Les marées noires ont des effets dramatiques sur les écosystèmes marins à court terme, mais également à plus long terme comme viennent de le montrer des chercheurs espagnols. 17 mois après le naufrage du Prestige, des goélands (jeunes et adultes) portent encore les traces de la marée noire : concentrations élevées en composés toxiques, dommages sur les organes vitaux...
Les nappes de pétrole contiennent de nombreux composés toxiques comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) bien connus pour leur dangerosité du fait de leur très grande stabilité (et donc leur longue durée de vie) dans l’environnement. À cause de leur affinité pour les tissus animaux où ils sont stockés, les HAP affectent l’ensemble de la chaîne alimentaire, les espèces en bout de chaîne étant particulièrement exposées.
Alors que les effets aigus de l’ingestion de mazout sur les oiseaux ont été bien documentés, les études sur les effets d’une exposition à long terme sont plus rares. Pourtant, de telles études sont nécessaires pour mieux comprendre les impacts écologiques des marées noires et mettre au point des réponses adaptées.
Des chercheurs espagnols ont justement conduits des études biochimiques sur des colonies de goélands implantées sur les côtes de Galice directement touchées en novembre 2002 par la marée noire du Prestige. Les prélèvements ont eu lieu 17 mois après le désastre. Les chercheurs ont notamment mesuré les concentrations de 16 HAP dans les tissus des oiseaux et ont comparé ces résultats avec des tests effectués sur d’autres colonies d’oiseaux, épargnées par la marée noire.
Sans surprise, les tests effectués sur les oiseaux vivant dans des endroits affectés par la marée noire montrent des concentrations en HAP beaucoup plus élevées que pour les populations épargnées. Par ailleurs, les concentrations sont similaires chez les jeunes oiseaux et chez les adultes.
Les résultats des tests biochimiques mettent en évidence des dommages sur les organes vitaux (foie et reins) des oiseaux adultes exposés, les dommages étant moins marqués sur les jeunes populations. Les effets plus importants sur les adultes seraient dus à une exposition plus longue et/ou plus prononcée dans les mois qui ont suivi la marée noire. Les jeunes oiseaux n’ayant pas été exposés au pétrole brut, les concentrations élevées en HAP proviennent uniquement de leur alimentation.
Les chercheurs en concluent qu’il y a un risque de sous-estimation des impacts des marées noires sur les oiseaux de mer si l’on néglige les impacts à long terme résultant d’une exposition chronique. Comme cela a déjà été démontré par d’autres recherches, les effets non-mortels peuvent avoir plus d’impact sur les dynamiques des populations que la mortalité directe et il faut donc les prendre en compte.
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notre forum dédié à l'environnementRédacteur
Publié le 9 novembre 2007 par Mathieu Jahnich (D4E).
Référence
Sublethal toxicity of the Prestige oil spill on yellow-legged gulls", Environment International 33:773-781.Actualités connexes
23/02/2003 Prestige, Vicky, Tricolor : 37 000 oiseaux ramassés sur les plages
Auteur
e-meddiat, le webzine du Ministère de l'Ecologie et du Développement Durable