Les grèves des semaines dernières, en perturbant fortement l'utilisation des modes de transport collectifs ont augmenté l'usage de l'automobile et des deux roues au détriment à la fois de la qualité de l'air et de la santé des franciliens.
Pendant plus de 10 jours, du mercredi 14 novembre au jeudi 22 novembre, une partie des salariés de la RATP et de la SNCF ont fait grève pour protester notamment contre la remise en question des régimes spéciaux. Cette grève, largement suivie en Ile-de-France a eu des conséquences immédiates sur les 37 millions de déplacements quotidiens de la région.
La région Ile-de-France relativement bien pourvue en transports collectifs a donc été fortement affectée par la grève et le premier report s'est naturellement effectué vers l'automobile et les deux roues. Ainsi, le matin dès 8 h 30, le cumul kilométrique des embouteillages atteignait certains jours plus de 350 km contre 250 km en temps normal dans la région Ile-de-France.
L'augmentation du nombre de véhicules motorisés sur les routes additionnée à une congestion nettement plus marquée a eu des conséquences directes sur la qualité de l'air même si l'impact général est difficile à évaluer comme l'indique
Airparif puisque le facteur météo est également prépondérant dans la dispersion ou l'accumulation des polluants.
Un impact limité ou amplifié selon la météo
Selon Airparif, "si le temps est nuageux, venteux ou pluvieux, les polluants se dispersent dans l'atmosphère et expliquent des indices Atmo de qualité de l'air relativement bons. Par contre, en cas de temps stable (conditions anticycloniques avec absence de vent et inversions de température), conjugué avec un trafic soutenu, les polluants comme le dioxyde d'azote et les particules peuvent s'accumuler. C'est par exemple ce qui s'est produit le samedi 17 novembre où une mise en vigilance a été faite par Airparif. Le niveau d'information pour le dioxyde d'azote n'a finalement pas été atteint. En revanche, le seuil de 80 µg/m3 a été atteint pour les particules. Cette concentration correspond au niveau d'information prévu par la circulaire ministérielle du 12 octobre." Rappelons que la moitié des
particules sont émises par les véhicules diesel et que leur taille microscopique leur permet de pénétrer profondément dans nos poumons entraînant des riques pour la santé : cancers du poumon, maladies cardio-respiratoires...
+ 7% de rejets de benzène en Ile-de-France
Les mesures effectuées toutes les heures par Airparif nous livrent quelques éléments de comparaison grâce au modèle de calcul développé dans le cadre du
projet européen Heaven. "Les résultats de cet outil informatique sont disponibles quasiment en temps réel sur le site Internet d'Airparif. Une comparaison entre les niveaux émis pendant la première semaine de grève (du 15 au 20 novembre) par rapport à la semaine précédente (du 8 au 13 novembre) montre notamment des niveaux 7% plus élevés en Ile-de-France pour le benzène, polluant cancérigène. Cette hausse atteint 13% si on se concentre sur Paris intra-muros. On observe la même tendance sur le monoxyde de carbone, autre polluant caractéristique d'un trafic congestionné : + 10% en Ile de France, + 16% à Paris. Par contre, les quantités d'oxydes d'azote rejetés augmentent peu (2% en Ile de France, 4% à Paris) car ils sont plus émis à des vitesses élevées."
Les automobilistes et les cyclistes les plus touchés
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le recours systématique à la voiture et l'allongement des trajets dus à la circulation congestionnée ont surtout un effet néfaste pour les automobilistes. Ils respirent en effet des niveaux de pollution près de deux fois plus élevés que les piétons. Ces niveaux de pollution sont d'autant plus importants que les conditions de circulation sont mauvaises, car ce sont essentiellement les véhicules avoisinants qui influencent la qualité de l'air que l'on respire au volant. Ces résultats sont le fruit de
récentes campagnes de mesure effectuées à bord d'un véhicule. Les conducteurs de deux roues motorisés sont également fortement touchés par la pollution avec laquelle ils sont en contact direct.
De plus, profitant de la mise en place récente du
système de location de vélo Vélib', de nombreux parisiens se sont reportés avec plus ou moins de chance sur le vélo, redécouvrant un moyen de transport aux multiples vertus. Ainsi, selon des données fournies par
JCDecaux, l'exploitant des Velib', les vélos ont été utilisés deux fois plus qu'en temps normal avec, par exemple, près de 175 000 utilisations le 16 novembre.
Cependant, évoluer en vélo au milieu d'une circulation dense émettant de la pollution reste préjudiciable pour la santé, d'autant plus que l'effort fourni à vélo provoque une augmentation de la ventilation pulmonaire nécessaire pour oxygéner les muscles. Cette ventilation supplémentaire se traduit inévitablement par une exposition accrue aux polluants atmosphériques...
Au delà de la qualité de l'air, les grèves ont entraîné une augmentation de 70% des accidents sur la voie publique a indiqué la
Préfecture de Police qui note que pour les journées des 15 et 16, les deux-roues à moteur constituent plus des deux tiers des accidents avec plus de 68%, les piétons plus de 13%, les cyclistes 12,6% (au lieu de 6,7% en temps normal) et enfin les automobilistes seulement 5,4%.
Les grèves pourraient-elles initier le retour du vélo ?
Ces grèves pourraient être un levier supplémentaire pour un report modal de l'automobile vers les transports alternatifs, mais l'exemple des grèves de 1995 montre que l'effet est resté limité à la période des perturbations et que les "mauvaises habitudes" ont rapidement repris le dessus.
Toutefois, avec les excellents résultats de Vélib' sur Paris et le doublement prévu du nombre de vélos disponibles pour la fin de l'année, il est possible que les parisiens y voient une alternative intéressante, du moins si le temps s'y prête avec l'hiver qui ne devrait tarder.
Condition indispensable : la démocratisation du vélo à Paris doit s'accompagner de la mise en place de pistes cyclables sécurisées, non accessibles aux véhicules motorisés, voire abritées avec des haies végétales qui diminuent l'exposition aux polluants issus de la circulation routière. Force est de constater le manque de cohérence entre d'un côté la mise à disposition louable de vélos pour le plus grand nombre et la faiblesse du dimensionnement du réseau cyclable, même si la ville de Paris compte 370 km de pistes cyclables.
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Références
Plus de polluants émis en période de grèveLiens
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Christophe Magdelaine - notre-planete.info (tous droits réservés)