Depuis 20 ans, le Groupe de Recherche Énergie et Société (GRETS) de la Direction de la Recherche & Développement d’EDF organise des séminaires à l’interface entre les mondes de l’entreprise et de la recherche académique. Lors de la séance du 23 octobre 2007, Françoise Bartiaux, professeure à l’institut de démographie de l’Université Catholique de Louvain, a présenté les principaux résultats d’une recherche visant à identifier les facteurs socio-techniques influençant la consommation d’énergie dans le secteur résidentiel Belge.
La Belgique s’est engagée pour 2012 à réduire de 7,5 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. En 2003, la consommation d’énergie résidentielle représentait un quart de la consommation d’énergie totale en Belgique. Entre 1990 et 2002, le secteur résidentiel a amélioré son rendement de moins de 5 %, un pourcentage bien inférieur comparé aux autres secteurs belges ou au secteur résidentiel dans d’autres pays européens. Pourtant, de substantielles économies d’énergie seraient possibles en matière de rénovation des logements (système de chauffage, double vitrage…) et de consommation d’électricité (éclairage, gros électroménager…).
Une recherche multidisciplinaire, coordonnée par Françoise Bartiaux, a tenté d’identifier les facteurs qui mènent à l’action ou qui, au contraire, freinent les changements dans la consommation d’énergie résidentielle (à l’exclusion du transport). Diverses méthodes de sensibilisation de 40 ménages belges volontaires ont été mises en place (journal de bord énergétique, audit électrique ou énergétique…) et des entretiens approfondis auprès des membres de ces familles ont été conduits.
Au début de la recherche, une première hypothèse était qu’un frein important était une conscience insuffisante des problèmes écologiques et particulièrement des conséquences environnementales de la consommation d’énergie. Cette hypothèse s’est avérée très insuffisante. En effet, la recherche montre qu’une bonne connaissance sur l’énergie et le climat n’est généralement pas associée à une forte préoccupation pour l’environnement et à des pratiques qui ont un moindre impact sur celui-ci.
La recherche montre que plus les conseils sont personnalisés, plus les participants les apprécient mais cela n’implique pas qu’ils soient effectivement mis en pratique. Seulement 11 % de toutes les mesures proposées ont réellement été mises en pratique un an après l’audit. En général, ces mesures étaient des interventions mineures comme l’isolation des tuyaux de distribution d’eau ou l’installation de pommeaux de douche économiques. Cependant, les ménages planifieraient encore de mettre en œuvre 23 % des autres mesures proposées, y compris des interventions plus lourdes qui pourraient entraîner une économie beaucoup plus grande d’énergie.
L’analyse des entretiens met en évidence le rôle de plusieurs facteurs : les politiques énergétiques (et leur absence relative), la pression sociale à consommer (le rêve d’avoir l’air conditionné à la maison par exemple), la valeur du confort (qui peut déclencher des actions favorables, comme l’isolation, ou non, comme chauffer davantage son habitation), les routines quotidiennes (les habitudes demeurent difficiles à changer), l’influence des réseaux sociaux (les amis, les collègues, les voisins, les enfants, les médias…), le revenu (contradiction entre le fait d’avoir — et de montrer — un statut élevé et de vouloir faire des économies d’énergie), le sentiment d’une capacité d’action ou au contraire d’un sentiment d’impuissance vis-à-vis des problématiques environnementales, les facteurs d’identité (dans la consommation ostentatoire, ou bien en montrant sa préoccupation pour l’environnement sans toutefois basculer dans « l’excès »), les aspects techniques (il faut « faire avec » les logements achetés)…
À propos de ces freins et leviers, il est important de souligner trois points. D’abord, lorsque les changements sont opérés pour réduire la consommation d’énergie, il y a toujours une combinaison de plusieurs leviers, aucun n’est suffisant par lui-même. Cependant, un facteur de frein est suffisant. Deuxièmement, le poids qui est donné aux différents facteurs de levier dépend également de l’action à entreprendre ou de la pratique à changer. Ce processus de réglage des priorités est souvent non conscient, excepté évidemment dans les situations où des conseils explicites sont donnés, par exemple lors d’un audit énergétique. Troisièmement, le même facteur peut être expérimenté comme frein ou comme levier : il n’y a donc aucune solution simple.
Il semble bien que ce serait une erreur de promouvoir les économies d’énergie en les associant seulement aux économies financières car seulement une personne sur sept fait ce lien. De plus, les travaux de rénovation des logements ne sont pas nécessairement vus comme devant être économiquement rentables. Les chercheurs proposent par exemple que chaque recommandation soit accompagnée des tonnes de CO2 correspondantes épargnées annuellement pour insister également sur les plus-values environnementales. Par ailleurs, plus de consommateurs devraient avoir l’occasion d’expérimenter par eux-mêmes le confort des bâtiments à basse consommation d’énergie pour les encourager à économiser l’énergie à leur domicile.
Enfin, les personnes interrogées pointent le besoin de cohérence entre les pratiques énergétiques privées et publiques dans le secteur résidentiel et dans les bâtiments publics : ce souci de cohérence exige une politique énergétique qui encadre et soutient les efforts individuels et collectifs vers une réduction de la consommation d’énergie.
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Référence
F. BARTIAUX et al. (2006), Socio-technical factors influencing residential energy consumption (SEREC), 222 p.
Rédacteur
Mathieu Jahnich (D4E)
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