A l'occasion de la 10 ème session extraordinaire du Conseil d'Administration / Forum Ministériel Mondial sur l'Environnement qui se tient à Monaco du 20 au 22 février 2008, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) donne un aperçu de la nouvelle économie verte et des blocages à lever dans son rapport annuel 2008.
Le changement climatique, comme le décrit
le rapport annuel du PNUE, est en train de changer l'environnement planétaire : de la fonte des glaciers aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Les conclusions du Rapport Annuel ont été présentées à l'ouverture du plus grand rassemblement de ministres de l'environnement depuis la réunion de la Convention sur le Climat en Indonésie à la fin de l'année dernière qui a donné naissance au
"Road Map" de Bali.
Des ministres, ainsi que des personnalités issues du monde des affaires, des syndicats, de la science et de la société civile, participent au Conseil d'Administration du PNUE/Forum Ministériel Mondial sur l'Environnement sous le thème "Mobiliser les finances pour le défi Climatique".
Achim Steiner, Sous-secrétaire Général et Directeur Exécutif du PNUE, a déclaré : "des centaines de milliards de dollars sont a présent placés dans les technologies énergétiques propres et renouvelables et des trillions de dollars sont en attente avant que les gouvernements ne se mettent d'accord sur un nouveau régime climatique décisif pour l'après 2012 parallèlement à la création des mécanismes de marché nécessaires pour atteindre cet objectif (...) De grands obstacles demeurent quant à savoir si ces fonds chercheront de nouveaux investissements respectueux du climat pour l'avenir ou s'ils chercheront le plus petit dénominateur commun en les injectant dans les technologies polluantes du passé", a-t-il ajouté.
"Si les êtres humains peuvent se poser sur la lune, envoyé les sous-marins sous l'Arctique, perfectionner les transplantations du foie et du coeur ; déchiffrer les mystères du génome humain et concevoir de minuscules nano-machines, il doit être possible pour l'intellect humain de gérer une transition vers une société à faible émission de carbone," espère t'il.
Nos atteintes à l'environnement stimulent les évolution technologiques
Mais il commence aussi à changer l'état d'esprit, les politiques et les actions des chefs d'entreprise, des financiers et des entrepreneurs ainsi que des dirigeants des syndicats de travailleurs, des gouvernements et de l'Organisation des Nations Unies elle-même.
De plus en plus, la lutte contre le changement climatique est perçue comme une opportunité plutôt qu'un fardeau et un chemin vers la prospérité plutôt qu'un frein sur les bénéfices et l'emploi, comme le montre le nouveau rapport.
Ainsi, le rapport annuel 2008 du PNUE montre que la nouvelle économie verte stimule également l'invention, l'innovation et l'imagination des ingénieurs a une échelle qui n'a probablement pas été vue depuis la révolution industrielle d'il y a plus de deux siècles.
La séquestration du carbone
Ceci inclut l'intérêt croissant dans les projets de "géo-ingénierie » tels que les gigantesques collecteurs de dioxyde de carbone (C02) qui absorbent les gaz à effet de serre de l'air de la même manière que les arbres lors de la photosynthèse. "Basée sur la technologie utilisée dans les filtres d'aquariums et développée par des scientifiques de l'Earth Institute de l'Université de Colombia, cette méthode, appelée "capture de l'air"-peut recueillir le CO2 à l'endroit idéal pour le stockage géologique", note le rapport.
Les scientifiques en Islande et ailleurs étudient l'injection de C02 dans les roches basaltiques abondantes du pays où il est dit que le polluant réagit en formant du calcaire inerte.
Des "roches de séquestration" semblables existent dans des formations géologiques à travers une grande partie du monde et pourraient fournir une option sûre et à long terme pour l'élimination des principaux gaz à effet de serre.
Les hydrates de méthane : entre risque et opportunité
Ailleurs, les scientifiques contribuent à démêler les incertitudes et les opportunités posées par les énormes quantités de méthane dans les fonds marins et dans le permafrost arctique. En tant qu'un gaz à effet de serre, le méthane est 25 fois plus puissant que le CO2. Par conséquent, la possibilité d'une augmentation forte des émissions de méthane provenant de ces dépôts est un risque potentiel pour le réchauffement de la planète. En même temps, les hydrates de méthane sont potentiellement un important stock de carburant propre, si l'on trouve le moyen de les miner de façon sûre et économique.
Un chemin semé d'embûches
Malgré un grand nombre d'actions novatrices, de défis redoutables demeurent pour que l'ensemble de ces transformations naissantes soient soutenues et intégrées dans l'économie mondiale au cours des années et décennies à venir.
Les obstacles incluent les subventions qui favorisent les combustibles fossiles au lieu des énergies plus propres ; les régimes tarifaires et commerciaux rendent les technologies plus propres plus chères.
Quelques résultats
Ces résultats sont basés sur le Rapport Annuel 2008 du PNUE avec quelques faits et chiffres supplémentaires venant des documents préparés par le PNUE pour le CA/FMME
L'investissement responsable décolle
- Plus de 2000 rapports relatifs à la responsabilité sociale des entreprises (CSR), y compris les préoccupations environnementales sont maintenant effectués par des sociétés dans plus de 90 pays contre quasiment aucun au début des années 90.
- Le Réseau des investisseurs sur le changement climatique, lancé en Novembre 2003, a maintenant quelque 50 investisseurs institutionnels avec des actifs de plus de 3 milliards de dollars.
-Le projet Principes pour l'Investissement Responsable, conjointement facilité par l'Initiative Financière du PNUE et le Pacte Mondial des Nations Unies en 2006, compte aujourd'hui 275 établissements avec 13 milliards de dollars d'actifs.
- Beaucoup d'entreprises perçoivent désormais que "devenir" vert améliore également leurs résultats.
Les réductions d'émissions industrielles restent mitigées
Certaines industries du monde entier à forte intensité de carbone ont publié leur bilan carbone à travers une initiative de huit ans, intitulée "
Carbon Disclosure Project".
La publication des données est considérée comme des voies pour que les entreprises prennent leur responsabilité et réduisent leurs émissions. Le projet vise également à responsabiliser les actionnaires pour mieux comprendre les risques économiques actuels et futurs auxquels font face les entreprises qu'ils soutiennent.
Il est intéressant de noter que le meilleur taux de succès pour l'information sur le carbone est détenu par les industries à forte intensité de carbone, tels que les métaux, les mines et les aciéries, ainsi que les secteurs du pétrole, du gaz et de l'électricité.
Toutefois, le Rapport Annuel 2008 indique qu'en dépit de ces mesures encourageantes, il y a encore beaucoup à faire.
Une enquête réalisée par Innovest, une entreprise de recherche dont les résultats sont dans le rapport, montre que certains secteurs sont en train de faire des progrès sur les gaz à effet de serre. Il s'agit notamment de compagnies d'électricité en Amérique du Nord; d'usines automobiles internationales, et de compagnies de métal et des mines. Mais d'autres secteurs semblent voir les émissions continuer à augmenter, y compris les secteurs du pétrole, du gaz et des produits chimiques.
Marché du carbone
Les marchés du carbone les plus connus sont ceux qui ont été créés sous le Protocole de Kyoto à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC).
Il s'agit notamment du Commerce International des Emissions, l'application conjointe, et le Mécanisme de Développement Propre (MDP).
Le MDP permet aux pays industrialisés de compenser certaines de leurs émissions domestiques à travers des systèmes d'énergie plus propre et renouvelable ainsi que des projets de boisement et de reboisement dans les pays en développement. Depuis Novembre 2007, plus de 850 projets ont été enregistrés dans près de 50 pays pour une valeur de plus de 1 milliard de réductions d'émissions certifiées. 1,4 milliards de dollars supplémentaires sont en attente et le MDP pourraient, s'il est pleinement exploité, déclencher des flux d'investissement d'environ 100 milliards de dollars du nord au sud.
Le Rapport Annuel souligne aussi l'augmentation des marchés volontaires de réduction d'émissions telles que le "
Chicago Climate Exchange" et les compensations de carbone disponibles dans les commerces.
Le Chicago Exchange compte maintenant plus de 330 entreprises, villes, États et autres participants en dépit de la décision des États-Unis de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto. Et même si elle est considérée comme un échange volontaire, les acteurs sont tenus de signer des contrats juridiquement contraignants.
Le marché d'échange des compensations volontaires est également en train d'évoluer après avoir subi certaines critiques et inquiétudes du fait que certains projets étaient mal conçus, ou contre-productifs, voire même environnement et socialement nuisibles. "Des systèmes sont en train d'apparaitre pour garantir aux acheteurs que les systèmes d'échange du carbone constituent de véritables réductions d'émissions, sans effets secondaires nuisibles à l'environnement", note le rapport du PNUE.
Les derniers chiffres indiquent que le marché du carbone volontaire a été, en 2006, d'une valeur totale de près de 90 millions de dollars, avec une majorité de projets en Amérique du Nord dont principalement des programmes de sylviculture, suivi de l'Asie, où la part des projets sont dans l'énergie renouvelable.
La même année, les marches et mécanismes officiels de Kyoto valaient près 30 milliards de dollars.
Les paiements pour les services des écosystèmes
Les marchés formels et volontaires du carbone sont en train de déclencher de nouveaux mécanismes de marché, y compris la prise en compte de la valeur des forêts pour éliminer le carbone ainsi que d'autres avantages tels que la gestion de l'eau, la conservation de la biodiversité et la préservation des moyens de subsistance traditionnels.
Certains pays et communautés visent déjà à atteindre ces multiples objectifs à travers les marchés volontaires en trouvant des acheteurs intéressé par plus qu'uniquement le carbone.
Le Rapport Annuel cite le cas du Grupo Ecológico Sierra Gorda et l'organisation Bosque Sustentable du Mexique. En 2006, ils ont vendu un terrain à la Fondation des Nations Unies qui voulait réduire son empreinte de carbone par le biais d'un projet qui permettrait aussi de réduire la pauvreté.
Une vente semblable en cours à la World Land Trust, une organisation basée au Royaume-Uni qui vendra la Sierra Gorda Carbon et les compensations environnementales à un group d'acheteurs européens.
S'assurer contre la vulnérabilité
Des mécanismes de marchés créatifs sont également en train d'émerger pour essayer de s'adapter au changement climatique.
En effet, les phénomènes météorologiques extrêmes augmentent et sont susceptibles de devenir plus fréquents dans un monde avec un climat contraint. Pourtant, un grand nombre des personnes à risque ont peu d'accès aux marchés d'assurance formels.
Le Rapport Annuel cite une nouvelle étude par Munich Re, un des leaders mondiaux des entreprises de réassurance. Celle-ci estime que la couverture des événements catastrophiques tels que les ouragans et les tempêtes est pratiquement inexistante pour des milliards de personnes en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. "Sur les 2,5 milliards de personnes dans le monde qui ont moins de deux dollars par jour à leur disposition, il a été estimé que seulement dix millions sont en mesure d'acheter une assurance», dit le rapport.
En Afrique, des essais sont en cours pour des projets pilotes qui paient les agriculteurs lorsque les précipitations sont en-dessous d'un niveau crucial.
Les mesures envisageables
Subventions
La suppression des subventions sur les combustibles fossiles pourrait réduire les émissions de C02 de 5 à 6 % chaque année. Actuellement, les subventions aux combustibles fossiles sont de 200 milliards de dollars par an contre un soutien pour les technologies à faible émissions de carbone estimé à 33 milliards de dollars par an.
Recherche et développement
L'Agence Internationale de l'énergie estime que les innovations à faible émissions de carbone de la R & D telles que les énergies renouvelables et les économies de l'énergie ont diminué de 50 % entre 1980 et 2004. Afin d'atteindre l'objectif de stabilisation de C02 de 550 parties par million, le soutien pour l'innovation doit augmenter de 30 milliards de dollars à 90 milliards de dollars en 2015 et à 160 milliards de dollars d'ici 2025 d'après certains experts.
Économies d'énergie
Augmenter les objectifs globaux pour l'amélioration du rendement énergétique de 2,5 pour cent par an. Ces objectifs doivent être soutenus par des politiques et des règles sur la construction durable pour les structures nouvelles et existantes ; des sanctions pour dissuader les constructeurs de choisir des outils et méthodes moins efficaces et moins durables, des politiques favorisant le transport public et en particulier des normes de performance minimales internationales pour l'industrie et les appareils ménagers.
Energies renouvelables
Les politiques doivent encourager la production d'énergies renouvelables avec un prix d'achat garantis, un accès au réseau, des aides pour le développement des biocarburants de seconde génération.
Adaptation
Des investissements publics sont nécessaires pour mobiliser les financements en vue d'une adaptation étant donné que les mécanismes de marché sont encore trop jeunes. D'autres règles doivent être définies pour limiter la vulnérabilité des infrastructures dans les zones à risque.
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Référence
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