
Un récent rapport d'évaluation du
Programme des Nations Unies pour l'Environnement (UNEP) a été réalisé en étroite collaboration avec les autorités afghanes dans le cadre des conséquences des conflits sur l'environnement et les risques pour la santé dans le pays.
23 années de guerre ont placé l'Afghanistan au bord d'un véritable désastre environnemental qui constitue un frein important à la reconstruction du pays. Déforestation et désertification sont aggravées par des conditions de pollution désastreuses - décharges toxiques, réseaux d'égouts dévastés, raffineries et usines totalement hors normes.
Ce rapport met en évidence l'arrêt des politiques de protection auparavant engagées, l'effondrement des institutions dirigeantes locales et nationales, la destruction des infrastructures, l'insuffisance des activités agricoles qui conduisent les personnes à l'exode rural dans des villes déjà dépourvues d'aménagements.
De plus, avec deux millions réfugiés qui sont revenus dans le pays et 1,5 million qui sont attendus cette année, la pression sur les ressources naturelles et les réseaux de distribution devrait s'accroître rapidement.
De plus, 3 à 4 ans de sécheresse ont nettement entamé les ressources disponibles en asséchant les cours d'eau et les zones humides, dépeuplant les zones sauvages, érodant les terres et fragilisant les forêts déjà meurtries.
Le rapport d'évaluation a été mené par une vingtaine de scientifiques afghans et internationaux qui ont examiné 38 sites urbains dans quatre villes et 35 sites ruraux.
Mr Toepfer, le directeur exécutif de l'UNEP a souligné qu'il était évident qu'une grande partie des efforts pour la reconstruction du pays devrait passer par une restauration de l'environnement.
"Plus de 80% des afghans vivent en zone urbaine et ils ont vu leurs ressources vitales - eau pour l'irrigation, bois pour le feu et le carburant, perdues en seulement une génération - En zone urbaine, les premières nécessités que sont l'accès à l'eau potable n'est possible que pour seulement 12 % de la population" a indiqué Mr Toepfer.
Ainsi, les tests effectués sur l'eau potable révèlent de très fortes concentrations en bactéries provenant du réseau d'égouts, créant une menace importante pour la santé publique et notamment à destination des enfants susceptibles de contracter le choléra.
L'analyse du réseau d'eau de Kaboul, endommagé durant le conflit et dont la maintenance est insuffisante, montre qu'il perd environ 60% de son approvisionnement dû à des détournements et des fuites.
De surcroît, dans certains hopitaux, l'équipe de l'UNEP a même constaté que des seringues et des organes étaient parfois déposés en pleine rue, sans contrôle, favorisant la dissémination de virus.
Les différentes investigations menées par l'UNEP ont permis de constater l'état de délabrement, les pollutions engendrées, le manque de maintenance, de moyens et de compétences dans le secteur industriel (transport, raffineries...) présentant ainsi des risques pour les populations limitrophes et les enfants qui y travaillent sans protections.
L'évaluation de l'environnement rural révèle d'importantes pertes de surfaces boisées dans la plupart du pays durant les trente dernières années, notamment à cause de l'économie mise en place sous les Talibans qui exportaient leur bois principalement vers le Pakistan, mais aussi de par les conflits qui incitaient les militaires à déboiser des zones pouvant servir de camps retranchés et favorables aux embuscades.A ce titre, le gouvernement de transition mis en place souhaite utiliser les anciens soldats pour aider à l'effort de reboisement.
"L'incinération des déchets, la contamination de l'eau potable entre les sites d'approvisionnement et le réseau de distribution et les sévères menaces chimiques à l'encontre des jeunes travailleurs dans les usines visitées par l'UNEP, sont les problèmes les plus urgents à traiter en Afghanistan à indiqué Mr Haavisto, président de l'UNEP en Afghanistan .
Par conséquent, le rapport de l'UNEP contient ainsi 163 recommandations pour renforcer la législation sur l'environnement, développer des emplois, reconstruire les infrastructures, évaluer les impacts des pollutions, améliorer la qualité de l'eau, de l'air, des sols, établir des zones protégées, reboiser, lutter contre la désertification, permettre l'accès aux ressources vitales, rédevelopper l'agriculture... Ainsi que des actions spécifiques aux sites visités.Le Dr Ahmad Yusuf Nuristani, ministre de l'irrigation, des ressources en eau et de l'environnement dans le gouvernement de transition afghan a souligné que son gouvernement bénéficierait grandement de ce rapport dans le cadre du développement de politiques environnementales et de plans pour la reconstruction.
Dans tous les cas, les autorités afghanes coopèrent au développement d'un agenda qui vise à la reconstruction du pays en matière d'environnement.
Au delà du cas de l'Afghanistan, il est important de considérer les conséquences dramatiques des guerres sur l'environnement indispensable support de vie pour les populations.
Comme en témoignent les démonstrations de force auxquelles nous avons pu assister lors de la guerre en Serbie, affectant durablement les ressources disponibles en multipliant les pollutions et rendant difficile tout contrôle et véritable politique faute de moyens.
Et ce n'est sans doute pas un hasard si un des ferments les plus favorables au développement durable est la paix.
En savoir plus :Télécharger le rapport du Post-Conflict Assessment Unit (PCAU) (en anglais - format PDF)
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)