L'actualité de notre planète en environnement,
géosciences et développement durable ...

Le site de référence en environnement,
développement durable et
changements climatiques
> Aller à l'accueil [EN] [DE] accueil recommander imprimer plan Actualités > La "mine climatique" du pergélisol risque-t-elle d'exploser?
 
[ votre publicité ci-dessus ]

La "mine climatique" du pergélisol risque-t-elle d'exploser?

4746 lectures / 13 commentaires10/01/2008, 15:46
[ recommander Recommander cette actualité à un(e) ami(e) ] [ alerte mail Recevoir une alerte mail à chaque nouvelle actualité ]
La \
Distribution du pergélisol en Arctique
crédit : Philippe Rekacewicz, UNEP/GRID-Arendal
La perspective de la fonte de la merzlota (terme russe pour définir le pergélisol) qui occupe une partie considérable du territoire de la Russie est épouvantable. La presse et les milieux scientifiques présentent assez souvent des "scénarios macabres" présageant une catastrophe écologique suite à l'inévitable émission de millions de tonnes de méthane dans l'atmosphère. Mais à quel point ces prévisions "d'attaque de méthane" dans l'atmosphère sont-elles argumentées ?

Des émissions de méthane par la toundra (steppe de la zone arctique) et les lacs arctiques ont été observées au cours d'explorations dans ces régions. Mais une question cruciale se pose: ce processus peut-il changer substantiellement la concentration globale de méthane dans l'atmosphère?

Le méthane est un des principaux gaz à effet de serre dont l'impact sur le réchauffement de l'atmosphère de la Terre est 25 fois plus grand que celui de gaz carbonique. Mais sa concentration dans l'atmosphère est 210 fois moindre, c'est pourquoi son impact sur l'effet de serre actuel ne correspond qu'à 12% de la part du C02.

Par rapport à la période préindustrielle de la civilisation (jusqu'à 1750), au XXe siècle, la concentration en méthane dans l'atmosphère s'est accrue de 50%. Son augmentation rapide a suscité des craintes quant au fait que ce processus ne soit stimulé par le réchauffement global. Cela peut provoquer un "lien rétroactif" dangereux : plus le réchauffement est grand et plus les émissions de méthane sont importantes qui, à leur tour, stimulent encore plus le réchauffement.

Selon une opinion répandue, ces "liens rétroactifs" apparaissent dans les systèmes terrestres et continentaux de l'Arctique lors de la fonte du pergélisol. D'où la thèse, selon laquelle la zone de merzlota de la Russie représente une "mine climatique" capable d'exploser et "d'étouffer" l'atmosphère.

Deux mécanismes possibles d'intensification des émissions du méthane en Arctique sont de plus en plus souvent observés par les scientifiques.

Le premier d'entre eux agit dans les écosystèmes terrestres et son action est rattachée à l'activité des bactéries à l'origine de la formation du méthane. Lors de la fonte de la merzlota, une quantité supplémentaire de matière organique (qui reste passive à l'état gelé) participe aux cycles biologiques et géologiques des écosystèmes. La toundra humide, les marécages et les lacs arctiques sont des milieux propices au développement des bactéries entraînant la formation du méthane et qui consomment cette matière organique.

Le deuxième mécanisme à l'origine des émissions de méthane en Arctique est rattaché à la présence de dépôts d'hydrates de gaz qui se sont accumulés, dans la zone maritime du plateau continental. Ce sont des combinaisons chimiques où les molécules de méthane se trouvent dans des cellules sous forme de cristaux constituées de molécules d'eau. Extérieurement et, d'ailleurs, par leurs propriétés physiques, les hydrates de gaz rappellent la glace ou la neige humide. Lors du réchauffement, l'eau qu'ils contiennent devient liquide, les molécules de méthane se dégagent et passent de l'eau de la mer à l'atmosphère, ce qui renforce l'effet de serre.

Les chercheurs de l'Institut océanologique du Pacifique (Vladivostok) ont récemment enregistré de grandes concentrations de méthane dans la mer de Laptev. On suppose que cela est dû à la décomposition des hydrates. Mais cette hypothèse est mise en doute par les études sur modèles effectuées à la faculté de géologie de l'Université de Moscou qui ont prouvé que les amas d'hydrates de méthane ne réagissaient pas d'emblée aux changements climatiques, mais avec un long retard de 20 à 40 mille ans.

En outre, la zone de stabilité des hydrates de gaz dépend non seulement de la température mais aussi de la pression. A une pression de 500 atmosphères (c'est-à-dire à environ 5 km de profondeur), les hydrates de gaz conservent leur stabilité même à une température d'environ 5 degrés centigrades au-dessus de zéro. C'est pourquoi ils se trouvent non seulement dans les mers arctiques, mais aussi sur les plateaux continentaux et les pentes de l'Océan mondial dans son intégralité, à la seule différence que, dans les conditions du froid de la zone polaire, les hydrates de gaz se trouvent à une profondeur de 200 m, alors que dans les régions chaudes ils descendent à une profondeur de 500 à 700 m. Si le niveau de l'océan s'élève, la pression dans les profondeurs s'accroît, c'est pourquoi la zone de stabilité des hydrates de méthane s'élargit.

D'autres faits mettent également en doute la version de l'infiltration rapide du méthane des hydrates décomposés dans l'atmosphère. On sait, par exemple, qu'une partie considérable des dépôts d'hydrates sur le fond est recouverte d'une solide couche étanche qui empêche le méthane gazeux de pénétrer dans l'eau. De plus, le déplacement du méthane des eaux profondes à la surface est un processus lent, accompagné de l'oxydation d'une bonne partie du gaz.

Une étude scientifique détaillée effectuée à l'Institut d'hydrologie de Saint-Pétersbourg a prouvé que le dégagement biogène du méthane dans les écosystèmes terrestres de la zone de merzlota de la Russie s'accroîtra au maximum de 20 à 30% par rapport au niveau actuel, par conséquent, le climat global se réchauffera au maximum de 0,01 degré centigrade. Ces indices ne peuvent pourtant pas être comparables au puissant impact que les activités humaines exercent sur le réchauffement.

Mais le fait que la forte tendance à l'accroissement de la concentration globale du méthane observée au XXe siècle ne soit plus observée après 2000 est un argument majeur. Cependant, c'est au XXe siècle qu'ont été enregistrés des records de température ayant entraîné la réduction anomale de la surface des glaces de l'océan Arctique, ainsi que le dégel profond sans précédent de la toundra. Tout cela témoigne que la zone de merzlota et la "mine de méthane" susceptible "d'exploser" dans les conditions du réchauffement global sont des notions dénuées de preuves.

En savoir plus

Rédacteur

Dmitri Zamolodtchikov, professeur à l'Université de Moscou
Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

Liens

Le Pergélisol, ou Permafrost - IPEV
Notre dossier sur le changement climatique
En discuter sur notre forum dédié au changement climatique et aux risques naturels

Auteur

RIA Novosti

13 commentaires sur cette actualité !

Vous aussi, vous pouvez ajouter votre commentaire !
commentaire Christophe Magdelaine - notre-planete.info - 15/01/2008, 14:09
@ Ludo Vosges : merci pour votre recherche et votre commentaire.
L'article provient effectivement de Ria Novosti, comme indiqué. La traduction provient également de cette même agence qui fait par ailleurs des articles très intéressants et qui donnent un éclairage moins "France-USA" aux problèmes de ce monde...
commentaire Ludo Vosges - 15/01/2008, 13:54
On retrouve Dmitri Zamolodtchikov au moins dans 2 listes de participants à des conferences des Nations Unies sur le changement climatique.. au coté de Jean Jouzel par exemple.. (et tout plein d'autres membres d'administations, de ministeres de cabinet, de sous cabinet ...bref peu de scientifiques beaucoup de membres d'adminitration...)
http://unfccc.int/cop7/documents/finlop7.pdf
Un article trouvé ("Estimating the Carbon Content of Russian Forests; A Comparison of Phytomass/Volume and Allometric Projections ). Il appartiendrait a "Forest Ecology and Production Center of Russian Academy of Sciences" serait donc quelqu'un de specialiste de forets et sols. Donc credible.
Cet article semble venir de RIA Novosti ("AFP Russe") traduit par l'agence francaise(?)ce qui expliquerait la clarté du texte: volonté de communiquer, de pedagogie, un message a faire passer par les Russes??

La destabilisation des hydrates de methane est pris en compte dans les modeles. Si ce qui est dit est vrai, pas autant de relargage que prevu , de combien montra la temperature d'apres les modeles informatiques si on ote cette retroaction positive??

Mais c'est bien de diffuser ce genre d'article (qui contredit les hypotheses des modeles en vigueurs, les modeles "comptent" beaucoup sur les retroactions positives pour faire augmenter la temperature moyenne), meme si il est regretable de ne pas avoir au moins le nom des responsables des equipes de recherche cités.
(Je pense qu'il y aura de plus en plus ce genre d'article dans les prochains temps, qui risquent de jeter le trouble car le debat n'est vraiment pas clos.C'est ca la science, l'objectivité).
commentaire den ardennes - 15/01/2008, 11:37
au moins une erreur dans le travail de ce "scientifique": la hausse de pression au fond de la mer ne dépend pas de la hauteur de la colonne d'eau mais de son poids. Or la hausse du niveau de la mer découle de la dilatation thermique : au final, il y a plus de hauteur d'eau mais une eau moins dense, donc quasiment pas de variation de pression au fond, et donc pas de stabilisation accrue des hydrates
commentaire Christophe Magdelaine - notre-planete.info - 14/01/2008, 16:46
@ Gui de Normandie : au contraire, votre lien est le bienvenu.
commentaire Gui de Normandie - 14/01/2008, 16:04
Je reste à penser que ce mysterieux scentifique Russe n'existe pas. Pour continuer sans polemiquer plus avant je vous donne le lien d'un article sur le site du CNRS dont l'argumentation et les conclusions sembles plus nuancées que ce "tout ira bien" lenifiant. http://www.insu.cnrs.fr/a1924,causes-naturelles-anthropiques-variabilite-methane-atmospherique.html

J'éspère que le moderateur sera assez Fair Play pour laisser le lien.
commentaire Christophe Magdelaine - notre-planete.info - 14/01/2008, 14:57
@ Gui de Normandie : mais depuis quand Internet est il le miroir du sérieux d'un auteur ?? Arrêtons des amalgames dangereux... On ne mesure pas le sérieux d'une personne à sa popularité, je pourrais vous citer des exemples mais j'espère que vous avez compris... D'autant plus que l'article est de qualité.
commentaire Gui de Normandie - 14/01/2008, 14:53
100 reponses quand on tape le nom de ce Dmitri Zamolodtchikov sur Google, toutes en Français en plus, aucunes réponses en Russe ce scientifique n'écrit pas dans sa langue maternelle de toute évidence. Pour un proffesseur à l'université de Moscou c'est un peu suspect non? Et les reponses ne sont Oh! éttonnement liées qu'à ce seul article.
Bref une arnaque de plus made in internet. Meffiez vouz et verifiez vos sources les amis.
commentaire Dominique - Bruxelles - 13/01/2008, 16:25
Les conclusions de cet article semblent contredire ce que Hubert Reeves a écrit dans son livre "Mal de Terre". Le sujet demande manifestement que l'on s'y attarde.
commentaire Pierre région Parisienne - 11/01/2008, 15:18
Philippe et Cyrille n'ont manifestement pas lu ou pas compris le texte... (Il y est dit que le risque d'une émission explosive de méthane en provenance du pergélisol est quasi nul).
Maintenant, la seule "preuve" de l'augmentation massive de méthane au cours de la période industrielle, ce sont les carottes glaciaires. Compte tenu des observations récentes sur l'évidence d'un fractionnement important des gaz de l'air dans le névé, un biais systématique et important dans cette mesure n'est pas du tout à exclure. Ce qui amènerait à réviser complètement les hypothèses qui ont été faites sur la composition de l'atmosphère paléolithique et sur les sources et les puits de méthane.
En effet, l'arrêt récent de l'augmentation, puis la baisse du méthane atmosphérique n'ont aucune explication logique en rapport avec son origine anthropique.
commentaire Christophe Magdelaine - notre-planete.info - 11/01/2008, 14:04
@ Ludo Vosges : il ne suffit pas d'être connu pour être crédible, d'ailleurs la personne que vous sollicitez note sur la page de l'IPEV : "le risque de dégazage d’hydrates en provenance du pergélisol est quasi-inexistant."
commentaire Ludo Vosges - 11/01/2008, 13:41
Article peu credible sans reference aux publications liées aux recherches que l'auteur cite. D'ailleurs, qui est cet auteur ? Professeur de quoi ? Quelqu'un le connait il ? Peu importe finalement, sans reference, il n'ya aucun moyen de savoir si ce qu'il dit est vrai. J'aimerais bien l'avis de Brigitte Van Vliet-Lanoe ....
commentaire cyrille de toulon - 11/01/2008, 07:10
comme le dit Philippe une catastrophe en entraine une autre!Mais à ce rythme nos enfants et petit-enfants n'auront même pas le temps de nous traiter de tous les noms d'oiseaux car la vie comme nous la connaissons aura disparu......
commentaire philippe de reims - 10/01/2008, 23:18
Bonjour,

Une catastrophe en entraine une autre..
Je reste à penser que le principale polluant reste le co2 de nos véhicules et usines...continuons ainsi et les générations futurs n'auront pas finis de prononcer des noms d'oiseaux à notre encontre...de toute façon j'ai le sentiment que tout le monde s'en fou, les gens ne savent que râler, mais quand il faut faire des efforts, ou quand rien ne va plus...c'est la faute du gouvernement...bande d'hypocritre, stupide, égoïste, et envieux...je vous rappel que le baril de pétrole est à + de 100 dollars et les gens attendent leurs enfants à la sortie des écoles le moteur de la voiture allumées...longue vie aux pétroliers !!! et encore merci les moutons...
Votre nom et lieu de résidence :



Pour éviter les abus des robots spammeurs, merci de répondre à cette question pour enregistrer votre commentaire :

Notre planète s'appelle la

Votre commentaire :
Tout commentaire qui est injurieux, incompréhensible (style SMS), non constructif, trop long (des forums sont disponibles) ou promeut des produits ou services, sera immédiatement supprimé.

Page mise à jour le 10/01/2008, 23:18   70 connecté(e)s Mentions légales | © 2001-2008 notre-planete.info - tous droits réservés | Publicité | Contact