Selon Sara De Weerdt, auteur de l'article "War and the Environment" (La guerre et l'environnement) paru dans l'édition de Janvier/Février 2008 du magazine World Watch, la tactique militaire moderne, telle que vécue durant la guerre américaine au Vietnam, les guerres au Rwanda et au Congo, ainsi que la présente guerre en Irak, a considérablement augmenté notre capacité à détruire le paysage naturel et à produire des effets environnementaux dommageables pour notre planète. La destruction du paysage naturel en temps de guerre n'est pas nouvelle, mais l'ampleur de la destruction apportée par les récents conflits est sans précédents.
De Weerdt affirme que "d'un côté, il y a la puissance de la technologie des armes actuelles, particulièrement la dominance du déploiement rapide (shock-and-awe) par les superpuissances modernes. De l'autre, la participation, dans de nombreuses guerres récentes, de groupes de guérillero qui trouvent refuge dans des écosystèmes naturels." La destruction délibérée de l'environnement comme stratégie militaire, connue sous le nom d'écocide, fut démontrée par la réponse des États-Unis à la guérilla au Vietnam.
Dans leur mobilisation à écraser les guérilleros communistes Viet Cong, dans le delta du Mekong, les militaires américains ont pulvérisé 79 millions de litres de d'herbicides et de défoliants (incluant l'agent Orange) sur près d'un septième du Vietnam méridional. Quelques estimations notent que la moitié des mangroves et 14 pour cent des forêts du Vietnam méridional auraient été détruits lors de cette opération (Opération Trail Dust), menaçant la biodiversité et altérant sévèrement la végétation.
Moins délibérés, mais toujours dévastateurs, sont les effets sur l'environnement provenant du déplacement massif des réfugiés au cours du génocide rwandais en 1994. Près de 2 millions de Hutus se sont sauvés du Rwanda pendant quelques semaines jusqu'aux camps de réfugiés en Tanzanie et en République démocratique du Congo, générant le mouvement de population le plus massif de l'histoire. Environ 720 000 réfugiés se sont regroupés dans des camps sur les flancs du parc national de Virunga, le premier site "patrimoine de l'humanité des Nations Unies" déclaré en danger à cause dela guerre. Les réfugiés ont défriché environ 35 kilomètres carrés de forêt pour du bois de chauffage et des abris. Les forêts denses ont également souffert en raison de larges chemins tracés par les rwandais et les armées congolaises voyageant dans le parc afin de réduire la menace d'embuscades par les groupes de rebelles.
Les effets écologiques à long terme de la guerre en Irak restent à évaluer. Si on prend l'exemple de la guerre du Golfe, les scientifiques soulignent les dommages causés au désert, particulièrement envers la mince couche des micro-organismes qui forme une croûte sur le terrain végétal, le protégeant de l'érosion. L'analyse du secteur affecté par la guerre du Golfe a déjà montré une augmentation des tempêtes de sable et de la formation de dunes dans la région. Une étude suggère que le désert pourrait prendre des milliers d'années à récupérer entièrement suite aux manoeuvres des véhicules lourds.
De plus, nous ne pouvons oublier la politique de la "terre brûlée" menée par les troupes irakiennes en se retirant du Koweit : les puits de pétrole furent systématiquement incendiés. Un milliard de barils de pétrole (l'équivalent de plus de deux mois de consommation actuelle de pétrole pour les Etats-Unis) partirent en fumée contribuant à l'effet de serre mais aussi à une pollution locale considérable. De plus, entre 700 000 et 900 000 tonnes d'hydrocarbures se déversent en mer à cause des sabotages de l'armée irakienne, ce qui constitue encore la plus grande marée noire de l'histoire humaine...
Le
récent conflit au Liban est un témoignage plus récent des dommages sur l'environnement qui peuvent être causés par la guerre. Rappelons qu'en juillet 2006, les bombardements israéliens avaient provoqué le déversement de 10 000 à 15 000 tonnes de fuel dans la Méditerranée. Il s'agit du désastre écologique le plus grave jamais connu par le Liban.
'"La guerre est susceptible d'avoir des effets plus graves et durables sur les secteurs protégés qui comptent des espèces en voie d'extinction, ainsi que les écosystèmes lents à récupérer. Même dans les environnements les plus fragiles, la relation entre la nature et l'humanité peut nous surprendre, écrit DeWeerdt. "mais en regardant dans une direction différente nous sommes susceptibles de voir les cicatrices durables de la guerre."
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Références
Modern Warfare Causes Unprecedented Environmental Damage - Worldwatch Institute (traduction :
Valerie Drolet)
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)