Les 23 et 24 janvier 2008, l'Observatoire Régional des Déchets d'Ile-de-France (ORDIF) a organisé pour la première fois une rencontre d'envergure sur la gestion des déchets franciliens. A travers 5 tables rondes et 8 ateliers, les acteurs des déchets ont débattu des enjeux actuels et à venir.
L'ouverture de ces journées a été assurée par le président de l'ORDIF, Monsieur Chevaillier qui a notamment souligné l'inquiétude qui entoure la production de déchets en terme de santé, de coûts et d'impacts sur l'environnement, rappelant que la gestion des déchets est issue d'un impératif de santé publique.
Quelques chiffres clés sur les déchets en Ile-de-France
Selon
l'ORDIF qui centralise et structure les différentes données concernant la gestion des déchets dans la région Ile-de-France :
- il existe plus de 70 structures intercommunales en 2006 qui exercent la compétence collecte, ce qui couvre 56% de la population francilienne (hors Paris).
- 31 syndicats, qui couvrent 99% de la population francilienne, se partagent la compétence traitement sur la région.
- En 1994, un francilien produisait 477 kg de déchets ménagers (DMA) par an, il en produit actuellement près de 490 kg dont 342 kg d'ordures ménagères résiduelles (OMR). C'est plus que la moyenne nationale (467 kg/hab/an) mais moins en ce qui concerne les OMR (360 kg/hab/an) selon l’ADEME.
- 61 % des DMA sont incinérés contre 43 % des OMR en France ; 17% des DMA sont enfouis contre 39% des OMR en France.
- Pour la première fois depuis le début des années 2000, les quantités de DMA diminuent légèrement : -0,4 % entre 2004 et 2005 et les apports en déchèteries progressent de 3,5 % sur la même période.
- En Ile-de-France, les emballages représentent 32 kg/hab/an contre 42 kg/hab/an en France.
Enfin, selon M. Dagnaud, le président du Syctom de l'agglomération parisienne, la production d'ordures ménagères, sur Paris et une grande partie de la petite couronne, a diminué de 16kg/hab/an depuis 2001, un point positif qui mérite d'être souligné.
Spécificités géographiques de l'Ile-de-France
L'Ile-de-France gère des tonnages élevés de déchets sur un territoire hétérogène, dense et très contraint quant aux transports. Du fait de son agglomération centrale hyper dense (plus de 20 000 hab/km² sur Paris), elle dispose d'un réseau important de collecte et d'installations de traitement. Cette pénurie d'espaces est un frein important à un meilleur tri et donc à la valorisation des déchets notamment dans le secteur du BTP qui produit pourtant la majorité des déchets franciliens (environ 20 millions de tonnes par an contre 5,5 millions pour les DMA).
L'organisation spatiale de la Région explique sans doute le moindre recours à la mise en décharges et au compostage et une part d'incinération plus importante avec valorisation énergétique (électricité et réseaux de chaleur).
Un secteur en mutation : le déchet devient une matière première secondaire
Comme l'indiquait Mme Kosciusko Morizet, secrétaire d'Etat à l'Ecologie, le secteur des déchets connaît une forte mutation. En effet, dans un contexte de surenchérissement du prix des matières premières et de l'énergie, le déchet n'est plus un simple rebut à éliminer à tout prix mais une véritable matière première secondaire une fois correctement trié et recyclé. Les industriels présents pendant ces deux journées l'ont bien compris et s'orientent de plus en plus vers ce nouveau marché qui a l'avantage de concilier, une fois n'est pas coutume, écologie et économie.
Toutefois, le risque, soulevé non sans difficulté par Mme Gilloire, présidente adjointe de France Nature Environnement, demeure bien une forme de validation à la production de déchets. L'objectif premier, soutenu par l'Europe, la France et rappelé par l'ADEME est de produire moins de déchets et de diminuer leur toxicité. Il s'agit donc de valoriser tout en produisant le moins possible. Pour comparaison, l'engouement actuel pour la compensation carbone est également un outil dont les effets pervers doivent être pris en compte.
En ce qui concerne la prévention, M. Chaumel délégué régional adjoint de l'ADEME a précisé que les 300 ambassadeurs du tri qui existent actuellement en Ile-de-France seront complétés par des postes de chargés de missions "prévention". Justement, 70 ambassadeurs du tri étaient conviés à cette rencontre. Ce fût une bonne occasion de rappeler l'efficacité et la pertinence de leur fonction, notamment dans la diminution des taux de refus conséquence d'un mauvais tri en amont par les populations.
La valorisation énergétique des déchets incinérés est un leitmotiv des professionnels du déchet, à juste titre puisqu'il serait dommage de ne pas profiter de cette production de chaleur. Toutefois, le Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets (CNIID), une association hostile à l'incinération regrette que le débat de l'atelier « déchets : le défi énergétique et climatique » n'ait mobilisé que des intervenants spécialistes de ce mode de traitement. Ainsi, le CNIDD note dans
sa lettre que "les pro-incinérateurs usent abondamment du prétexte de la lutte contre le changement climatique pour tenter de se refaire une vertu", preuve que le concensus n'est pas encore si évident.
La Région s'approprie la gestion de ses déchets
Depuis 2005, la Région s'est vu confiée la compétence pour l'élaboration de différents documents de planification sur les déchets. Ainsi, la Région Ile-de-France travaille en ce moment, avec tous les acteurs du monde des déchets, à la réalisation des :
- Plan régional d'élimination des déchets dangereux (Predd)
- Plan régional d'élimination des déchets d'activités de soins (Predas)
- Plan régional d'élimination des déchets ménagers et assimilés (Predma) qui pourrait évoluer vers un Plan régional d'élimination des déchets ménagers et d'activités afin de prendre en compte l'importance des déchets issus des activités économiques.
Les objectifs de la Région, énoncés par le Vice-président du Conseil régional d'Ile-de-France, Michel Vampouille sont de :
- réduire le gaspillage de matières premières via l'exploitation des déchets en tant que matières premières secondaires
- réduire la pollution induite par la collecte et le traitement des déchets
- favoriser le principe de proximité en rapprochant le gisement (lieu où les déchets sont produits) des centres de traitement afin de diminuer notamment les distances parcourues par les camions bennes.
- réduire les coûts de la gestion des déchets. En effet, le citoyen est perturbé, à juste titre, par l'incohérence qui existe entre les efforts qu'il fournit via le tri, voire la prévention et les taxes qui s'alourdissent ou stagnent dans les impôts locaux.
L'échelle choisie pour la réalisation de ces documents de planification semble tout à fait pertinente pour les différents intervenants à cette rencontre, forts d'une expérience peu convaincante au niveau départemental.
L'acceptation des installations : un frein qui peut être lever
D'une manière plus générale, la Région se heurte à l'acceptation des équipements de traitement des déchets par les populations. Par exemple, le développement de la voie d'eau pour le transfert des déchets est freiné par les réticences locales lors de la construction de ports dédiés.
Les industriels présents ont notamment souligné l'importance de la concertation et de l'implication des populations riveraines lors de la construction d'un nouvel équipement dédié à la gestion des déchets. De surcroît, le manque de place dans l'agglomération centrale et les expériences parfois douloureuses des riverains ne facilitent guère le principe de proximité cher au nouveau Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (SDRIF) en cours de réalisation. Pourtant, comme le précisait M. Thibault , responsable du département "environnement" de l'IAURIF, "le principe directeur pour les déchets est le principe de proximité, en cohérence avec la ville compacte prônée par le SDRIF".
L'intégration de la nouvelle usine d'incinération Isséane, au coeur de l'agglomération sur la commune d'Issy-les-Moulineaux est sans conteste un exemple à suivre tant au niveau de l'implication des riverains au chantier et au fonctionnement que dans sa construction HQE est qui dénature le moins possible le paysage urbain.
La région Ile-de-France a longtemps souffert d’une carence en déchèteries. On en dénombre actuellement près de 160 qui couvrent 94% de la population francilienne, ce qui correspond à une augmentation de près de 70% depuis 1999. Cependant, par rapport à la moyenne nationale (1 déchèterie pour 14 000 habitants), l’Ile-de-France reste encore nettement déficitaire (1 déchèterie pour 72 000 habitants). L'objectif de 300 déchèteries n'a donc pas encore été atteint.
Les déchets sont traditionnellement un sujet très mobilisateur pour les citoyens comme en témoigne le fort intérêt des internautes lors de la consultation publique du Grenelle de l'Environnement qui s'est déroulée en partie sur le site dédié du Ministère. De plus, dans la plupart des enquêtes sur les gestes éco-citoyens, le tri des déchets apparaît comme l'action écologique la plus souvent citée.
Au final, cette rencontre est un franc succès tant un niveau de l'organisation que du nombre d'intervenants et de participants (plus de 1000). Cette réussite sera sans doute l'occasion de réitérer l'expérience plus souvent même si on a toujours l'impression de sortir plus avisé de ce type de rencontre mais pas forcément plus renseigné sur les actions prévues pour l'avenir.
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (cliquer ici pour consulter les droits sur cet article)