur de développement humain
(3) Indicateur de pauvreté humain
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Etienne Mangin Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de son auteur.