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Changement climatique et forêts : comment inciter les pays du Sud à réduire la déforestation ?

9177 lectures / 4 commentaires30 novembre 2007, 10 h 51

Changement climatique et forêts : comment inciter les pays du Sud à réduire la déforestation ?Déforestation de teck en Birmanie, 11/2005
crédit : Corinne Ropital
Payer les pays forestiers pour qu’ils évitent de déboiser : cette proposition, qui s'inscrit dans le cadre des débats de la Convention climat, a fait l'objet d'une discussion lors d’un atelier international sur les politiques forestières dans les pays du Sud organisé à Paris, par le Cirad et ses partenaires, du 21 au 23 novembre 2007. Le point de vue d’Alain Karsenty, économiste au Cirad

Quelle solution pour réduire la déforestation dans les pays tropicaux ?

Alain Karsenty : L’idée principale, pour l’heure, est de rémunérer les pays en développement qui réduisent la déforestation, soit par rapport à une période passée, soit par rapport à un scénario futur du type « les affaires comme d’habitude » (business as usual). On retrouve aujourd’hui ce principe derrière le mécanisme de « déforestation évitée ». A l’issue d’une période d’engagement qui pourrait être de cinq ans, de 2013 à 2017 par exemple, la déforestation évitée, une fois mesurée, permettrait de faire le bilan, en termes de solde positif ou négatif, d’émissions de CO2. Ce mécanisme pourrait constituer un élément décisif pour un régime international et une gouvernance mondiale des forêts. Il sera au centre de l’atelier sur les politiques forestières organisé par le Cirad et ses partenaires - l’Iddri, le Cifor, le GIP Ecofor - fin novembre, et également discuté lors de la prochaine Conférence des parties sur le changement climatique qui se tiendra en décembre à Bali.

Pourquoi envisager une gouvernance mondiale des forêts ?

A. K. : Il y a de plus en plus d’institutions et d’accords internationaux qui concernent les forêts. Presque tous les pays sont signataires des mêmes conventions et les législations forestières tendent à se ressembler. On constate donc une homogénéisation des discours nationaux et internationaux. C’est ce que le Cirad montre au travers d’un projet de recherche en cours d’achèvement dans le cadre d’une action concertée incitative*. L’ensemble de ces éléments est-il susceptible de créer un régime international des forêts assurant leur gestion durable et leur conservation ? Pas encore, visiblement, si l’on considère que 13 à 15 millions d’hectares sont déboisés chaque année et que moins de 10 % des forêts tropicales sont aménagées. La déforestation tropicale représente 20 à 25 % des émissions de carbone et le rôle de puits de carbone des forêts tropicales est essentiel pour absorber une grande partie du CO2 atmosphérique.

Comment mesurer la réduction de la déforestation ?

A. K. : C’est tout le problème. Il est en effet bien délicat de se fonder sur un scénario de référence, qu’il soit passé ou futur car les trajectoires de déforestation ne sont pas constantes dans le temps. Dans certains pays comme la Malaisie ou l’Indonésie, la déforestation a été très élevée ces dernières décennies et il reste bien moins de massifs à convertir qu’avant. D’autres pays, tels que ceux du Bassin du Congo font état d’un relativement faible déboisement en raison non pas d’une bonne gouvernance mais de la faiblesse des infrastructures et de l’attractivité de la région pour les investissements agricoles. Enfin, des phénomènes aléatoires tels que des conflits, le cours des grandes commodités agricoles ou les variations climatiques limitent fortement les capacités de prévision. Faut-il alors récompenser les gouvernements pour des phénomènes dont ils ne sont pas à l’origine ?
Il peut également être envisagé de négocier un objectif quantifié à atteindre pour chaque pays. Dans ce cas, si les objectifs sont prévus pays par pays, l’attitude la plus rationnelle pour un pays sera d’obtenir un objectif très favorable, c'est-à-dire un scénario de déforestation élevée, puis… de ne rien faire. Il est en effet coûteux, politiquement, de s’attaquer aux causes structurelles de la déforestation (modèle de développement, système foncier, corruption…) pour d’éventuels bénéfices versés en 2018. En revanche, si l’on a bien négocié on peut néanmoins espérer être gagnant…

Qu’en est-il de la rémunération des efforts entrepris ?

A. K. : La première idée est de faire entrer les pays forestiers dans le marché du carbone. Cependant, le risque de devoir rémunérer en crédits carbone des réductions qui seraient survenues en l’absence de tout mécanisme incitatif - le problème de non additionnalité - conduirait à un afflux massif de crédits sur le marché du carbone, et exercerait ainsi une pression à la baisse sur le prix des « permis d’émission » (du CO2). Cela aurait pour conséquence d’affaiblir l’efficacité, déjà toute relative, du protocole de Kyoto pour induire des changements profonds dans les modes de production et de consommation.

Faut-il donc créer un marché indépendant de celui du carbone ?

A. K. : C’est, notamment, la proposition du Brésil qui demande que les crédits issus du mécanisme de « déforestation évitée » ne soient pas échangeables avec les crédits carbone issus du protocole de Kyoto. Celle d’un « fonds mondial pour les forêts » envisagée par différents acteurs dont plusieurs ONGs, notamment françaises, repose sur l’utilisation d’argent et non de crédits carbone. Ce système serait donc également découplé du marché du carbone. La Banque mondiale propose, quant à elle, un fonds prototype dont un des guichets doit financer des politiques et des mesures concrètes de lutte contre la déforestation. On s’éloignerait ainsi de la logique de la rémunération inconditionnelle des gouvernements, pour avancer vers un système de financement de nouvelles politiques publiques et de rémunération d’acteurs de terrain à travers l’utilisation de « paiements pour services environnementaux ». Il reste à trouver le moyen d’abonder suffisamment et durablement de tels fonds, mais c’est un problème récurrent du financement du développement durable, qu’il faudra bien surmonter par des mécanismes fiscaux à l’échelle internationale. Cependant, ces deux propositions n’éviteront pas le risque de devoir payer pour des réductions fictives.

Dans un système indépendant du marché du carbone, qui serait rémunéré et pour quoi ?

A. K. : Payer les gouvernements pour l’application des lois est efficace mais peut engendrer de graves effets pervers tel que le chantage étatique : « payez sinon je laisse détruire les forêts », dont on voit les prémices ces derniers temps en lisant la presse internationale. Le fonds devrait plutôt permettre de financer des mesures structurelles dans le domaine de l’agriculture et de la foresterie. Trois domaines sont prioritaires. Dans le domaine du foncier, il est nécessaire que des droits de propriété soient reconnus pour les populations usagères. Dans celui de l’agriculture paysanne, on doit aider les populations locales à modifier leurs systèmes agricoles plutôt que de les payer à être les « jardiniers conservateurs » de la forêt. Enfin, dans le secteur forestier, où le problème de l’exploitation illégale est central, les lois doivent être appliquées.

Appliquer les lois suppose inévitablement, dans ces pays, de combattre la corruption. Comment agir selon vous ?

A. K. : Une des causes de la corruption est la faiblesse des salaires des agents de contrôle. Augmenter le salaire des agents est une condition nécessaire mais pas suffisante. Une solution pour contrecarrer le système corruptif serait d’insérer des systèmes de contrôle indépendants qui travailleraient avec les services forestiers, comme c’est déjà la cas au Cameroun et au Congo-Brazzaville avec des ONG spécialisées. On pourrait également introduire des mécanismes de management privé dans le système public tels qu’un corps spécial de contrôle des forêts. Le montant du revenu des agents serait lié aux résultats obtenus, avec le risque, pour les agents qui constitueraient ce corps, de redescendre dans le régime commun administratif en cas de mauvaise performances et a fortiori de corruption.

Contacts scientifiques

Alain Karsenty, alain.karsenty[at]cirad.fr
Unité de recherche Ressources forestières et politiques publiques

Notes

* Le projet de recherche « Régimes internationaux et transformations des politiques publiques affectant les forêts tropicales » porte sur les difficultés de la constitution d’un régime international des forêts au regard des politiques forestières nationales conduites dans les trois grands bassins forestiers du monde. Il est mené dans le cadre de l’Action concertée incitative (ACI) « Sociétés et cultures dans le développement durable » du Ministère de la recherche.

Liens

Le site de l’unité de recherche Ressources forestières et politiques publiques
Le site Changement climatique du Cirad
Le site de la Convention climat

Auteur

Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement ; date originale : 30 novembre 2007, 10 h 51

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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4 commentaires

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avatar artemisia mathy paris - 01/12/2007, 15:11

LES FORETS ANCIENNES LES OUBLIEES DES ACCORDS DE KYOTO

Pour les générations actuelles et futures, les gouvernements et les citoyens du monde doivent choisir dès maintenant de sauver les dernières forêts anciennes de la planète. et remettre en cause leur mode de vie énergivore La destruction des forêts est la 2° cause des changements climatiques après le secteur de l’énergie et des transports : « Protéger les forêts anciennes est une façon rapide et efficace de réduire les émissions de GES."Greenpeace

Les forêts recouvrent un peu plus du 1/4 de la surface des terres de la planète et jouent un rôle essentiel dans l’écologie terrestre : régulation du climat, amélioration des sols, conservation des espèces sauvages, animales et végétal...

Ces forets contribuent au bon fonctionnement des processus écologiques, climatiques Ces forets recèlent des trésors de vie : Toute la diversité. biologique de la planète

Les dernières forêts anciennes sont toutes en voie d’être détruites parl’homme :Russie, Finlande ,Canada, Amazonie, lambeaux en Afrique et Asie du SudEst !80% de ces forêts originelles ont déjà disparu. L’Union Européenne pèse lourd dans le marche du bois au niveau mondial , ainsi que dans la demande de cultures monospecifiques comme l’huile de palme ou le soja a grande échelle L’UE se doit donc d’ intervenir sur l’exploitation illégale des forêts anciennes et s'assurer du consentement préalable des peuples indigènes. Dans de nombreux pays producteurs, la législation y est encore peu claire - Amazonie, Afrique centrale, Asie du Sud-Est, Russie, Etats baltiques et la moitié de l'exploitation forestière y est illégale

JUSTICE CLIMATIQUE

Les 8 pays industrialisés les plus puissants émettent 43% des gaz à effet de serre alors qu’ils ne représentent que 13% de la population mondiale. L’injustice climatique se doit d’être a l’ordre du jour de la conférence de Bali . Le marche du carbone est une injustice climatique et ne contribue pas à protéger le climat de la Terre car ce marché élargit les inégalités sociales .Ainsi les pays industrialisés peuvent continuer à déverser dans l’air, les océans, le sol et la végétation des volumes impressionnants de carbone . Ces droits sont accordés aux plus grands émetteurs de gaz à effet de serre dans les secteurs de l’électricité, du fer et de l’acier, du ciment, de la pâte et du papier et bien d’autres encore

• Le Mécanisme de Développement propre du Protocole de Kyoto (MDP) et de nombreux

projets commerciaux du secteur privé ne font qu’encourager les pays industrialisés et leurs entreprises a toujours produire plus des cultures au détriment des pays les plus pauvres

Aucun développement ne devrait être imposé sur les terres des peuples autochtones sans leur consentement préalable, libre et en connaissance de cause » de ces derniers, les entreprises doivent respecter les droits de ces peuples à leurs terres, à leurs sites sacrés et aux ressources de la foret si elles veulent se qualifier du « label écologique ».

Trois grands acteurs dominent actuellement la scène mondiale des forêts : les populations locales, les gouvernements et les sociétés transnationales. Tandis que les premières essaient de protéger la forêt qui est leur moyen de subsistance et de survie culturelle, elles se voient confrontées en une lutte inégale, aux forces combinées des transnationales et des gouvernements, dont les plans de « développement » aboutissent inéluctablement à la destruction des forêts ,les transnationales estimant de qui plus est qu’elles n’ont de comptes à rendre à personne .....

Au cours des négociations internationales sur le climat, l’opinion des quelque 300 millions de personnes qui vivent dans les forêts doit être pris en compte .Ces forêts ne sont pas vides ! Terra nullius ? ces forets sont habitées par des peuples depuis des millénaires ! les gouvernements vont avoir l’occasion, lors de la Conférence de Bali de renouveler leur engagement quant à la conservation des forêts et porter la plus grande attention à la destruction des forets anciennes Pour prouver qu’ils en ont la volonté politique, ils devraient commencer par reconnaître les droits territoriaux des peuples et habitants traditionnels des forêts, à s’engager à inclure ces droits dans leurs législations respectives. Ce serait un premier pas qui permettrait de créer les conditions indispensables à la conservation des forêts.anciennes et de lutter ainsi équitablement contre le réchauffement climatique !

salutations ecologiques !

Artemisia

avatar Paul J. de Graauw/Lentilly 69210 - 01/12/2007, 18:39

Les diverses dispositions ci-dessus concernent surtout ce qui se passe là bas, dans les pays d'où proviennent ces bois dits "exotiques" mais je ne voie aucune mention du problème de la DEMANDE que nous créons en Europe, en France et (apr ex) à Lyon, où on trouve encore et toujours des articles (mobilier jardin ou meubles d'intérieur) en diverses essence de bois exotiques !

Si nous arrivons à faire "remonter" le message d'une demande ACCRUE de bois (et de produits dérivés) labellisés FSC vers les grandes entreprises d'import/export de bois, et donc vers leurs concessions respectives, nous pourrions peut-être diminuer la demande !

Un groupe d'associations travaille depuis des années sur ce thème, et vous savez certainement que de plus en plus d'entreprises européennes/françaises (comme Leroy Merlin/Lapeyre ou Castorama par ex) s'engagent à augmenter leur demande en bois labellisés (FSC) et à la diminuer sur ceux qui ne le sont pas.

Ce n'est évidemment qu'une partie de la solution qui est miltiple par essence, mais je sais que les Pays Bas (par ex) veulent règlementer les importations de bois exotiques d'une manière de plus en plus stricte, et que d'autres pays disent vouloir faire la même chose...

Paul

avatar theo du Cameroun - 28/05/2008, 17:29

Le problème de la déforestation au Cameroun c'est la pauvreté. La corruption gangrène ce milieu et des individus s'enrichissent au détriment du réchauffement incessant de l'atmosphère. Les forêts finissent petit à petit et déjà dans nos villages, nous ressentons le changement des climats avec beaucoup plus de soleil durant 9 mois sur les 12 qui font l'année. Le réchauffement climatique ne concerne pas uniquement les pays de l'occident c'est aussi notre problème.iI faut aider les pays du sud à communiquer sur le réchauffement climatique, en faire pour chaque citoyen des pays pauvres une affaire personnelle. Il faut que les circuits de financement de la lutte contre la déforestation travaillent pour la création des revues capables d'informer les populations cibles, les éduquer et leur faite comprendre le problème né de la déforestation qui est la fin prochaine de notre monde. Au Cameroun plus des 9/10e de la population ne savent même pas ce qu'est le réchauffement climatique. Les gens passent le temps à chercher de quoi vivre chaque jour. C'est le seul combat qui vaille la peine étant donné que le bois est un combustible qui fait préparer le repas. Si vous voulez aider l'Afrique dans ce combat, il faut travailler avec des gens honnêtes.theophileawana@yahoo.fr

avatar henry de l ouganda - 17/05/2009, 12:33

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