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Découverte d'un mécanisme biologique de consommation accrue de CO2 dans les océans

12821 lectures / 7 commentaires20 novembre 2007, 10 h 03

côte© C. Magdelaine - notre-planete.info
Les organismes marins microscopiques connus sous le nom de plancton augmentent leur consommation de carbone lorsqu’ils sont soumis à des concentrations plus élevées en CO2 dissous, d’où une atténuation de l’effet de serre à l’échelle mondiale. Un groupe international de scientifiques dirigés par l’Institut Leibniz de sciences marines de Kiel (Allemagne) a étudié pour la première fois ce mécanisme biologique au sein d’une communauté planctonique.

Lors de simulations d’un océan futur, ils ont mesuré une hausse de la consommation de CO2 par les planctons pouvant atteindre jusqu’à 39 %. Les retombées positives inattendues pour le système climatique de la planète nourrissent en même temps des craintes quant aux risques considérables qu’elles pourraient constituer pour les océans et leurs écosystèmes.
L’étude attire l’attention sur trois principales sources d’inquiétude : une plus grande consommation de CO2 par le plancton accélérera le taux d’acidité océanique dans les couches les plus profondes, elle mènera également à une réduction des concentrations en oxygène dans les profondeurs des océans et aura une influence néfaste sur la qualité nutritionnelle du plancton. Cette dernière conséquence pourrait entraîner le déséquilibre de tous les réseaux alimentaires océaniques.
Les conclusions de cette étude furent publiées le 11 novembre 2007 dans la revue scientifique internationale « Nature ».

Les océans du monde entier constituent les plus grands puits de CO2 anthropique de la planète. Jusqu’à présent, ils ont absorbé près de la moitié du CO2 émis lors de la combustion de carburants fossiles. Cependant, jusqu’à quand les océans seront-ils en mesure de modérer la constante augmentation de CO2 atmosphérique ? Les modèles de simulation du système climatique mondial actuels ne prennent pas en compte la réaction des organismes marins ni les processus sur lesquels ils ont un impact. Le professeur Ulf Riebesell, biologiste marin à l’institut IFM-GEOMAR de Kiel et co-auteur de cette étude, explique les objectifs de cette recherche. « Nous devons développer nos connaissances sur la biologie des océans en raison du rôle décisif que jouent les organismes dans le cycle du carbone. Dans quelle mesure affectent-ils l’équilibre chimique et comment réagissent-ils aux changements climatiques considérables que nous subissons à l'heure actuelle ? » L’article publié dans Nature donne un nouvel aperçu de ces effets et de leur ampleur.

Le CO2 peut-il être un fertilisant dans l’océan ?

Pour en savoir plus sur ces processus biologiques ainsi que sur leurs éventuelles modifications dans le temps, des expériences ont été menées dans le Raunefjord en Norvège. Une série de neuf systèmes clos fabriqués à partir d’un matériau synthétique spécial et profonds de 10 mètres (appelés mésocosmes), ont été utilisés pour isoler 27 mètres cube d’eau naturelle. Lors de ces expériences, trois mésocosmes témoins conservèrent des conditions actuelles de concentration en CO2 et les autres reçurent du dioxyde de carbone supplémentaire afin de simuler les étapes de concentration en CO2 à prévoir d’ici à 2100 et 2150. Les micro-organismes contenus dans ces mésocosmes réagirent rapidement à cette nouvelle abondance de CO2. Plus la concentration en dioxyde de carbone dissous fut élevée, plus les microalgues absorbèrent le gaz à effet de serre via le mécanisme de photosynthèse.
Le CO2 peut-il être un fertilisant dans l’océan ? L’équipe de scientifiques a mesuré une augmentation de l’absorption atteignant jusqu’à 39 % par rapport aux taux actuels. « Nous nous attendions à ce que les organismes observés montrent différentes réactions face à la modification de la quantité de CO2 présente dans le mésocosme. Mais ce qui nous a réellement surpris, c’est l’ampleur de ces réactions. En réalité, nous pouvons dorénavant affirmer avec certitude que la modification des données biologiques des océans est en mesure d’affecter le système climatique mondial. »

La dernière étape du projet de recherche consistait à découvrir les conséquences d’une prolifération rapide de la biomasse. Une fois de plus, les expériences menées dans le Raunefjord ont apporté quelques éléments de réponse : le CO2 supplémentaire attaché à la matière organique descend vers les profondeurs à la suite du pic de floraison des algues.
A l’avenir, la fertilisation au CO2 du plancton marin pourrait se révéler bénéfique dans la lutte contre le changement climatique. Le gaz à effet de serre consommé par le plancton et retiré de la surface des océans lorsque les cellules mourantes descendent dans les profondeurs permet d’absorber encore davantage de dioxyde de carbone. D’une certaine manière, ces organismes microscopiques servent de bandes transporteuses pour évacuer le dioxyde de carbone de la surface et l'acheminer vers les grands fonds. Ce qui ressemble à un moyen miraculeux de modérer l’effet de serre atmosphérique pourrait cependant être catastrophique pour les écosystèmes des grands fonds. La décomposition de la biomasse supplémentaire nécessitera en effet davantage d’oxygène, entraînant des problèmes majeurs pour les animaux marins vivants à ces profondeurs. De plus, ce convoyeur biologique provoquerait une accélération de la vitesse d’acidification des abysses en raison du transport plus rapide du CO2 vers les profondeurs. Ces observations poussent également l’auteur de l’étude à prévoir des conséquences directes sur les organismes marins. Les crustacés planctoniques qui se nourrissent de microalgues riches en CO2 affichent des taux de croissance plus lents et sont moins prolifères.
« Nos résultats ne représentent certainement que la partie visible de l’iceberg », conclut le professeur Riebesell. « Je suis sûr que les scientifiques découvriront bientôt d’autres mécanismes de rétroaction biologique. Il est important, non seulement d’identifier et de comprendre ces mécanismes, mais également de quantifier leurs effets actuels et futurs sur le système climatique mondial. »

Les expériences de Bergen ont été menées dans le cadre du programme de recherche CARBOOCEAN financé par l'Union Européenne.

Références

Enhanced biological carbon consumption in a high CO2 ocean. Ulf Riebesell1, Kai Schulz1, Richard Bellerby2,3, Mona Botros1, Peter Fritsche1, Michael Meyerhöfer1, Craig Neill2, Gisle Nondal2,3, Andreas Oschlies1, Julia Wohlers1 & Eckart Zöllner1.
1. Institut Leibniz des sciences marines (IFM-GEOMAR), Kiel
2. Bjerknes Centre de recherche sur le climat, Bergen
3. Institut de géophysique de l’université de Bergen

Source

Nature Studie: Kieler Forscher entdecken biologischen Mechanismus für erhöhte CO2-Aufnahme im Ozean - IFM-GEOMAR

Auteur

Stéphanie Philippidès ; date originale : 20 novembre 2007, 10 h 03

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de notre-planete.info

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7 commentaires

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avatar barkallil maroc - 20/11/2007, 10:37

est ce qu'il y a une possibilité de rendre ce sujet une actualité afin de la rendre publique à savoir que tous le monde doit réspécter les oceans or les planctons

avatar Nicolas Finistère Bretagne - 20/11/2007, 11:04





Je me souviens d'un article qui parlait de scientifiques qui avaient identifié ce mécanisme et qui avait voulu augmenter artificiellement la consommation du CO2 par le plancton. Ce fut un echec. Je ne comprend pas trop pourquoi aujourd'hui ce phénomène d'absorption du CO2 par le plancton est à nouveau une découverte.



http://www.sciencepresse.qc.ca/node/17115

avatar Perrine France - 22/11/2007, 14:37

Formidable espoir, qui va retomber comme un soufflé raté car :

- que la structure du squelette de ces micro-organismes est calcaire et qu'il s'épanouit donc dan sun milieu basique

- et que les rapports internationnaux actent d'une acidification de nos océans (sous l'effet de la pollution)

DONC : dans un milieu acide, le squelette de ces mircro-organisme est... dissout (une modification de pH 1 suffirait et c'est précisément celle qui est prédite). Fini le plancton, fini la capture du CO2.... Je vous laisse imaginer les conséquences...

avatar Fabien Londres - 25/11/2007, 01:40

Nicolas, il s'agissait d'une tentative de fertilisation par le fer, non pas par ajout de CO2.



Nous savons deja que les arbres ont besoin d'autres nutriments (dont le nitrogene) et de plus d'eau pour absorber davantage de CO2.



http://www.eurekalert.org/pub_releases/2006-04/uom-hyb041206.php



De la meme maniere, le plancton risque de manquer de fer (que l'on ne peut pas "deverser" dans l'ocean artificiellement) ou de nutriments (en raison de la stratification des eaux)...



http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/5298004.stm

avatar Bernard, Louveciennes - 26/11/2007, 09:39

Pourquoi parler de CO2 comme d'un composé chimique inaltérable? Ce qui tombe dans les grands fonds lors de la mort du plancton, ce n'est pas CO2 mais c'est: (1) le carbone de la matière organique, (2) les ions carbonates constituant le test du plancton calcaire. La fluctuation de la zone de compensation des carbonates, c'est-à-dire de la zone en dessous de laquelle le carbonate de calcium se dissout, est un fait géologique bien connu. Que le carbonate soit dissous n'implique pas un rejet de CO2 dans l'atmosphère.

L'acidification des océans est dû à plus de CO2 dans l'atmosphère, induisant plus de CO2 dissous, donc une dissociation plus grande de H2CO3 en H+ (milieu acide) et HCO3- (ion bicarbonate). Si l'ion CO3 (carbonate) est dissous, il n' implique pas nécessairement une augmentation de CO2 dissous, de nombreuses réactions impliquant les ions contenant peuvent se produire. On ne les connaît pas encore très bien et c'est le mérite des études comme celle indiquée de tenter de les reproduire.

D'autre part, que signifie le plancton riche en CO2? S'il y a plus de CO2 dans le milieu, il y a aura plus de masse de plancton végétal photosynthétique, qui contiendra le C organique et le carbonate, et non un plancton "toxique". S'il y a plus à brouter, en quoi cela serait-il mauvais pour les animaux consommateurs de plancton végétal?

Il y aurait enfin une question à poser: que se passerait-il, dans les mêmes conditions, en milieu triopical et en milieu équatorial, où les températures sont différentes de la Mer de Norvège?

avatar maimouna coly dakar senegal - 28/11/2007, 16:30

c'est une idee pertinente mais pourront_ont realiser cette idee?

avatar SimonsAntoine Blessonville 52120 - 12/12/2009, 17:26

vieux paysan pas très calé se demande pouquoi le carbone organique qui descend au fond des Océans ne pourrait pas se fossilliser à son tour

la boucle serait ainsi bouclée ? eT POURQUOI PAS,

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