Nouvelles pratiques culturales et stratégies de lutte alternatives, le programme de recherche « Evaluation et réduction des risques liés à l’utilisation des pesticides » propose des solutions innovantes fondées sur une meilleure connaissance des risques.
Après plus d'un demi-siècle d'utilisation intensive,
les pesticides sont parmi les substances chimiques qui suscitent le plus d'interrogations quant aux risques qu'ils présentent pour la santé humaine et pour l'environnement. Présentés lors du Colloque « Pesticides et environnement » qui
s’est tenu à Reims les 7, 8 et 9 novembre 2007, les résultats de ce programme confirment la nécessité de poursuivre l’évaluation des effets des pesticides pour anticiper et limiter les risques, et montrent qu’il est possible de mettre en oeuvre de nouveaux outils et de nouvelles méthodes à la fois respectueuses de l’environnement et rentables économiquement. Exemple avec trois études, sur la contamination par la chlordécone, sur la lutte contre les larves d’insectes et sur la culture intégrée du colza d’hiver.
Contamination des sols aux Antilles : un risque durable mais circonscrit
Autorisée en France de 1982 à 1993 pour lutter contre un charançon dont la larve attaque les bulbes des bananiers, la chlordécone s’accumule dans les sols et peut contaminer les eaux, les plantes et animaux. Interdit aux USA dès 1976, ce pesticide n’a pas fait l’objet de recherches dans ce pays depuis les années 80. Les données scientifiques concernant cette molécule étaient donc rares et anciennes. Ce projet de l’INRA et du CIRAD est donc une avancée significative pour la gestion de la pollution des sols par la chlordécone. En effet, si les études montrent qu’il y a très peu de contamination entre les parcelles ou de transferts superficiels au sein des parcelles, ce pesticide restant là où il a été épandu, il est désormais acquis que nul phénomène de dégradation n’a eu lieu depuis les épandages. Il s’agit donc d’une contamination très durable, entre 1 et 7 siècles selon les types de sols et les apports passés sur les zones contaminées. Ces travaux ont également démontré que la contamination des racines et tubercules se fait essentiellement par contact et qu’elle est proportionnelle à celle des sols. Pour le moment, il n’existe aucune piste de décontamination des sols au moyen de la végétation, cette molécule étant très peu soluble dans l’eau.
Nouvelle stratégie de lutte contre les larves : dosage très réduit, même efficacité
En étudiant les impacts toxico-écologiques de la lutte contre les larves de taupin par pelliculage des semences avec du fipronil, un pesticide aujourd’hui interdit, le projet coordonné par un laboratoire de l'Université Grenoble I révèle l’intérêt d’une autre technique, à base d’appâts contaminés. Utilisée pour lutter contre les larves d’insectes qui s’attaquent aux graines après les semis, la technique de pelliculage des semences comporte un risque d'intoxication pour d’autres espèces : à l’exemple des vers de terre, par contamination du sol, ou des abeilles par transfert de l’insecticide sur les plantes qu’elles butinent. L’étude menée sur des semences de tournesol souligne dans un premier temps que l’utilisation de fipronil entraîne une diminution importante des doses appliquées à l’hectare (40-50 g/ha) en comparaison avec les traitements conventionnels. Et que la contamination atmosphérique directe lors du semis est ainsi pratiquement inexistante avec un pelliculage bien réalisé. À partir de ces résultats, il a été montré qu’une stratégie de lutte par appâts contaminés pourrait se substituer au pelliculage des semences. Avec deux avantages majeurs : une diminution très importante de la dose/ha et une déconnexion entre la période de traitement et le semis. Les larves de taupin étant très actives au printemps et à l’automne, il deviendrait possible de traiter hors période de semis pour faire chuter la population en dessous du seuil de nuisibilité pour la culture.
Alternative pour le colza d’hiver : 30% de pesticides en moins, même rendement
Avec plus d’1,56 millions d’hectares cultivés, soit une progression de 12% par rapport à 2006, le colza d’hiver représente des intérêts économiques importants. Mais aussi environnementaux, car cette culture agressée par les mauvaises herbes, les limaces, les insectes et les maladies fongiques nécessite un certain nombre de traitements phytosanitaires générateurs de pollution. Le projet piloté par l’INRA montre aujourd’hui que le choix pertinent des pratiques culturales permet de réduire les attaques des « bio agresseurs » et limite l’utilisation des pesticides aux situations à risque important. En changeant simplement la date des semis et en modifiant le travail de la terre, il est désormais possible de réduire le nombre de traitements, proche de six actuellement, à seulement un ou deux. Cette méthode, qui repose sur la conception d’itinéraires techniques intégrés, garantit de surcroît un rendement quasi identique et des marges brutes peu différentes des situations traitées systématiquement. Des essais au champ ont permis de démontrer la faisabilité de ces itinéraires techniques et soulignent l’intérêt de développer des techniques opérationnelles, rentables économiquement et compatibles avec les moyens des utilisateurs et les exigences autres qu’environnementales.
Des perspectives scientifiques dans la dynamique du Grenelle de l’environnement
L’une des conclusions transversales à toutes les études réalisées dans ce programme lancé en 1999 est qu’il n’existe pas de solution unique dans le domaine de la réduction de l’utilisation des pesticides et qu’il est indispensable de raisonner globalement en terme de bilan environnemental des pratiques. C’est pourquoi, dans la complémentarité des
conclusions du Grenelle de l’environnement et de l’annonce du gel temporaire de la culture commerciale OGM et de la réduction de 50% de l'utilisation des pesticides, les sept nouveaux projets de recherche sélectionnés en 2006 s’attacheront à considérer les dimensions agronomiques et environnementales de la question, mais également ses aspects socio-économiques.
Une réflexion va maintenant être engagée par le Comité d’Orientation et le Conseil Scientifique du programme pour envisager les pistes de recherche permettant de répondre aux mieux à ces ambitions, voire à les replacer dans une dynamique collective efficace et réaliste.
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Notes
Le programme de recherche « Évaluation et réduction des risques liés à l’utilisation des pesticides » a pour objectif d’améliorer la connaissance des risques liés à l’utilisation des pesticides pour mettre en place une meilleure gestion de ces risques, ainsi que le développement de pratiques conduisant à la réduction de cette utilisation.
Axé autour de la dynamique des pesticides dans l’environnement, de l’évaluation de leurs effets et des solutions envisageables pour limiter, voire abandonner, leur utilisation, le colloque organisé à Reims les 7, 8 et 9 novembre rassembla chercheurs, représentants des services de l’Etat, de la profession agricole, des agences, de l’industrie et des associations.
Au delà de la présentation des résultats scientifiques (restitution des recherches conduites entre 2002 et 2006, présentation des recherches débutées en 2006), ce colloque fût l’occasion d’un dialogue entre tous les acteurs impliqués dans la gestion de l’environnement.
Le programme Pesticides a été lancé en 1999 par le Service de la recherche du Ministère chargé de l’environnement, en lien avec les autres directions du ministère ainsi qu’avec le Ministère chargé de l’agriculture. Des instituts techniques tels que
l’ACTA, le
CETIOM et
ARVALIS sont également associés à ce programme.
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