En ce début d’année 2008, la Norvège prend une résolution d’un genre particulier. L’événement n’a pas fait la une des journaux mais restera dans les annales car pour la première fois au monde, un pays interdit l’emploi du mercure. Le 21 décembre dernier, on apprenait par un communiqué de presse du ministre de l’Environnement que la Norvège bannissait le mercure dans tout produit. L’interdiction, qui inclut le plombage ou amalgame dentaire, a pris effet au premier janvier 2008.Un message pour l’Union Européenne
Sans doute cette décision n’est-elle pas intervenue par hasard en fin d’année 2007, alors qu’au même moment la Commission européenne débattait sur l’opportunité de bannir le mercure de toute préparation destinée aux soins et donc d’interdire l’amalgame dentaire. Ainsi, en annonçant sa décision de bannir le mercure et du même coup l’amalgame dentaire, la Norvège entendait-elle par la voix de son ministre envoyer un message fort à l’Union Européenne.
"Le mercure est l’un des polluants les plus dangereux" a déclaré le ministre norvégien de l’Environnement. "C’est un signal important à l’adresse de l’Union Européenne et des autres pays pour leur dire qu’il existe des alternatives satisfaisantes au mercure" a précisé le ministre.
Une valeur d’exemple pour les autres pays
Le passage à l’acte de la Norvège crée un précédent et il sera désormais plus difficile pour des pays comme la France de défendre l’emploi de l’amalgame dentaire ainsi qu’elle l’a fait jusqu’à présent. D’autant que la pression des pays nordiques (Allemagne, Autriche, Danemark, Suède) qui limitent déjà l’emploi de l’amalgame, est forte au sein de l’Union Européenne et que la Suède pourrait d’ici peu emboîter le pas à la Norvège.
La décision norvégienne risque de mettre les autorités sanitaires françaises dans l’embarras et les instances officielles de la profession dentaire ne pourront plus, pour justifier les leurs, minimiser les réticences des autres pays en disant que "seules quelques restrictions ou recommandations ont été émises par la Suède, le Danemark, la Norvège, l’Allemagne, l’Australie, le Japon".
L’écologie avant tout
Officiellement, c’est pour des raisons écologiques (risque de pollution des sols, nappes phréatiques et atmosphère) que la Norvège interdit le mercure. Les autorités françaises pensaient avoir résolu la question en obligeant les cabinets dentaires à s’équiper de récupérateurs des déchets d’amalgames pour éviter le déversement incontrôlé des résidus mercuriels dans les canalisations. C’est oublier que les 15 tonnes de mercure posées chaque année dans la bouche des français finissent tôt ou tard par réintégrer la chaîne écologique dans les années qui suivent le décès des porteurs de plombages. En cas d’incinération, de plus en plus pratiquée, le mercure est directement vaporisé dans l’atmosphère. La Suède évalue les rejets de mercure liés aux crémations à 280 kilos/an, soit près du tiers du total des émissions de mercure dans ce pays (1). La mesure prise par la Norvège s’impose donc comme la seule voie possible pour éviter toute pollution environnementale.
Black out sur les raisons médicales
Ce n’est pas un hasard si les raisons médicales (empoisonnement chronique au mercure chez les porteurs d’amalgames) n’ont pas été invoquées pour justifier l’interdiction. L’annonce a d’ailleurs été faite par le ministre de l’Environnement et non par celui de la Santé. Il faut dire que depuis toujours, les opposants à l’amalgame dentaire qui dénoncent sa toxicité sont invariablement renvoyés dans leurs buts pour "insuffisances scientifiques". De la pollution individuelle générée par un matériau composé à 50% de mercure, il n’est donc officiellement pas question. De nombreuses études ont pourtant établi que le mercure, libéré par corrosion et vaporisation, diffuse dans le corps et se fixe dans les organes cibles que sont le foie, les reins, le cerveau, passe la barrière placentaire et dans le lait maternel, où il se retrouve à des concentrations proportionnelles au nombre de plombages présents en bouche. Des études dénoncent l’implication probable du mercure, une neurotoxine, dans la maladie d’Alzheimer (2). En dépit de ces nombreux travaux, les autorités sanitaires des pays défenseurs de l’amalgame (États-Unis, Canada, France, etc.) continuent d’affirmer l’innocuité du plombage avec cet argument phare, inchangé depuis les années 30 : les quantités de mercure libérées sont trop faibles pour entraîner un effet toxique et les apports alimentaires (poisson) suffisent à justifier les taux élevés de mercure dans le sang des porteurs de plombages. D’après l’OMS (3), ce taux serait inférieur à la dose journalière acceptable (42 ug/jour).
Fin programmée de l’amalgame dentaire
Reste qu’en invoquant l’argument écologique, la Norvège marque un point contre les défenseurs du plombage. C’est d’autant mieux vu qu’en ces temps de mobilisation écologique pour la planète, la chasse aux polluants est ouverte. Cette seule raison suffit à condamner l’amalgame dentaire à plus ou moins long terme, en dépit de la résistance acharnée de ses défenseurs, principalement pour des raisons économiques (l’amalgame est le moins cher des matériaux d’obturation avec un rapport solidité/ prix imbattable). En juin 2007, les députés européens votaient l’interdiction des thermomètres au mercure. Pourront-ils accepter encore longtemps qu’on pose à longueur d’année plusieurs tonnes de ce même mercure dans la bouche de leurs concitoyens ?
En savoir plus
Rédactrice
Estelle Vereeck, auteur du Pratikadent, dictionnaire holistique des atteintes dentaires et de la biocompatibilité des soins.
Source
NaturaVoxNotes
(1) Evaluation de la Swedish Environment Authority citée dans la revue Resurgam- vol. 43 , juillet 2000
(2) Bibliographie disponible sur le site des Éditions Luigi Castelli.
(3) Cité dans le rapport d’information n° 261 (2000-2001) de M. Gérard MIQUEL et plusieurs de ses collègues, fait au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scient. tech., déposé le 5 avril 2001
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