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La mer pourrait devenir une source importante de biocarburant avec les algues

11546 lectures / 14 commentaires19 décembre 2007, 11 h 14

La mer pourrait devenir une source importante de biocarburant avec les algues© Myriam Villert
Après la Banque mondiale, c’est au tour de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de s’inquiéter de la vogue des agrocarburants destinés à limiter les émissions de gaz à effet de serre dans le domaine des transports. Or, à côté de nos forêts, la mer pourrait devenir une source importante de biomasse et de biocarburant.

Le programme Rotterdam Climate Initiative, dont font partie la municipalité et le port de Rotterdam notamment, a réuni récemment des spécialistes de l’énergie et de l’industrie des algues à Rotterdam, pour discuter du rôle des algues dans la production d’énergie durable.

Les algues n’ont besoin que de lumière du soleil, de CO2 et d’eau avec des oligo-éléments, du phosphate et de l’azote, pour se développer. Les variétés d’algues les plus adaptées pour la production de biocarburant sont les algues vertes unicellulaires, micro-organismes primitifs situés en dessous des plantes. On peut utiliser 99 % de leur masse pour fabriquer des médicaments, des matières colorantes, des plastiques biologiques ou des biocarburants. Environ 40 000 litres de biocarburant par hectare peuvent être produits chaque année, ce qui représente un rendement important.

Les algues sont surtout cultivées dans des systèmes d’étangs ouverts. Un photobioréacteur qui permettra de contrôler précisément certains paramètres est actuellement expérimenté pour une culture en système fermé. Mais la grande quantité de verre nécessaire pour une culture en batch empêche la production à l’échelle industrielle. La culture des algues à l’avantage de produire de l’énergie durable sans concurrencer l’agriculture. En effet, les bassins ou les réacteurs sont placés en mer ou dans les villes.

En France, les chercheurs du Laboratoire océanographique de Villefranche-sur-Mer (LOV) travaillent sur un produit énergétique étonnant. Capable de faire tourner un moteur, il est fabriqué à partir d’organismes microscopiques poussant dans l’eau douce ou l’eau de mer : des microalgues. Produites par photosynthèse, elles peuvent contenir jusqu’à 60 % de leur masse en lipides. Avec cent grammes d’huile extraits d’un litre de microalgues, la promotion de ces cellules permet donc d’espérer un rendement à l’hectare trente fois supérieur à celui du colza ou du tournesol !

Ces recherches et ces avancées viennent à point nommé car les biocarburants actuels suscitent de plus en plus d’interrogations et de scepticisme quant à leur impact réel sur l’environnement. Au-delà de la déforestation et de la consommation d’énergie que leur culture implique, ils peuvent mener dans certains pays une rude concurrence aux produits destinés à l’alimentation. Selon des experts, il faudrait en effet planter l’équivalent de la surface de la France en oléagineux pour faire rouler toutes les voitures du pays. D’où la nécessité d’inventer un nouveau carburant à bas prix, non polluant, économe en énergie et qui ne prenne pas la place des cultures terrestres.

Les microalgues pourraient satisfaire à tous ces critères. Le Programme National pour la Recherche en Biotechnologies (PNRB), via l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), a donc décidé de financer sur trois ans ce projet qui s’élève à 2,8 millions d’euros. Le nom de code du programme : Shamash. La mission des chercheurs, venus de sept équipes universitaires françaises est désormais de trouver la microalgue capable de produire le plus de biocarburant et de rendre cette production rentable.
Les chercheurs ont déjà institué un processus de fabrication non polluant. L’élaboration d’algues en bassin permet la récupération et le recyclage de substances minérales néfastes pour l’environnement. Qui plus est, les stations de production d’algues seront couplées avec des stations de production de carbone afin de recycler les émissions de CO2 grâce à l’énergie solaire.

À l’heure actuelle, le litre de carburant d’algue coûte plus cher que le pétrole. Mais plusieurs éléments permettent d’espérer, à terme, une bien meilleure rentabilité. Certaines microalgues contiennent des molécules à haute valeur ajoutée, comme les oméga 3 et les antioxydants, très recherchées dans le domaine de l’agroalimentaire ou de la cosmétique. « En améliorant les procédés de séparation des différentes molécules et en stimulant les microalgues selon certains procédés, on pourrait faire de la coproduction et diviser les coûts », estime Antoine Sciandra, directeur de recherche au CNRS.

Au Danemark, la laitue de mer (Ulva lactuca), une belle et grande algue d’un vert cru, pousse vite et bien, nettement mieux que le blé, qui sert justement à fabriquer du bioéthanol. Pour les Danois, l’intérêt est évident. Les surfaces agricoles manquent un peu d’espace (le pays produit environ 5 millions de tonnes de blé contre, bon an mal an, 35 millions pour la France). Si on la compare au blé, la laitue de mer gagne sur la plupart des terrains.

Non seulement sa croissance est plus rapide (l’algue double son poids tous les trois à quatre jours) mais, à surface égale, la production de biomasse (sans eau, donc) est considérable. Alors que, poussée au maximum, la production de céréales ne dépasse pas dix tonnes à l’hectare, il serait possible, d’après les chercheurs, d’atteindre entre 200 à 500 tonnes avec la laitue de mer ! Pour le Danemark, la potentialité serait de 80 à 100 tonnes. En outre, cette algue est plus riche que le blé en sucres, la matière première pour la synthèse de l’éthanol.

Facile à cultiver, la laitue de mer a même tendance à proliférer naturellement sur les milieux côtiers pollués par des rejets organiques (elle adore les composés soufrés et nitrés résultant de leur décomposition). Sa simple récolte pourrait donc servir à atténuer ses mauvaises odeurs, relancer l’oxygénation des zones polluées et fournir du biocarburant.

Auteur

René TREGOUËT (www.tregouet.org). Sénateur honoraire, fondateur du Groupe de Prospective du Sénat ; date originale : 19 décembre 2007, 11 h 14

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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14 commentaires

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avatar Paul J. de Graauw/Lentilly/69210 - 19/12/2007, 16:58

Bonjour à vous,

La question que je me pose est de savoir si le développement de cette nouvelle source énergétique océanique va se développer à temps pour éviter la drestuction définitive des dernières forêts primaires de cette planète, car pour le moment ce qui progresse le plus vite, c'est le remplacement des forêts tropicales par des monocultures de palmiers à huile ou de cannes à sucre !

Paul J. de Graauw

avatar vofe-paris - 19/12/2007, 18:03

Bonnes nouvelles !



A M. Paul J. de Graauw : le bois des forêts primaires est également utilisé pour le chauffage, et fait l'objet d'un commerce pour ce qui est des essences rares. On déforeste aussi pour accéder à des ressources géologiques, pour produire des surfaces à vocation vivrière...

avatar Patrice ALBERT à Marseille - 19/12/2007, 21:12

Un article intéressant qui propose une solution qui parait bien meilleure que les biocarburants de première génération ; l'auteur a le mérite de nous rappeler tous les méfaits des biocarburants entrant en compétition avec l'agriculture .



Cependant ce type d'annonce a l'inconvénient immense de nourrir le fantasme et la croyance - on se rapproche du religieux - qu'avec le progrés, on finira toujours par s'en sortir ; qu'il n'est pas necessaire finalement

de remettre en cause notre mode de vie gaspilleur ... Voilà le danger . Bien sur le progrès scientifique et technique appréciés à

sa juste valeur nous donnera des marges de manoeuvres supplémentaires dont il ne faut pas se priver .

Mais l'essentiel de la solution réside dans la sobriété énergétique . Voilà ce que Mr le Sénateur TREGOUET a oublié de rappeler . Cet "oubli" lui enlève beaucoup de crédibilités .

avatar Michel ANDRIEUX à Isle d'Espagnac - 19/12/2007, 21:54

Bonsoir,

Après les nécrocarburants terrestres , l'espèce humaine toujours plus gourmande d'espaces va s'attaquer au nécrocarburants marins . Toute cette biomasse marine qui est essentiellement destinée à fournir de la nourriture à un grand nombre d'animaux du milieu acquatique va être transférée directement aux humains pour leur unique profit . De maillons entiers de biodiversité marine vont ainsi disparaître .Cordialement

avatar yvelines - 20/12/2007, 00:59

@ andrieux



"Toute cette biomasse marine qui est essentiellement destinée à fournir de la nourriture à un grand nombre d'animaux du milieu acquatique va être transférée directement aux humains pour leur unique profit . De maillons entiers de biodiversité marine vont ainsi disparaître"



Pas necessairement...si j'en crois ce qui est dit dans l'article, l'on pourra produire tout cela en bassin, donc on ne prendra rien a personne (evidemment ca c'est dans le meilleur des monde !!!)

;)

avatar Radalson - Paris - 20/12/2007, 08:28

Bonjour à tous !



Je suis pour cette piste de produire du Biodiesel à partir de Microalgues (En Noivelle Zélande on commence à en commercialser).



Je suis pour toutes les autres pistes que les énergies fossiles et nucléaires, et qui ne cause ni la Famine (exemple, l'éthanol à partir du Maïs comme aux USA), ni la Déforestation (comme l'exemple en Indonésie).



Je suis Promoteur de Projet de Co-Développement, pour produire du Biocarburant, et du Biodiesel.

J'essaie d'être réaliste, car tous les Pays du Monde n'ont pas le Nucléaire comme la France, et qui ne souhaiteraient pas non plus en avoir d'ailleurs.



D'ailleurs en France, je ne sais pas à quelle porte frapper pour m'aider dans ma démarche, pour mes Projet de Co-Développement, entre mon Pays d'origine (Madagascar) et mon Pays d'adoption (la France), actuellement. Le ministère qui devrait s'en charger poursuiit les gens qui veulent immigrer en France, et zéro proposition en matière de Co-Développement.



Mais revenons à cette piste du Biodiesel / biocarburant par les Algues, ou Microalgues. C'est une nouvelle piste, donc, je souhaite que l'on puisse avancer dans les Recherches Appliquées, en toute indépendance dans ce domaine, et ne pas faire la fine bouche.



Bien sûr qu'il faut préserver la nature, et les poissons s'il s'agit de les produire en mer, dans des bassins spécifiques. Mais on peut aussi les produire dans des bassins d'eau douce, fermés, semi-fermés, ou totalement à ciel ouvert.



D'ailleurs, les bassins fermés ou semi-fermés sont des pistes possible pour recycler du CO2 : comme aliment de base de ces Algues. Oui, on peut utiliser ce type de bassin, comme processus de bioréacteur, afin de recycler du CO2, car les microalgues ont besoin de CO2 dans son alimentation.

Alors je dirais qu'il ne faut pas jeyter le bébé avec l'eau du bassin. Mais il faut essayer d'approfondire cette piste comme tant d'autres : non fossiles, et non nucléaire.

C'est mon avis !



Georges DALSON

avatar hugues - Jura - 20/12/2007, 09:57

Bonjour,



Les algues oui, le "recyclage" du CO2 est une arnaque ! Réfléchissons, si les algues poussent dopées au CO2 émis par nos centrales électriques, le C02, ce carbone extrait du sous-sol, va t il disparaitre et ne pas augmenter la quantité de gaz à effet de serre? Bien sur que non, les moteurs qui consommeront cet agrocarburant (HVP ou biodiesel) va émettre du CO2 non issu d'un cycle neutre du carbone. Avec cette technologie, on va avoir l'opinion publique 2 fois. La première en faisant croire que les centrales thermiques ainsi équipées n'émettent plus de CO2 et que le carburant soi disant "vert" ainsi produit ne pollue pas !!!!

Réfléchissons un peu avant de nous emballer.

Il faut surtout rouler moins, consommer moins.

avatar Paul J. de Graauw/Lentilly/69210 - 20/12/2007, 17:34

Juste une petite réponse à vofe-Paris au sujet des causes de la déforestation : Vous placez "le commerce pour ce qui est des essences rares" sur le même plan que le bois de chauffage ou le défrichement, alors qu'ils ne sont malheureusement pas comparables !

La grande majorité des coupes industrielles sont illégales ! Le remplacement des forêts primaires par de la monoculture forestière/agricole implique bien des tracés de voies d'accès et des infrastrures et éventuellement de l' extraction minière, mais leurs impacts ne sont certainement pas comparables en termes de superficies.

Tout ceci pour dire que les agrocarburants de seconde génération issus du milieu marin me paraissent moins négatifs, même s'il va faloire en évaluer les impacts de plus près.

Ce qu'il faut, c'est freiner la première (déjà pressentie comme erreur), et se concentrer sur la seconde génération, tout en restant prudents...

Paul

avatar mederic vaudeurs - 21/12/2007, 15:57

il existe aussi des cultures d'algues d'eau douce

les diatomées par exemple pour certaines especes

accumulent des lipides avec un rendement dix fois plus important par hectare que le colza .

un etang de 1000m2 suffirait à votre véhicule pour 30000 km par an !

avatar MERLIN MERIGNAC - 22/12/2007, 11:31

une source de revenu pour les pays en voies de developpement

ainsi les spirulines qui non seulement apportent des proteines mais aussi contiennent 7% en lipide de leur poids sec

avatar vergne j.f Blaye - 23/12/2007, 15:35

Formidable ce biocarburant fabriqué par la laitue de mer. Il faut absolument perséverer et approfondir les recherches en ce sens, t donner des crédits importants pour que tous les moteurs fonctionnent avec ce biocarburant.

avatar Betrand, Paris - 31/12/2007, 21:57



Attention, Shelle cultive des microalgues (des organismes unicellulaires). La photo montrant des algues vertes et brunes est donc mal choisie pour illustrer l'article car elle introduit une confusion.



Le CO2 nécessaire à leur croissance peut provenir de centrales thermiques au biogaz ou d'usines produisant de l'éthanol par fermentation.

avatar Betrand, Paris - 31/12/2007, 22:00

De plus les cultures par Shell des microalgues ne sont pas réalisées en mer, contrairement à ce que sous-entend le titre de l'article.



Des espèces terrestres, d'eau douce, peuvent d'aileurs être utlisées.



avatar Jean Marie à Bastia (Corse) - 05/01/2008, 22:42

La Mediterranée produit en permanence des millions de tonnes de posidonie. En hiver, la mer en rejette des quantités énormes sur le rivage. Ces plantes (mortes) protègent ainsi le littoral contre une érosion des terres soumises aux puissantes vagues. Pourtant, tout en protégeant l'écosystème, peut être pourrions nous produire une quantité d'énergie interessante. Reste à savoir si cette algue, la posidonie, est utilisable pour la fabrication de ce bio-carburant ? Qui pourrait répondre ?

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