Composé pour moitié de mercure, le plombage ou amalgame dentaire, est connu pour sa toxicité. La décision récente de la Norvège de bannir le mercure de son territoire, officiellement pour des raisons écologiques, nous rappelle que le mercure "fait partie des poisons les plus dangereux pour la nature" comme l'a souligné le ministre norvégien de l'Environnement, en insistant sur la nécessité de mettre un terme à son utilisation le plus tôt possible.
Les plombages dentaires représentent la seconde source de contamination par le mercure au niveau planétaire. Ce ne sont pas moins de cent tonnes de mercure qui "dorment" dans la bouche des français, accumulées, bon en mal an, au rythme de quinze tonnes par année*. Considéré comme sans danger tant qu'il reste en bouche, le mercure finit cependant, après le décès de son porteur, par contaminer la chaîne écologique, posant un problème environnemental qui n'est jamais abordé.
Pratique de plus en plus répandue, l'incinération vaporise le mercure directement dans l'atmosphère. Bien que la France n'ait pas jugé utile de faire des mesures à ce sujet, les rejets sont loin d'être négligeables. En Suède, on a évalué les émissions de mercure par crémation à 280 kilos/an, soit près du tiers du total des émissions de mercure dans ce pays**. À ce rythme, en l'absence de mesures, les crématoriums pourraient devenir en 2020 les principaux pourvoyeurs d'émissions mercurielles. Quant à la contamination des sols et des nappes phréatiques par oxydation des plombages après inhumation, il est à ce jour impossible d'en mesurer l'impact.
Le seul moyen de régler le problème écologique posé par le plombage au mercure est d'en interdire purement et simplement l'usage, comme la Norvège l'a fait en décembre 2007. Pour sa part, la France ne prend en compte que les rejets mercuriels (dix tonnes par an) déversés dans les canalisations par les cabinets dentaires. Depuis 2001, ceux-ci doivent s'équiper d'un récupérateur d'amalgame afin d'éviter de polluer les nappes phréatiques.
Quant à l'Union européenne qui, sous la pression des pays nordiques, envisageait fin 2007 d'interdire l'usage du mercure en dentisterie, il est douteux qu'elle prenne cette décision. En effet, pour éviter une décision communautaire en faveur du retrait de l'amalgame dentaire, la France compte durcir les normes de traçabilité des déchets d'amalgame pour rassurer Bruxelles.
Puisqu'il n'y a rien à attendre des pouvoirs publiques qui continuent de défendre envers et contre tout un matériau bon marché, il appartient à chacun de prendre ses responsabilités. Choisir un matériau dentaire engage non seulement notre santé individuelle mais aussi celle de la planète. Refuser le plombage au mercure ou le faire déposer pour lui préférer un matériau alternatif moins polluant (céramique, résine) chaque fois que c'est techniquement possible, est un acte éco-citoyen au moins aussi important que trier ses déchets, économiser l'eau et l'énergie, choisir des produits ménagers biodégradables, etc. Céramique et résine ont en outre l'avantage d'être davantage
biocompatibles.
Attention cependant, la dépose des plombages provoque une libération accrue de mercure et ne doit pas se faire trop rapidement. Des
précautions spécifiques sont exigées.
En savoir plus
Notes
* Rapport sur les effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé, office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, annexe au procès verbal du 5 avril 2001
** Evaluation de la Swedish Environment Authority citée dans la revue Resurgam- vol. 43, juillet 2000
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Estelle Vereeck Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de son auteur.