Les efforts internationaux de lutte contre le changement climatique ne pourront réussir que si "au moins une grande partie des pays en développement" s'engagent à maîtriser leurs émissions de gaz à effet de serre, estime un rapport du Conseil d'analyse économique (CAE) publié mardi 14 à Paris.Selon ce groupe d'économistes, placé auprès du Premier ministre, les pays développés doivent dès maintenant préparer le renouvellement du protocole de Kyoto en faisant des propositions "économiquement séduisantes" aux grands pays du Sud comme la Chine, l'Inde et le Brésil.
Le protocole de Kyoto (1997), qui a complété la Convention de l'ONU sur le climat (1992), expire en 2012. Il n'impose au Sud que des inventaires d'émissions. Il fait porter l'effort uniquement sur les pays industriels, qui doivent réduire leurs rejets de 5,2% à cette échéance par rapport à 1990. Il devrait entrer en vigueur cette année après la ratification décisive de la Russie.
Son renouvellement doit être préparé avec les pays en développement sans attendre un hypothétique retour des Américains qui ont refusé de ratifier l'accord, estime le rapport signé de Roger Guesnerie, professeur au Collège de France.
"Kyoto a sans doute trop demandé aux USA" avec un quota de réduction officiel de 7% qui les aurait obligés en réalité à diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre de 30 à 35% entre 1997 et 2012, soit 2% par an, compte-tenu de l'envolée prévisible de leurs rejets, observe-t-il.
Après le retrait des Etats-Unis, premier pollueur planétaire (36 % des émissions), Kyoto devrait seulement déboucher en 2012 sur une croissance moins forte des émissions du monde industriel (+10%) que la croissance naturelle (+15%), estime un expert français de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Cédric Philibert, qui a contribué au travail de M. Guesnerie.
Néanmoins à terme, selon M. Philibert, "même si les pays industriels, y compris les Etats-Unis, ramenaient leurs propres émissions à néant, la poursuite à l'identique de la croissance actuelle des émissions du monde en développement ne permettrait pas d'atteindre une stabilisation des concentrations atmosphériques de gaz à effet de serre", objectif fixé par la Convention pour empêcher la multiplication des catastrophes météo.
Une "incorporation rapide" d'une majorité de pays en développement dans Kyoto est donc nécessaire, souligne le rapport.
Elle est possible à deux conditions, affirme-t-il : que leurs obligations initiales soient minimes et qu'ils obtiennent dès maintenant des garanties sur une prise en compte partielle à moyen terme du facteur démographique dans la répartition des quotas d'émission nationaux.
Dotés d'engagements largement symboliques, les pays en développement auront tout intérêt à les respecter et à les dépasser puisqu'ils obtiendront en contrepartie le droit de participer aux échanges de permis d'émission.
Ces transactions permettent à un pays, en difficulté pour respecter son quota de réduction, d'acheter un droit d'émettre de la pollution à un autre ayant des excédents sur ses obligations. En pratique elles aboutissent à réduire les émissions dans les pays où les investissements "propres" reviennent le moins cher.
Une participation des pays du Sud aux bourses du CO2 (gaz carbonique) contribuera à mondialiser ces échanges et facilitera ainsi un éventuel revirement des Etats-Unis.
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Agence France Presse