Fin janvier 2008, le Pentagone annonçait qu'il avait perdu le contrôle d'un satellite espion américain qui menace depuis de s'écraser sur Terre. Les autorités militaires américaines viennent de décider de l'intercepter par un tir de missile pour protéger les populations mais aussi pour des raisons plus stratégiques.
Jeudi 14 février 2008, les autorités américaines ont confirmé que le satellite en perdition serait abattu par un tir de missiles. Les raisons officielles avancées tiennent à la présence d'hydrazine, une substance chimique hautement toxique, utilisée comme carburant pour la plupart des satellites. Chez l'homme, l'hydrazine est reconnu pour être un fort irritant de la peau, des yeux et de l'appareil respiratoire. Or le réservoir en contiendrait 453 kg selon le département de la Défense des Etats-Unis.
Par conséquent, des navires de guerre américain ont pris position dans le Pacifique pour tenter de détruire le satellite, des premiers essais pourraient avoir lieu aujourd'hui, mercredi 20 février 2008.
Armé de deux missiles intercepteurs SM-3 spécialement modifiés, le croiseur lance-missile
USS Lake Erie de classe Ticonderoga a été chargé d'intercepter le satellite militaire américain dont le nom a été dévoilé :
USA 193 ou NROL-21.
D'abord guidé depuis la Terre, le missile se servira ensuite de ses senseurs à infrarouge pour atteindre sa cible à environ 150 miles nautiques d'altitude (environ 280 km), selon des responsables du Pentagone. Toutefois, "nous avons à faire à un corps froid dans l'espace, un corps inerte depuis un certain temps qui ne dégage pas la chaleur d'un missile balistique", a souligné mardi 19 février un haut responsable de la marine sous le couvert de l'anonymat. Inévitablement, des débris de l'engin devraient retomber sur Terre.
Les manoeuvres militaires américaines ont atteint leur cible : le satellite a bien été détruit à une altitude de 247 km au-dessus de la Terre à 3 h 26 GMT jeudi (soit 4 h 26 heure de Paris) selon des responsables militaires américains. "La confirmation que le réservoir à combustible a été fragmenté devrait être disponible d'ici 24 heures", a indiqué le département de la Défense dans
un communiqué. De plus, "la quasi-totalité des débris devrait brûler à son entrée d’ici 24 à 48 heures et le reste des débris devrait re-pénétrer dans les 40 jours", selon le communiqué.
Cette décision est également stratégique. Les autorités américaines n'ont aucun intérêt à ce que des puissances étrangères récupèrent le satellite si il venait à s'abîmer en mer. En effet, certains composants embarqués de haute technologie qui résisteraient à la rentrée dans l'atmosphère et au choc sont convoités.
La Russie et la Chine sont préoccupées
Deux grandes puissances, la Russie et la Chine ont fait état de leur inquiétude. Selon Liu Jianchao, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, le gouvernement chinois est extrêmement préoccupé par l'évolution de la situation et a demandé aux Etats-Unis de respecter leurs engagements internationaux et de ne pas porter atteinte à la sécurité de l'espace et des autres pays, rapporte l'agence de presse chinoise Xinhua. "Les départements chinois concernés suivent la situation de très près et mettent actuellement au point des mesures préventives", a ajouté Liu. A la suite de la réussite de cette opération, la Chine s'est mise en état d'alerte : "la Chine surveille très attentivement les possibles dommages causés par l'action américaine pour la sécurité de l'espace et des pays concernés", a souligné le porte-parole du ministère Liu Jianchao
La Russie, également préoccupée, voit derrière l'opération une tentative de Washington de tester les éléments de son bouclier antimissile dans la lutte contre les satellites, selon l'Agence de presse Ria Novosti.
La France a insisté mardi pour que "toutes les mesures soient prises pour réduire au maximum les conséquences de la destruction de ce satellite pour la sécurité et l'intégrité des autres objets spatiaux", a déclaré à la presse la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani. "Nous regrettons les circonstances qui ont amené les Etats-Unis à prendre cette décision", a-t-elle ajouté, en précisant que ce regret portait sur les problèmes techniques du satellite et ne constituait pas une prise de position politique rapport l'Agence de presse AFP.
Enfin, notons que ce type d'opération, qui devrait coûter entre 40 et 60 millions de dollars n'est pas inédite puisqu'en septembre 1985 le satellite américain P78-1 a été abattu et qu'en janvier 2007 un vieux satellite météo chinois a été détruit par un tir de missile chinois.
Actualités connexes
28/01/2008
Un satellite espion américain va bientôt s'écraser sur TerreAuteur
Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)