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Dégradation inexorable des ressources en eau par les pesticides

12044 lectures22 janvier 2008, 10 h 33

Dégradation inexorable des ressources en eau par les pesticides© C. Magdelaine / notre-planete.info
La dégradation des eaux est lente et inexorable. Des modélisations établies par la communauté scientifique montrent ainsi la lenteur des transferts des produits chimiques vers un aquifère et des temps de dégradation qui se comptent en plusieurs dizaines d’années voir plus d’un siècle après leur emploi.

L’Institut Français de l’Environnement vient de publier son dernier rapport sur l’état de la contamination des eaux par les pesticides à partir de mesures effectuées au cours de l’année 2005 dans les cours d’eau et les nappes souterraines. Ces données confirment la dégradation des masses d’eau par les produits phytosanitaires (engrais, pesticides). Aucun fleuve ou cours d’eau ne semble aujourd’hui épargné par la présence de molécules toxiques (91 % des points de mesure des cours d’eau détectent des pesticides) tout comme 55% des points de surveillance des nappes souterraines.
Les niveaux de contamination sont significatifs : 36 % des points de mesure en eaux de surface ont une qualité moyenne à mauvaise et 25 % des points de mesure en eaux souterraines ont une qualité médiocre à mauvaise. Pour ces dernières, la contamination représente souvent de plus graves conséquences notamment pour la ressource en eau potable.
Seule la mise en place d’une politique de soutien à l’agriculture intégrée(1) et/ou de l’agriculture biologique pourrait enrayer ce phénomène de pollution. Cette politique pourrait être complétée par l’instauration d’une taxe suffisamment dissuasive sur les pesticides pour les agriculteurs certes, mais également pour les particuliers (qui bien souvent traitent sans se soucier de la météo, des vents et des quantités !) et surtout dans un premier temps par la protection des bassins versants(2) alimentant des captages d’eau potable ou des sources d’eau minérale comme cela a déjà été fait en France pour Evian ou Vittel.
Les captages d’eau minérale Vittel sont en effet alimentés par un bassin versant de 5000 ha, de formations calcaires, vulnérables à la pollution. A la fin des années 70, la teneur en nitrates des cours d’eau et sources superficielles a augmenté, en cause : les élevages laitiers du bassin qui avaient progressivement intensifié leur production et réalisé de la culture de maïs. A partir de 1980, la société des eaux de Vittel a conduit des études qui ont mis en évidence le rôle néfaste de la culture de maïs sur la préservation de la qualité des ressources en eau. Elle a alors racheté des terres et négocié avec les agriculteurs du bassin, moyennant finances, un contrat imposant le respect d’un cahier des charges, les engageant à arrêter la culture de mais, composter les déjections animales, arrêter l’utilisation de phytosanitaires, etc… Dans les années 1990, la société est parvenue à maîtriser 50% des terres cultivées, le coût total de l’opération a été de 24 millions € sur 7 ans, pour 3500 ha, dont 9 millions € pour les achats de terrains et 3,8 millions € pour les investissements dans les exploitations. Cependant les résultats ont été à la hauteur des investissements puisque la société Vittel continue à exploiter une source dont l’avenir était incertain il y a de cela 40 ans !

Cette opération est exemplaire du point environnemental. Elle démontre que la mise en place de mesures agroenvironnementales cohérentes peut conduire à des résultats significatifs sur un milieu naturel. Cependant c’était il y a 40 ans dans le privé...

Notes

  1. Agriculture intégrée : l’agriculture intégrée diffère de l’agriculture dite raisonnée, où les agriculteurs ne traitent que si nécessaire, au moment le plus propice et avec une dose adaptée. En effet l’agriculture intégrée utilise en plus des techniques alternatives, comme la lutte biologique (ex : utiliser des coccinelles pour lutter efficacement contre les pucerons). Techniques qui se révèlent plus respectueuses de l’environnement. L’objectif de l’agriculture intégrée est de produire de façon économiquement viable des produits de bonne qualité, respectueux de l’environnement et de la santé. La production intégrée se distingue cependant de l’agriculture biologique car elle n’abandonne pas les méthodes classiques lorsqu'elles ont fait leur preuve pour assurer des rendements corrects à l’agriculteur, en particulier lors d’années climatiques défavorables. Comme son nom l’indique, la production intégrée “intègre” tous ces éléments.
  2. Bassin versant : Un bassin versant ou bassin hydrographique (terme retenu par la Directive cadre sur l'eau) est une portion de territoire délimitée par des lignes de crête (haut de colline, montagne), dont les eaux alimentent un cours d'eau, une nappe phréatique ou lac commun.

Références

Auteur

Gaelle Naze ; date originale : 22 janvier 2008, 10 h 33

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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